Omnia Tartarei cessent tormenta Neronis
Hic muudi matrem perculit, illc suam.
Cl. Rutil., Hiner., i\, v. 57 et 00.
2. Eucherium filium suum paganum. Marcellin. com. Chron. — Ëucberium filium suum, sicut a plerisque traditur, jam inde Christianorum persccutionem a puero privatoque mcditantem. Oros.^ vu^ 3S.
fanes, plus dans l'opinion des chrétiens l'éducation d'Euchérius se trouvait entachée de paganisme. Un maître de rhétorique, de philosophie, de poésie, interprète de systèmes ou d'ouvrages littéraires fondés sur le polythéisme, était assez naturellement soupçonné d'être lui-même païen, pour peu qu'il admirât ses modèles : or du maître à l'élève il n'y avait qu'un pas, et la présence assidue de Claudien dans la famille de Sérène donnait assez naturellement couleur aux suppositions. Sans s'arrêter à rien éclaircir, les partis décidèrent qu'Euchérius était païen. On alla jusqu'à citer de lui des propos menaçants contre le christianisme. Nouveau Julien, disait-on, il avait promis aux hiérophantes et aux sophistes, ses maîtres, d'inaugurer son principat par le rétablissement des temples et le renversement des églises; ceux-ci s'étaient engagés en retour à lui livrer bientôt le trône de Théodose^ Tout était reproché à ce jeune homme, jusqu'à la popularité de son père, jusqu'aux efforts sincères de ce dernier pour établir la tolérance religieuse. On n'y voulait voir qu'un moyen de séductions et de complots habilement employé près des polythéistes pour perdre TEmpereur et porter Euchérius à l'Empire. Par cette double accusation, on espérait envelopper dans le même lacs le père et le fils.
Une autre arme tomba bientôt aux mains des partis, qui s'en servirent avec une habileté perfide. Il y avait sept ans déjà que Marie portait le double titre
I. Restilutione templorum et eversione ecclesiamm imbuturura se regni primordia minabatur. Gros., vu, 38.
d'épouse et d'Impératrice, et depuis ce temps elle n'ayait jamais donné aucun signe, aucune espérance de grossesse. Que la stérilité de cette union vînt d'elle, qu'elle vînt au contraire du dédain ou de l'impuissance d'Honorius, peu importait à la méchanceté publique : on en fit un crime à Stilicon. On prétendit que Sérène, pour faciliter à son fils l'accès de ce trône qu'elle convoitait tant, avait administré à son gendre un breuvage vénéneux qui avait éteint en lui les sources de la virilité^ A une époque où la croyance aux sortilèges et aux philtres était générale, où la loi même, en prononçant contre les opérations magiques et les enchantements des peines d'une extrême rigueur, semblait en attester la réalité, un pareil bruit, accueilli par les indifférents comme possible, devint assuré pour les ennemis. D'autres, sans nier le fait, essayèrent d'en donner une explication qui écartait faiblement l'idée d'un crime*.
Maintenant qu'on ne croit plus aux philtres, quand on pèse impartialement toutes les hypothèses possibles, et qu'on fouille les replis les plus cachés du cœur humain, on se demande si Stilicon et Sérène n'avaient pas donné par leur attitude quelque matière à la calomnie; si, voyant la race directe de Théodose frappée de caducité dans ce jeune homme débile, ils ne s'étaient
1. Potionem el prsebuisse, qua procreandse sobolis facultas adîmeretur. Philostorg. , xii, 2.
2. Nacta mulierem, quie rébus hujusmodi reraedium adferre scirct, ejus opéra perficit, ut filia cum principe quidem vivoret, ac tori coasors ejusdem osset, verum ille nec vcllet, nec posset ea, quœ matrimonium requireret, implere. Zosim., v, 28.
pas dit qu'il fallait se préparer à révénement et le faii'e tourner au profit de leur fils. Entre un tel calcul, s'il exista, et une conspiration politique ou un attentat odieux sur le prince, la différence est trop grande pour que l'histoire soit obligée d'y insister. Les historiens polythéistes, si contraires qu'ils soient au régent, — et il y en a certes de bien opposés, — n'admettent ni I^imputation de complot, ni celle d'attentat prémédité à la personne d'Honorius^ II faut y voir surtout Tœavre du parti chrétien.
Placidie sans doute suivait d'un œil satisfait les déchirements domestiques qui justifiaient son refus d'épouser Euchérius, ou le fortifiaient du moins. Plus Sérène s'obstinait à lui imposer ce mariage, plus la sœur d'Honorius mettait son devoir à le repousser. On avait eu beau annoncer le futur hymen par toutes les voix de la renommée, la traîner en personne devant le char de son frère, comme une victime condamnée aux fiançailles, la montrer enfin, dans les poétiques tableaux de Claudien, parée du flammeum et livrant son front pudique aux baisers d'Euchérius* : elle restait inébranlable, et appelait à l'aide de ses répugnances personnelles l'exaltation de ses sentiments catholiques. Cet état d'opposition dans la famille de son tuteur put mettre en évidence la mâle énergie de son caractère, tandis que l'ûge développait en elle une beauté qui
1. Stilicho nullius iudigni adversus Imperatorcm cousUii sibi con- ><ciu8. Zosim., v, 32.