‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 211 sur 251 · Zosim., V, 48. — Sozom., ix · texte numérisé non relu

Zosim., V, 48. — Sozom., ix

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cette assemblée froissée dans sa dignité plus encore que dans son intérêt, il s'était mis en rapport direct avec elle au moyen de quelques sénateurs influents, et lès deux ennemis de la yeille unissaient maintenant leurs griefs et leurs blâmes contre le gouvernement d'Honorius. Ces relations du sénat avec le chef des Goths en dehors de la cour de Ravenne, provoquées et soigneusement entretenues par Alaric, expliquent une partie des faits qui ne tardèrent pas à se produire. Il fut convenu, d'accord entre eux probablement, que le sénat tenterait l'envoi d'une seconde ambassade qui porterait à l'Empereur des propositions plus- formelles que la première fois et une sorte d'ultimatum ^

Cette ambassade était en train d^ se former, lorsque la révolution de palais survenue à Ravenne ouvrit la porte à toutes les espérances d'accommodement. L'histoire n'indique pas les membres laïques qui la composèrent; mais nous savons que l'évêque Innocent en fit partie, soit qu'il se fût adjoint volontairement, soit que la ville de Rome l'eût elle-même choisi, dans la pensée d'aplanir les difficultés relatives aux questions religieuses*. Quand l'ambassade fut sur son départ, Alaric ne se borna point à lui envoyer un sauf-conduit; il offrit de la faire escorter jusqu'à Ravenne, le pays qu'elle avait à parcourir étant infesté par des bandes de pillards de toutes les armées. Le

1. Quum enim pacem princeps differret et pactis conventis haud satisfacoret; senatus quidem pacis causa legatos iterum ad priiicipem mlttit. Zosim,, y, 45.

2. Cum quibus et Romanus episcopus proficiscitur. Zosim., v, 45. — Sozom., IX, 7.

sénat accepta l'offre, et dans ce temps d'étranges spectacles on vit encore celui-ci : des députés du sénat romain allant, sous la protection des Goths, demander à l'Empereur que la ville de Rome eût le droit de se sauver des mains des Goths comme bon lui semblait, et que la foi publique ne fût point violée. Les députés, pendant la route, en croisèrent d'autres qui se dirigeaient de Ravenne au camp d'Alaric : ils venaient de la part de Jovius inviter l'ancien ami du ministre à se rendre dans la ville d'Ariminum, où s'ouvriraient, s'il y consentait, des préliminaires de paix. Jovius devait s'y trouver aussi pour prendre part aux négociations. Alaric ne se fit pas prier : il se mit aussitôt en marche avec une division de son armée; Jovius le rejoignit, et les pourparlers commencèrent ^

Ce fut une lutte de finesse et de ruse entre le Rarbare et le Romain, qui voulaient au fond la même chose. Gomme on pouvait s'y attendre, Alaric enfla ses prétentions pour obtenir moins. Il demanda une forte somme d'argent et une certaine quantité de vivres, comme prestation annuelle pour lui et son peuple, et la liberté d'habiter la Vénétie, les deux Noriques et la Dalmatie. A ce prix, il faisait avec l'Empire une paix éternelle. Jovius écrivit ces conditions sous sa dictée pour les envoyer à Ravenne; mais il joignit à la dépêche officielle une lettre particulière dans laquelle il faisait ressortir tout ce que dételles exigences avaient de dur et de dangereux pour l'Italie : il conseillait alors de

1. Alariciio principis et Jovii litteris adsenso, et Ariminum profecto, céleri ter eo Jovius quoque se contulit. Zosim., v, 4S. — Sozoni., IX, 7.

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plus chauds partisans comme un ennemi et un traître, Jovius prit aussitôt son parti. II reconnut sans discuter qu'il avait failli, que le prince avait raison, qu'Alarîcet les Goths étaient pour l'Empire et pour lui de mortels ennemis, et, allant pi us loin que tous ceux qui Favaient attaqué pendant son absence, il proposa la guerre immédiate. Bien plus, il fit jurer à Honorius de ne faire jamais de paix avec Alaric, et s' approchant du trône la main étendue, il prononça pour lui-môme un pareil serment sur la tôte sacrée du prince. Les officiers présents s'empressèrent de l'imiter, puis tous les commandants des troupes impériales, et l'armée se trouva liée par un serment à une guerre perpétuelle et sans quartier K

Alaric, dès lors, était dégagé de tout scrupule vis-àvis du gouvernement impérial, et cependant il retarda son départ comme s'il hésitait. Au moment de franchir le dernier pas, une terreur secrète l'avait saisi : « Il ne voulait point prendre Rome ', » dit un historien du temps. Dans sa répugnance à rompre ainsi avec une si longue et si chère espérance, car saccager Rome c'était renoncer à lui appartenir jamais, le roi des Goths essaya d'un remède suprême. Il envoya en députation à Honorius les évêques des villes voisines pour lui porter une dernière proposition. Ils devaient le supplier, en son nom, « de ne point permettre qu'une ville qui avait commandé mille ans à une grande partie de

1. Honorium sacramentis obstrinxit... simul et ipse, principis tacto capite, jusjurandum praestat, et a caeteris, quotquot erant cum potestate, consimile quiddam exigit. Zosim., v, 49. — Per salutem principis et ipse juravit. Sozom., ix, 7.

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