‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 208 sur 251 · n était païen, suivant Philostorge, xn · texte numérisé non relu

n était païen, suivant Philostorge, xn

tiennes et les doctrines d'un polythéisme raffiné, aux trois quarts littéraire, fondé sur l'admiration d'Homère et sur la dangereuse folie des sciences occultes. Il ne se décida que plus tard à faire profession du christianisme, et l'on verra à quelle condition.

Cet homme léger, gâté par les succès du monde, était rongé de Tulcère qui dévorait cette société, la passion du pouvoir suprême, ce désir fiévreux d'endosser la pourpre, qui faisait passer le manteau des Césars, comme par un mouvement perpétuel, sur de si nombreuses et souvent si indignes épaules. Tel qu'il était et que nous avons essayé de le peindre, avec ses agréments et ses vices, ce personnage tenait dans la députation le premier rang par son mérite présumé, ses anciens sei^ices et son crédit.

Les envoyés reçurent à Ravenne l'accueil le plus flatteur et le plus ironique. On combla leurs personnes de prévenances et d'honneurs; mais au tableau des souffrances de la Ville éternelle, amplifiées encore par la rhétorique d'Attale et de Gécilianus, les courtisans, loin de s'émouvoir, répondirent presque par un éclat de rire. Quant aux craintes de l'avenir, ils les trouvèrent moins fondées même que les plaintes du passé. « Le danger n'était pas tellement grand que la majesté romaine se dégradât jusqu'à fléchir devant quelques Barbares misérables. L'Empire n'existait-il plus? l'Empereur n'était- il pas là? Habitué à la victoire depuis son enfance, élevé et nourri parmi des trophées des Goths, Honorius saurait bientôt châtier leur chef insolent. » De tels propos, répétés par toutes les bouches, circulaient vraisemblablement dans cette cour de com-

plaisants et d'eunuques, et lorsque les ambassadeurs, feignant d'accepter ces jactances comme des vérités, s'enquéraient de l'armée qu'on allait envoyer contre Alaric, tout le monde restait muet.

Pour dissiper entièrement leurs inquiétudes patriotiques, l'Empereur, à la place des secours qu'ils étaient venus chercher, leur octroya des dignités qu'ils ne demandaient point. Gomme on était à l'époque du renouvellement des magistratures, il fit passer la préfecture du prétoire de Mallius ïhéodorus à Cécilianus, qui resta dans Ravenne. Attale fut renvoyé à Rome avec* le titre d'intendant des largesses sacrées, en remplacement d'HéIiocrates\ destitué par Olympius à cause de ses ménagements envers les proscrits. Maximilianus retourna également à Rome, on ignore en quelle qualité. Au moyen de ces corruptions éhontées, la cour de Ravenne crut avoir paré à tout. Honorius d'ailleurs venait de conclure une alliance avec le tyran Constantin, possesseur actuel de la Gaule, de la Bretagne et de l'Espagne; il l'avait adopté pour frère et collègue en lui donnant l'investiture du manteau impérial, à la condition qu'une bonne armée de Transalpins, amenés par lui en Italie, tomberait à l'improviste sur les derrières d'Alaric, et terminerait sans ennui pour l'Empereur italien les difficultés du siège de Rome : c'était le prix de sa reconnaissance.

Alaric, toujours bien informé, ne manqua pas de savoir ce qui s'était passé dans Ravenne, et l'issue bouf-

1. Romam ingressus Attalus, Heliocratem ea cura libérât, quse illi a principe fuerat auctore Olympio commissa. Zosim., v, 45.

fonne de Tambassade, et la reconnaissance du tyran des Gaules, ainsi que les secours qu'il devait fournir, et l'attente d'autres secours demandés par Honorius à l'Empereur d'Orient, et enfin l'arrivée prochaine de six mille hommes d'excellentes troupes appelées de la Dalmatie^ Il comprit que l'intention des généraux romains élait de l'enfermer dans son camp entre l'armée italienne mise en mouvement et celle qu'on attendait des Gaules, que par conséquent il n'avait pas un moment à perdre pour obtenir justice, au besoin par la force, de la non-exécution du traité de Rome. D'assez mauvaises nouvelles lui arrivaient d'ailleurs d'Ataûlf, qui n'avait pu se procurer que fort peu de recrues chez les Barbares du Danube, et qui traversait en ce moment les Alpes, se dirigeant sur l'Italie.

Alaric lui manda d'accélérer sa marche, afin de devancer la venue des troupes de Constantin; mais, à la descente des montagnes, dans ces plaines de l'Isonzo, qui séparaient la Pannonie de la Vénétie, Ataûlf donna contre un obstacle qu'il n'avait pas prévu. Une armée composée mi-partie des garnisons urbaines concentrées, mi-partie des troupes détachées de Ravenne, occupait les plaines de la Haute-Vénétie, sous le commandement d'Olympius', qui prit part à l'action et se battit assez bien à la tête d'un corps de trois

1. Visum est principi quinque dalmaticos militum ordines, de suis excitos sedibus, ad Urbis custodiam arcessere. In his ordinibus erant hominum sex millia. Zosim., v, 45. — Une légion était donc réduite à 1,200 hommes.

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