‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 209 sur 251 · Qlympius qui dox erat palatinorum ordinum. Zosim., y · texte numérisé non relu

Qlympius qui dox erat palatinorum ordinum. Zosim., y

cents cavaliers huns. Le lieutenant d'Alaric, surpris et défait, laissa onze cents hommes sur la place et réussit pourtant à gagner TÉtrurie. Olympius rentra dans Ravenne, gonflé de ce petit succès, qui releva tant soit peu son crédit.

Au moment où la guerre s'engageait ainsi au pied des Alpes, Honorius faisait partir pour Rome les cinq légions qu'il avait mandées de la Dalmatie, et qui venaient à peine de débarquer. Elles devaient servir d'escorte aux deux ambassadeurs qui retournaient auprès du sénat, et grossir la garnison de la Ville éternelle. Le comte des domestiques, Valons, les conduisait, mission difficile, car elles avaient à parcourir une longue route infestée par les Goths. Ce général, brave, mais outrecuidant et léger, alla se jeter précisément dans une embuscade que lui tendait Alaric. Ses légions furent enfoncées, tout périt ou mit bas les armes; une centaine d'hommes seulement, parvenus à s'échapper, entrèrent dans Rome avec Attale*. L'autre ambassadeur, Maximilianus, resta parmi les prisonniers. Ce fut une bonne prise pour Alaric, qui connaissait l'opulence de sa maison et taxa sa tête à trente mille pièces d'or, lesquelles furent aussitôt payées par son père*.

Cependant le premier ministre, soit pour rendre

1. Vix centum fuga dilapsi sant; quorum in numéro et ipse dux erat. Nam îs cum Attalo, qui ab senatu mlssus ad principem fuerat, in urbem profectus incolumis evasit. Zosim., y, 45.

2. Maximilianus autcm, quum in hostium manus incidisset Martiniano patri venditus est, triginta millibus aurcorum pro eo solutis. Zosim., V, 45.

S9li RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE

la vie aux passions politiques qui commençaient à se ealmer, soit pour se procurer par des confiscations nouvelles l'argent dont il manquait, soit enfin pour se rattacher plus étroitement Honorius en ravivant la haine du jeune prince contre Stilicon et sa mémoire, Olympius, disons-nous, mit derechef sur le tapis la conspiration de l'ancien régent. On vit les recherches inquisitoriales, les accusations, les supplices, recommencer comme aux premiers jours de son gouvernement. L'audacieux ministre attaquait, sous ces faux semblants de dévouement au prince, quiconque pouvait ébranler son crédit en parlant d'accommodement et de paix, car il se formait à la cour un parti de conciliation avec le sénat et d'entente avec Alaric sur des bases raisonnables.

Deux frères, notaires ou secrétaires impériaux, Marcellianus et Salonius, étaient à la tête de ce parti naissant, et plus d'une fois, à ce qu'il pandt, ils avaient blâmé la funeste direction qu'Olympius imprimait aux affaires : celui-ci les livra au préfet du prétoire sous l'imputation du crime de lèse-majesté, comme fauteurs et complices du brigand Stilicon ^ Ces hommes honorables furent appliqués à la gêne; on leur demanda sous le bâton et le fouet l'aveu de ce qui n'existait pas, et que leur bouche refusa de proférer. Us en moururent, mais le sang innocent retomba sur la tête du persécuteur. Une indignation générale éclata contre lui. Vainement essaya-t-il de se cacher sous le masque

i. In jus ducti sunt Marcellianus et Salonius fratres, inter notarios principis militantes. Zosim., y, 44.

ATTALE EMPEREUR DU SÉxNAT 395

hypocrite qui l'avait si souvent protégé; le fanatisme du parti religieux exclusif se refroidissait de plus en plus devant Tincapacité de ses chefs et l'impuissance du gouvernement qu'il avait fondé.

Toutefois le cri de l'opinion publique n'aurait pas suffi pour écarter Olympius, si, par une maladresse insigne, il n'avait mis contre lui certains eunuques du palais nouvellement en faveur. Au milieu des révolutions politiques, d'autres révolutions poursuivaient, en effet leur cours dans les antichambres impériales, où Ton se dénigrait, se trahissait, se supplantait mutuellement. Térentius et Arsace, créatures du premier ministre, après avoir régné plusieurs mois sur la garde-robe du prince et dans sa confiance intime, s'étaient vus évincés par de plus habiles, qui naturellement se firent les adversaires du premier ministre.

A cette cour molle et imbécile, l'inimité d'un eunuque était plus à redouter que celle d'Alaric, et l'Empereur, étourdi chaque jour d'accusations contre Olympius, résolut enfin de le sacrifier ^ Celui-ci apprit un jour avecétonnement qu'il était dépouillé de sa charge, et comme il devina la main qui avait dirigé le coup, et que cette main ne pardonnait guère, il se procura en toute hâte une barque pontée qui le transporta enDalmatie. Ce triomphe était loin de suffire aux nouveaux favoris; une émeute de soldats, secrètement ménagée

1. Qaum autem eunuchi palatini Olympiurn apud principem insimulassent, velut auctorem eorum casuum, qui reipublicae adversi ac> cidissent : tantum effecerunt ut ei magistratus abrogaretur. Zosim., v, 46. — Olympiod., Fragm. 8.

par leurs soins, mit Ravenne en émoi, et arracha à Honorius de plus larges concessions. L'armée, par la bouche des révoltés, demandait la tête des deux généraux Turpillion et Vigilantius et celle des deux chambellans Téientius et Arsace.

Un personnage puissant, du parti des nouveaux eunuques, Jovius, parut alors devant les soldats comme pour apaiser leur colère après les avoir peut-être excités : il les harangua, parlementa avec eux pour sauver, au nom de la discipline militaire, la vie des deux généraux ses collègues, et obtint comme une grâce qu'ils ne seraient que déportés; mais, à quelque distance de la côte, les malheureux furent massacrés dans le navire qui les emmenait ou jetés à la mer K Quant aux eunuques, dont on ne daigna pas verser le sang, l'un fut exilé à Milan, l'autre relégué hors des domaines d'Occident, sur quelque point de la Remanie orientale. Cette révolution eut pour eflfet de mettre TEmpereur, pieds et poings liés, dans les mains du grand chambellan Eusébius, et l'Empire dans celles de Jovius, qui prit les rênes du gouvernement avec les titres de préfet du prétoire et de patrice ^

Ce fut un retour complet au pass*é, une réaction

1 . In navim conjecti, ab iis necantar, qui eos avehebant* Zosim., V, 47.

2. Jovius, prœfectus ponetorii et patricii dignitate cohonestatuf. — Eusebio cubiculi prseposito creato. Zosim., y, 47, 48.

ardente contre les lois d'Olympius et l'omnipotence du parti religieux exclusif. Tout ce qui tenait de près ou de loin à ce parti fut éliminé des charges publiques. Les généraux barbares, dépouillés du ceinturon par la loi du 14 novembre, reparurent à la cour avec les insignes de leur ordre, non plus en vertu d'une simple tolérance, mais en vertu de leur droit. Pour récompense de sa courageuse honnêteté, Généride reçut un commandement qui embrassait la Rhétie, le Norique, la Dalmatie et la Pannonie, avec la surveillance de la frontière italienne.Leschefsde la garde impériale furent changés : Jovius tranchait, réglait tout dans la maison du prince, comme s'il eût été l'Empereur lui-même. Il ût la même chose dans la sphère des lois civiles et religieuses.

Les privilèges énormes conférés aux évêques catholiques par les institutions d'Olympius furent abolis l'un après l'autre; la- juridiction ecclésiastique rentra dans ses anciennes limites. Défense fut faite à qui que ce fût de violenter la conscience des hérétiques et des païens pour les convertir au catholicisme, et les communions chrétiennes dissidentes recouvrèrent la liberté de tenir leurs assemblées^ Attale, encore païen, passa de l'intendance des largesses sacrées à la préfecture de Rome, poste beaucoup plus important dans les circonstances présentes. Jovius reprenait évidemment, dans les affaires intérieures, la politique de Stilicon : régime de tolérance religieuse, équilibre entre les partis, réorganisation de l'armée par le rappel des chefs bar-

Page 1