Suffecit mandasse Deam : tua litera nobis
Et pccus, et segetes, et domus ampla fuit. Inflexit soceros, et majestate petendi
Texit pauperiem nominis umbra tui.
Quid non perficeret scribentis voce Serenae,
Vel genius regni, vel pietatis amor?
Claud., Ep, II, adSerenam, v. 43 et seqq.
2. Praecepit dari legem indulgent!» quam scriptam reliquit. Am. ^^.deObit. Theod., S.
dences de rEmpereur mourant, Stilicon se porta aux yeux du monde pour le dépositaire d'une pensée de Théodose, rendue sienne par l'exécution^ Les débuts de sa régence durent en eflfet surprendre les esprits aa lendemain d'une guerre faite pour briser l'opposition païenne du sénat, abaisser une aristocratie facétieuse, et faire prévaloir en Occident, comme principe politique autant que religieux, l'unité catholique, d^ maltresse en Orient. Deux partis en présence, deux armées prêtes à renouveler la lutte, car celle d'EugâDO, vaincue à la Rivière-Froide, voulait et pouvait prendre sa revanche ; la dévastation promenée sur PItalie, dans Rome peut-être; les confiscations déjà commences; les exils, les fuites volontaires, les dégradations et les sévices suspendus sur les plus hautes têtes, yoilà ce qui affligeait ou menaçait l'Italie, quand Stilicon parla d'oubli. Il y eut un moment d'émotion générale et d'étonnement plutôt que d^ reconnaissajîce. Le débat surriUyrie orientale, l'antagonisme passionné de Rufln, le passage d'Alaric en Grèce, détournèrent ensuite l'attention : les armées se réconcilièrent sous le drapeau, et les partis civils restèrent seuls.
Le premier, qui avait sans cesse à la bouche sa victoire et sa force, et traitait presque l'Italie en pays conquis, était le parti de l'unité catholique. Plus puissant que nombreux en Occident, il se composait d'anciens ministres de Théodose, de grands officiers attachés à la cour, la plupart orientaux, de chefs mi-
1. Magnitudinis tu» monitu, paternis bencficiis D. Honorius a4Jo* cit, intcrpretatus siclicetDivo Priacipi tempus, non animum, defuÎBM» Symm., Ep. iv, 7, ad Stilich.
taires, soit Barbares, soit Romains, dévoués, ceux-ci à ses idées, ceux-là à sa personne ; à ce noyaii se rattachaient le clergé et la population catholique, ^ssez clair-semée en Italie. 11 avait pour centre le palais impérial et les évêques qui, après avoir provoqué l'intervention et secondé le succès des armes catholiques, désiraient ardemment une victoire plus complète. Ce parti, dont TEmpereur défunt était le chef militant, avait passé de lui à son flls et à sa ûlle Placidie : on ponyait l'appeler le parti de la maison de Théodose.
L'autre était celui de la liberté religieuse, qu'il ivait prise pour mot le ralliement. Il se composait des païens opiniâtres, des chrétiens dissidents, des juifs, les manichéens, en un mot de tous les sectaires dont l'unité catholique tendait à étoujffer ou à dominer les croyances : autour d'eux se groupaient les "débris des lernières factions politiques, les fonctionnaires d'Eujène et de Maxime, leurs familles, leurs partisans, tous ceux qui avaiçnt reçu ou espéraient quelque chose le ce gouvernement de passage, enfin cette masse de mécontents et de jaloux que trouve toujours en face de lui un ordre nouveau. On pouvait l'appeler le parti ennemi de la maison de Théodose, car il faisait rejaillir sur les enfants la haine dont il avait poursuivi le père. Son siège était à Rome, son point d'appui dans le sénat, conservateur des antiques traditions, où la religion et la politique se confondaient. L'aristocratie latine tenait la tête de cette milice, qui se réunissait autour du pontife Symmaque, le plus éloquent, le plus vénéré, le plus honnête peut-être des patriciens romains.
Chose bizarre en apparence, simple et naturelle pour qui pénètre au fond des choses, ces hommes de foi si diverse, polythéistes, monothéistes, juifs ou chrétiens, gens du monde indifférents, philosophes railleurs, thaumaturges, devins, se croyaient frères sous le drapeau de la liberté religieuse qu'avait levé le sénat de Rome, ancien proscripteur des religions étrangères et bourreau de qui les confessait 1 11 avait fallu les victoires de Constantin pour que cette assemblée comprit le droit des chrétiens à servir leur Dieu, et ratifiât l'édit de tolérance. C'était elle maintenant qui réclamait la liberté contre le christianisme, devenu religion de TÉtat, dans celle de ses communions qui admettait le moins de discussion, et dont le symbole était le plus absolu. Réuni dans une unité factice que les chrétiens appelaient rmiitè de r erreur, ce parti n'était compacte que pour la lutte; les opinions se diTîsaient ensuite et se combattaient. Le sénat lui-même n'était pas un dans sa croyance : une minorité chrétienne cherchait à le dissoudre, et le scepticisme rongeait au cœur ces familles, païennes de naissance .plutôt que de conviction, qui rangeaient les dieux du Capitole parmi leurs titres de noblesse.
C'est entre ces deux partis que le régent *dut asseoir son gouvernement. Il commença par arrêter le parti vainqueur sur la pente des violences, dont il n'avait donné que trop de preuves lors delà défaite de Maxime, quand les dieux de Rome avaient été mis pour ainsi dire au pillage, et que Sérène s'était parée du collier de Vesta. Toujours couvert par les ordres vrais ou prétendus de Théodose, Stilicon rendit les biens con-
fisqués, suspendit ou révoqua les décrets d'exiP : les complices d'Eugène les moins compromis reprirent d'abord leurs dignités ou leurs charges; ce fut bientôt le tour -des autres. On voit dans l'histoire le progrès des concessions suivant l'apaisement des esprits.
Le fils de Symmaque reçoit la préture en 397 ; Florentinus est préfet de Rome dans la même année, et Atticus consul; Tannée précédente, Valérius Messala avait tenu la préfecture du prétoire d'Italie : tous ces personnages étaient dévoués au paganisme. Malgré tant d'exemples, on dut être étonné quand on vit, en 399, le fils de Nicomachus Flavianus, fauteur principal de la dernière guerre et adversaire passionné des chrétiens, appelé à la préfecture de Rome, dignité qui lui avait été promise par Eugène*. Des lois importantes venaient assurer l'effet de ces mesures personnelles.
Les évêques avaient arraché pièce à pièce à la' piété des Empereurs précédents une grande concession, celle d'une juridiction spéciale ecclésiastique, bornée d'abord aux clercs, puis étendue des clercs aux fidèles. C'était la création d'un for ecclésiastique, la division de TEmpire en deux sociétés, l'une chrétienne, l'autre païenne, ayant chjyicune ses lois et ses tribunaux. Stilicon abolit ce privilège, ou du moins le réduisit aux termes justes et raisonnables d'une protection du clergé^ Par compensation, et pour apaiser les plaintes du catholicisme, il cassa diverses mesures relatives aux clercs et aux