‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 112 sur 251 · Tolcrabiliores esse lononos. Pallad., Vil. Chrysost · texte numérisé non relu

Tolcrabiliores esse lononos. Pallad., Vil. Chrysost

résolut d'extirper le mal dans son Église; mais les mesures qu'il prit, mesures trop brusques et trop violentes, manquèrent d'abord leur but^

Il n'avait pas gouverné trois mois que tout son clergé était soulevé contre lui : diacres et prêtres cabalaient à qui mieux mieux ; Tévêque leur rendit guerre pour guerre, il en cassa, il en renvoya plusieurs. Un mot imprudent mit le comble à leur exaspération. Un diacre nommé Sérapion, qui le poussait dans la voie des rigueurs, et, comme il arrive de tous les caractères excessifs, avait pris une grande influence sur lui, se penchant vers son oreille au milieu d'une discussion tumultueuse, lui dit assez haut pour être entendu de quelques-uns : « Évêque, prends un bâton et chassemoi du même coup tous ces gens-là, car autrement tu n'en viendras pas à bout*. » C'en était trop. L' évêque et le clergé formèrent dès lors deux camps séparés qui s'épiaient incessamment, Tun pour diflamer, l'autre pour punir. Les clercs répandus dans le monde allaient de porte en porte déverser le ridicule ou la calomnie sur leur chef, qu'ils bravaient par l'infraction de tous ses ordres ^ Tandis que la division la plus lamentable

1. Consulter à ce sujet mes deux volumes de Saint Jérôme et de Saint Jean Chrysostome et l'Impératrice Eudoxie.

2. Incitabat autem illum Serapio ejus diaconus, ut omnium animes a se alienaret, qui quodam die, coram universo clerc, contenta voce episcopum sic allocutus est : Nunquam istis doininari poteris, o episcope, nisi unavirga omnes abegeris. Hoc ejus dictum cunctorum odium adversus episcopum excitavit. Socrat., vi, 4.

3. Uli yero, sicut in violeuto dominatu fieri solet, contra eum conspirarunt, eumque apud populum calumniati sunt, Socrat., vi, 4. — Tentarunt etiam ejus vitam criminari apud populum. Sozom., viii, 9»

régnait dans l'Église de Gonstantinople, Ghrysostome ne se ûtpas plus d*amis parmi les évéques des diocèses voisins, sur lesquels une suprématie de fait était exercée par le siège de la ville impériale. Jean les traita sans beaucoup plus de ménagement que ses propres clercs, et des hommes, ses égaux, qui pouvaient même, à un moment donné, devenir ses juges, crièrent aussi à la tyrannie et tendirent la main aux ennemis du dedans.

Si le minisire d'Arcadius, en appelant près de lui Ghrysostome et livrant au simple prêtre d'Antioche le plus beau siège épiscopal de TEmpire, avait pu songer à se faire un complaisant, il aurait certes montré peu de discernement des hommes. Il suffisait même, en dehors de toute autre considération, que le nouvel élu fût notoirement la créature d'Eutrope, pour qu'il évitât avec soin toute apparence de faiblesse au nom de sa propre dignité et des devoirs de son ministère : ici le caractère de Tévêque répondait trop bien aux idées d'indépendance sacerdotale pour qu'il n'en fût pas ainsi. La bonne intelligence exista donc à peine quelques jours entre des personnages si différents, placés en face Tun de l'autre et en contact perpétuel. Le spectacle de ce qui se passait à la cour fit fermenter la bile du prélat, qui se crut le droit de régenter les ministres de l'Empereur, et l'Empereur lui-même, comme il régentait ses clercs.

Ge furent d'abord des remontrances privées, orales ou par écrit, tantôt sur le luxe et les dépenses du palais, tantôt sur la passion du théâtre et des courses du cirque; peu à peu ces plaintes devinrent publiques;

des avertissements et presque des menaces étaient proférés en pleine chaire sous des allusions qui ne trompaient personne. Enfin, des tremblements de terre ayant eu lieu à Constantinople pendant cette année 398, Chrysostome s'emporta jusqu'à dire que c'étaient les injustices, les prodigalités, les débauches des puissants et des magistrats qui avaient allumé la colère de Dieu, retenue seulement par les prières des pauvres*. Eutrope lai-méme, comme si les allusions ne lui eussent pas safû, donna à Chrysostome le signal des attaques directes en complétant, par un nouveau décret, les mesures restrictives de l'immunité des asiles.

Nous avons déjà parlé du droit d'asile ecclésiastique et de ses abus, qui créaient, sous la main des évoques et des abbés des monastères, un droit à l'impunité en faveur des condamnés fugitifs. Il fallait que ces abus fussent bien criants, puisque Théodose luimême avait cru devoir y porter remède. Des décrets, comme on Pa vu, limitatifs de l'immunité d'asile, avaient donc été rendus antérieurement au règne d'Arcadius, et l'avaient été dans une sage mesure : Eutrope gâta tout en choisissant, pour renouveler et étendre les anciennes prescriptions, une circonstance où la question de droit n'était évidemment que le prétexte, et la satisfaction d'une vengeance personnelle le véritable but. Aussi Nectaire avait-il eu pour lui la faveur générale lorsqu'il avait adressé à l'Empereur des représentations qui par malheur n'avaient point été écoutées. L'affaire en était là lorsque Chrysostome vit paraître,

i. Theodorit., y, 28. — Sozom., viii, 8'.

SOUS la date du 27 juillet, plusieurs lois nouyelles qui complétaient et aggravaient en divers points les actes précédents*. De Nectaire à Ghrysostome, la différenceétait grande : celui-ci prit feu avec Tanimosité d'un tribun, et Tévêque se déclara hautement l'ennemi du ministre *.

Cependant le parti des mécontents, attentif à ce qui se passait, vit avec joie ses rangs s'accroître d'un auiiliaire aussi opiniâtre que puissant. L'Impératrice, avec cette intuition des femmes qui ne les trompe jamais quand leur intérêt ou leur vanité est en jeu, avait pressenti, dès les premiers moments, l'antagonisme qui éclatait, et non moins habilement elle s'était mise en mesure d*en profiter. L'évêque ne la recherchant point et évitant la cour, elle était allée vers lui, et s'élait jetée avec une apparente passion dans tout ce qui pouvait lui complaire et l'attirer. Son chambellan particulier, l'eunuque Amantius,hommed'unegrandedroitare de cœur et d'une sincère piété, devint son intermédiaire près du prélat et le canal des libéralités dont elle se mit à combler sans mesure les églises et les pauvres'. Cette liaison de l'Impératrice avec Ghrysostome s'établit, comme on le pense bien, aux dépens d'Eutrope. Pour donner des gages de sa bonne foi à ce nouvel et

1. Lexablmperatoribuspromulgata jubens ne quisad ecclesiasprO' fugeret, sed ut quicumque ad eas confugissent, inde abstraberentor.

. Socrat., VI, 5. — Prosper., Chron,, m, 38. — Chrysost., in EiUrop, passim. — Sozom., viii, 7.

2. Socrat.^ vi, 5. — Sozom., viii, 7. — Chrysost., Ep, in EtUrop* passim.

3. Âmantio, cubiculario dominae, viro pio, qui et habet in honore sacerdotes. Marc. Diac., Ep., ap. Baron., ao^ 401, xx.

ombrageux allié, on vit Taltière Eudoxîe afficher, malgré ses goûts mondains, les pratiques d'une dévotion excessive, suivre les reliques, pieds nus, dans un costume moitié monastique et moitié impérial, traînant l'Empereur à sa suite, et fonder au loin des basiliques dont elle dessinait elle-même les plans ^ Aussi la chaire épiscopale ne trouvait-elle pas de louanges assez retentissantes pour remercier « cette mère des Églises, celte nourricière des moines, cette protectrice des saints, ce bâton des pauvres ». Eudoxie était la lumière de TEmpire, l'eunuque en était Tombre et la nuit.

Ainsi s'amoncelait, au fond du gynécée impérial et dans les retraites du sanctuaire, un double orage qu'Eutrope dédaigna ou ne vit pas. La foudre était bien près d'éclater lorsque l'imprudent ministre, dans rinfatuation de ses succès, jeta un dernier défi à Topinion du monde en se faisant conférer par son maître le titre de patrice avec celui de consul.

i, Erat auteni in alia charta, iutra litteras (Eadoxiaj) descripta forma ecclesise in figuram cruels... et continebant litterœ ut convenionter dlct» tigurae sancta couderetur ccclesia, Marc. Diac, ap Baron., an. 401, 49.

Page 1