CHAPITRE X
Honorius répudie Thermantia et fait décapiter Euchérius. — Les biens de Stilicon sont confisqués. — Olympius est nommé maître des offices. — Nouvelles lois reli{?iouscs : juridiction civile des évêquos ; suppression des temples et des sacrifices. — Lois relatives aux officiers barbares. — Mort de Thermantia. — Claudien est dépouillé do sos dignités. — Honorius refuse d'accepter }es propositions pacifiques d'Alaric. — Les Goths marchent sur Rome. — Mise en état de défense de la Ville étemelle. — Sérène est jetée en prison et étranglée dans son cachot. — Premier siégo de Rome. ' Le Sénat envoie une ambassade au camp des Goths. — Rançon imposée à la ville. -~ Alaric lève le siège de Rome et se retire en Btrurie.
Honorius enûn se sentait émancipé : il avait tué son tuteur, forcé sa belle-mère à fuir pour éviter le même sort, et chassé sa femme du palais, en attendant qu'il la chassât de Ravenne^; ses eunuques lui dirent sans doute qu'il était un homme. Euchérius lui manquait encore. Enlevé par un gros d'auxiliaires barbares pendant qu'on égorgeait son père et conduit par eui jusqu'aux portes de Rome, le fils de Stilicon s'y était
1. Uxorem Thermantîam^ augustali dejectam solio... Zosim., v, 35. — Marceil. comit., Chron,
réfugié : Sérène n'avait pas tardé à l'y rejoindre. Voyant ensuite que les espions du nouveau ministre Olympius le poursuivaient de demeure en demeure et le traquaient comme une proie, Euchérius se retira dans Une église qui jouissait du droit d'asile ^ Il eût pu s'y croire en sûreté ; mais le chef du parti catholique ne respectait pas plus une église chrétienne qu'un temple païen, quand ils gênaient son intérêt ou son caprice, et une lettre munie du sceau impérial ordonna d'en tirer le fugitif à main armée. L'asile fut envahi par des soldats, le sanctuaire violé, et le prisonnier dirigé, pieds et poings liés, sur Ravenne.
Dn simulacre de tribunal l'y attendait, un simulacre de jugement le condamna à perdre la tête. L'ordre régulier des choses voulait que l'arrêt fût exécuté dans Ravenne même, il en fut autrement : l'Empereur décida qu'Euchérius serait décapité dans l'enceinte de Rome*. Quelles furent ses raisons : superstition ou cruauté raffinée? Craignait-il que le sang du fils versé sur une terre encore tiède du sang du père ne s'élevât avec trop de force pour crier vengeance contre lui, ou réservait-il à Sérène, comme une marque de bonne parenté et de reconnaissance, le spectacle de son fils supplicié? prétendit-il enfin intimider par cet exemple les habitants de Rome, qui ne cachaient ni leurs regrets
i.Barbari qui una cum Stilichoneerant,assumpto ejus filio, statim abcesseruQt, cumque Romam appropinquassent, huic permiserunt ut in templum quoddam, quod jure asyli fruebatur, confugeret. Philostorg., XII, 3. — Fuga Eucherium in ecclesiam quamdam Romse delatum. Zosim., y, 35.
2. Filium Stilichonis Eucherium Romam adduxerunt, mandate principis interficiendum. Zosim., v, 37.
de la perte de Stilicon, ni leur éioignement pour ses meurtriers?
Ces trois raisons contribuèrent probablement à la détermination d'Honorius; mais une quatrième aussi put le toucher. Il avait chassé sa femme du palais, ou du moins de son appartement, sans qu'elle eût jamais donné lieu à aucun reproche \ — l'histoire a le soin de nous le dire; — la trouvant encore trop près, il voulait la renvoyer à sa mère; or l'occasion lui semblait assez naturelle de faire escorter la sœur jusqu'à Rome par le convoi qui ramènerait le frère condamné à mort. Cette résolution arrêtée, on équipa une petite troupe de braves bien armés, et deux eunuques de confiance, Térenlius et Arsacius, furent chargés de livrer, dans les murs de la ville éternelle, Thermantia à sa mère, E uchérius au bourreau.
Ces événements se passaient au moment où Tarmée d'Alaric rentrait en Italie, ainsi qu'on le verra plus tard. Le convoi chemina d'abord assez tranquillement; mais, à quelques journées de marche, de l'autre côté de l'Apennin, il rencontra des fourrageurs de cette armée qui couraient la campagne, mêlés aux débris des anciennes bandes de Stilicon. On se battit, et les Romains furent mis en déroute : dans le conflit, Ëuchériusfut délivré ou s'échappa des mains de ses gardiens. Les Barbares, ravis d'une si belle capture, le conduisaient déjà vers Alaric, quand les Romains, revenus sur leurs pas, prirent vaillamment leur revanche et reconquirent leur prisonnier. Rien ne les troubla plus