‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 111 sur 251 · Pallad., Vit. Chrysost., p. 99 et cqq · texte numérisé non relu

Pallad., Vit. Chrysost., p. 99 et cqq

et la bure. Quand réconome de FÉglise lui présenta le livre des dépenses de table, Chrysostome le repoussa avec mépris. « Qu'est cela? dit-il. Mes minces revenus sont suffisants pour me nourrir; je ne veux point de l'argent de TÉglise. » Le luxe des basiliques ne fut pas plus épargné que celui des appartements et de la table : le nouvel 'évêque vendit tous les ornements de prix, et jusqu'à des vases sacrés qu'il jugea trop magnifiques ^ Il fit mettre également à l'encan des marbres préparés par Nectaire pour l'église d'Anastasie, que cet évéque affectionnait, et où Grégoire de Nazianze avait prononcé ses éloquents adieux : on put voir dans l'acte de Chrysostome un blâme jeté sur son prédécesseur qui avait été un prêtre indulgent et regretté, et ce blâme n'était pas charitable. Du produit de ces ventes, Tévéque fonda un hospice pour les étrangers malades, et donna le reste aux pauvres; ses ennemis ne manquèrent pas de publier qu'il appliquait l'argent à son profit*. Sa justification était évidente par ses œuvres et par ses aumônes; mais son âpre désir de tout changer, de tout briser, de dominer jusqu'à la mémoire de ses prédécesseurs, choquait la conscience publique dans les rangs élevés du monde, et on en profitait pour le

perdre.

Sa manière de vivre, il faut Tavouer, put surprendre ane grande métropole, capitale de TEmpire, où Tévêque, îonsidéré comme un haut fonctionnaire, marchant de )air avec les plus élevés, fréquentait ta cour, et entre-

i. PaUad., Vit, Cfirysost., p. 46, 125, 166. 2. Phot., c. 56, 59.

tenait des relations au sein de la société élégante et riche. Ghrysostome rompit tout d'abord ces relations et déclara qu'il ne mettrait le pied à la cour que pour les affaires urgentes de son Église. Cédant à son goût constant pour la retraite, il se fit dans le palais épiscopal, comme autrefois dans la maison de sa mère, une solitude où il aima à se confiner, mangeant seul, n'invitant jamais personne à sa table, et ne dînant jamais chez autrui ^ Cette vie passablement étrange donna lieu à mille interprétations qui ne le furent pas moins: les uns firent de Chrysostome un avare qui se laissait mourir de faim pour entasser écus surécus; d'autres le peignirent comme un débauché qui se livrait, loin de tous les regards, à « des orgies de cyclope », — c'était le terme dont on se servait; — d'autres enfin racontèrent de lui des infirmités bizarres, inconnues, qu'il avait intérêt de cacher aux regards des hommes*. Ces accusations, dont la source principale résidait dans le mauvais vouloir du clergé, prirent une telle consistance que Tévêqiie se crut obligé d'en parler en chaire, et il réfuta la calomnie des « orgies de cyclope » en découvrant sa poitrine et montrant ses bras amaigris par le jeûne. Ce fut bien pis quand il voulut prescrire à ses clercs un régime conforme au sien, quand il leur interdit par exemple d'aller, comme ils faii^aient, quê-

i . Quod episcopus cum nemine unquam yesci vellet, nec vocatus ad convivium accedere. Socrat., vi, 4. — Sozom., viii, 9.

2. Qui illum defendore cupiunt, aiuntillum imbecilioris fuisse stomachi, et morosum, et diiïïcilem in sumcndo cibo : atque idcirco solum comcdcre solitum. Àlii dicunt, propter distinctions vitse discipUnam, id ab illo factum esse. Socrat., vi, 4.

ter des dîners à la table des grands et mener la vie de parasites sous le costume de prêtres. « Les deniers de rÉglise, disait-il, devaient suffire à la nourriture des clercs ^ » Le clergé en masse réclama : Tévêque tint bon ; mais Tabus trop enraciné n'en persista pas moins, malgré ses menaces.

Après les clercs, ce fut le tour des veuves ou diaconesses, espèce d'ordre ecclésiastique féminin, chargé primitivement du service des femmes admises au baptême par immersion, utilisé ensuite pour divers ministères dans rintérieur des églises. Ce titre était fort recherché par les veuves de haut rang, auxquelles il procurait une position respectable, sans leur enlever entièrement la fréquentation du monde; aussi beaucoup n'y cherchaient qu'un manteau dont elles couvraient leur vie dissipée. L'austère Chrysostome les fit comparaître toutes devant lui, et, après une enquête sur les habitudes de chacune d'elles, il en renvoya plusieurs en leur conseillant de se remarier au plus tôt-.

Des veuves, il passa aux sœurs. Les sœurs adoptlves formaient une autre classe de femmes qui tenaient, sinon à l'Église, du moins aux ecclésiastiques.*Quoique le célibat à cette époque ne fût point de rigueur pour les clercs,* beaucoup le préféraient au mariage, afin de s'épargner les charges et les ennuis d'une famille. Ils

1. Victum quoqae castigat cleri vehementer, exhortans ut contenti stipendiis suis nidores divitum non sequerentur... parasitorum instituto yi ventes. Pallad., Vit» Chrysost., p. 119.

2. Deinde viduarum advocat agmen, solerter explorans qusB non recteconverearenturinter illas : invenieui^que nonnullas carni deditas, adaionebat... ut répétèrent maturato connubia. Pallad., Vit. Chrysost., V, 47, 66.

prenaient alors chez eux une jeune fille, quelquefois non encore nubile, la logeaient sous leur toit, où elle vaquait aux soins du ménage, et le frère et la sœur électifs étaient censés ne devoir plus se séparer qu'à la mort. On voyait ainsi des enfants abandonner leur famille pour des hommes qui ne leur étaient rien^; quelquefois même c'étaient des vierges consacrées qui, par une confiance excessive dans leur force, croyaient concilier leur vœu de chasteté avec ces liens de fraternité menteuse. En Orient, ces sortes de sœurs par élection s'étaient donné le nom de vierges agapetes, c'est-à-dire vierges d*amour spirituel, agapê étant l'amour de Dieu par opposition à erôs, l'amour mondain; en Occident, elles prirent communément celui de femmes sous-iniroduites *. Leur tolérance avait amené dans le clergé une corruption morale extrême, contre laquelle les censeurs ecclésiastiques ne cessaient de tonner, soit en Orient, soit en Occident. Saint Jérôme qualifiait ces fausses sœurs « d'épouses sans mariage, de concubines d'un nouveau genre, de courtisanes d'un seul homme ^ ». Chrysostome, plus hardi dans l'énergie de son blâme, s'écria un jour qu'un évêque qui souffrait ces désordres avait moins d'excuses que les entremetteurs de débauches publfques *. Il

1 . Frater sororem virginem deserit, cœlibcm spernit virgo germanum, fratrem quserit extraneum. Hier., Ep, 22, ad Eustoch,

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