Nostra gemat Nilus numerosis funera ripis
Claud., Epist, i, y. 58.
retrancha fortement, mais dans une attitude en apparence pacifique, tandis qu*Ataûlf, son lieutenant et le mari de sa sœur, allait recruter sur les bords du Danube une seconde armée de Goths pannoniens et de Huns^ Son camp fut bientôt rempli de Barbares, déserteurs des garnisons romaines, qui se succédaient par bandes nombreuses, demandant vengeance pour leurs femmes et leurs enfants égorgés, vengeance pour leur général Stilicon, et soufflant leur colère dans le cœur des Goths d'Alaric.
. Au milieu de tant de passions sauvages, ce chef restait impassible, répétant qu'il était l'allié de l'Empire et qu'il ne romprait point le premier la foi jurée *. En effet, il se remit à négocier comme si rien n'était changé dans le gouvernement romain depuis le traité conclu à Ravenne, entre lui et Stilicon, pour l'occupation de rillyrie Orientale. « Si TEmpereur, disait-il, renonce à la possession des provinces grecques, dont la conquête, assurée d'avance et déjà commencée, devait se faire par les armes des Goths, il n'en doit pas moins au roi de ce peuple les 4,000 livres d'or stipulées pour indemnité de campagne, et qui représentent ses frais d'armement ; Alaric s'en contenterait, et, Rome ne voulant plus de ses services, il quitterait le Norique pour aller rejoindre son beau-frère en Pannonie\ » Quant à son titre de maître des milices, qu'il
i. Hunnorum Gothorumque copias haud aspernandas. Zosiin.,y. 37.
2. Pacem adhuc bello praefert, induciarum memor, quae Stillchone vivo factœ fuerant. Zosim., y, 36; — Sozom., ijl, 6.
3. E Norico ia Pannoniam copias abdocturum. Zosim., v, 36. — Olymp. ap. Poth., c. 80, p. 180.
36Zi RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE
avait abdiqué en Orient pour passer à la solde de POccident, quant aux honneurs que lui avait formellement promis le ministre d'Honorius, il n'en dit mot, gardant soigneusement ce chef de réclamation pour une circonstance plus opportune. En garantie du nouvel accord dont il indiquait les bases, le roi goth offrait pour otages à l'Empereur des personnages distingués de sa nation et demandait nominativement deux otages romains : Jason, fils de Jovius, préfet dlUyrie, et le jeune Aétius^ fils de Gaudentius, qui avait déjà passé près de lui trois années en la même qualité, lorsqu'il occupait l'Épire*.
Ce message, parti du camp d'Alaric, pour Ravenne vers la fin de septembre, trouva la cour et le gouvernement dans la plus grande confusion, mais dans un aveuglement plus grand encore. Olympius prit, en face des envoyés, l'altitude superbe d'un vainqueur de Stilicon, et Honorius, qui croyait ou s'efforçait de croire que le roi des Goths avait été d'-accord avec son beau-père pour le renverser du trône, éconduisit ses ambassadeurs sans leur laisser le moindre espoir d'arrangement ^ C'était la guerre, la guerre immédiate, « qu'on eût pu éviter, dit un historien, en achetant une trêve par quelque argent ^ » les Barbares se prenant toujours à ce piège; mais l'esprit de vertige ani-
1. Obsides dari, Aetium et Jasonem, illum Jovii, hune Gaudentii fllium. Zosim., v, 36.