Socrai. vi
II s'achemiDait lentement vers sa demeure, honteux d'y reparaître les mains vides et de la retrouver pauvre \ dénuée de ce luxe grossier qui faisait l'orgueil des familles germaines, et attestait soit le bonheur de son chef dans les expéditions de guerre, soit son crédit près des généraux romains et sa faveur près de l'Emnereur. Les femmes surtout tenaient à étaler ces marques de l'autorité de leurs maris , ou sur elles en parures bizarres, ou, comme ornement, sur les parois de leur maison. %
La femme de Tribigilde devançait en idée le moment de son retour, impatiente de voir les cadeaux que devait rapporter du palais impérial un chef de son importance, un tribun parent du maître des milices, Gainas. Si loin donc qu'elle l'aperçut, elle franchit le seuil de sa porte pour courir au-devant de lui, et le serra joyeusement dans ses bras^ C'était, suivant le portrait que nous en trace Claudien, une grande et robuste Germaine à la voix rude, à l'œil hardi, aux instincts belliqueux, digne en un mot d'être dans les vers du poète une personnification de Bellone. Comme les femmes de sa colonie, elle avait adopté un costume moitié phrygien, moitié goth. Son corps se dessinait sous une longue chemise de lin; une agrafe, placée entre les mamelles, retenait les deux pans de sa robe rejetée en arrière,