‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 10 sur 251 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État de l'Empire romain à la mort de Théodosc. — Arcadius. — Honorius. — Galla Placidia. — Rivalité entre Rome et Constantinople. — Rufin : son origine, son caractère, ses exactions, son luxe. — Baptômo do Rufîn. — Stilicon : sa justice, son désintéressement.

Deux grandes révolutions, auxquelles deux grands Empereurs donnent leur nom, ouvrent et ferment le IV* siècle, et comme toute la politique romaine était alors dans la religion, ces deux révolutions furent religieuses. Inauguré par Constantin, le premier Empereur chrétien, ce siècle finit avec Théodose, l'Empereur catholique. Constantin avait fait du christianisme une seconde religion de l'État à côté du polythéisme. Théo-

dose voulut qu'il n'y eût plus dans l'Empire qu'un seul culte officiel et public, le christianisme, et au sein du christianisme une seule communion, celle qui relevait de la foi de Nicée et qu'on appelait catholique.

A cette grande œuvre de l'unité religieuse il voua tout ce qu'il avait de puissance et de génie. C'est pour la fonder en Orient qu'il accepta des mains de Gratien Fempire de Constantinople, livré depuis Constance au débordement de toutes les hérésies; c'est pour l'établir également en Occident qu'il soutint deux luttes formidables contre les tyrans Maxime et Eugène, soutenus par le sénat de Rome.

La dernière de ces luttes offrit au monde l'étrange spectacle d'une coalition des communions chrétiennes dissidentes avec le paganisme, au nom de la liberté des cultes; l'on vit, sous l'autorité du sénat romain, les doctrines proscrites par l'Église donner la main aux plus folles superstitions de la magie pour combattre la foi catholique. Mais elles furent vaincues ellesmêmes en la personne d'Eugène et d'Arbogaste au pied des Alpes-Juliennes, près des bords de la Rivière- Froide S le 6 septembre 394, après une bataille longtemps indécise; les lois d'unité purent alors être proclamées en Italie. Toutefois le vainqueur était frappé à mort. Atteint d'une hydropisie, double fruit des fatigues de la guerre et des agitations violentes de la po-

1 Juxta fluvlum quiFrigidus cognominatur. Philostorg., EccL ex hist, excerpia, xi, 2. ap. //. Valesii Scriptor. hist, eccLy t. III, Par., 1673. — Claudian., de Tertio consul. Honorii^y. 99. — Socrat., y, 14. — C'est le Wippach, affluent de Tlsonzo. Consulter à ce sujet mon Histoire de la Gaule sous la domination romaine, 1. X, c. 3.

litique, Théodose n'entra dans Milan que pour en sortir bientôt au fond d'un cercueil.

La maladie qui enlevait ainsi le fondateur de Tunité catholique cinq mois après une victoire disputée menaçait d'emporter avec lui son ouvrage. Si FOrient était définitivement conquis à sa pensée, il n'avait rien gagné en Occident qu'une bataille ; l'armée d'Eugène n'était pas dissoute, les vainqueurs et les vaincus de la Rivière-Froide restaient toujours en présence, prêts à reprendre la lutte au moindre signal*. Revenu de sa première frayeur, le parti des religions dissidentes ressoudait çà et là ses tronçons épars, tandis que des rigueurs impolitiques décrétées contre les chefs du sénat, dans l'enivrement du succès, ne faisaient qu'accroître leur influence et les pousser à de nouveaux efforts. La paix semblait donc suspendue au dernier souffle de l'Empereur moribond. Aussi, à mesure que la maladie marchait vers un terme fatalement prévu, le sénat, centre de toutes les oppositions, prenait une attitude plus confiante et plus libre; l'armée païenne s'agitait, et les exilés ne quittaient plus l'Italie.

En face de tant d'embarras qu'il allait léguer à de jeunes enfants, faibles de corps autant que d'esprit, et qui ne promettaient guère de devenir des hommes, l'âme de Théodose se troubla : le père craignit pour sa famille, le politique pour son idée, le catholique pour sa foi, et cette volonté si hardie, si persévérante, si exclu-

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