Zosim., V, 52. — Claud., In Buf,, i, v
5. Omiies causa) (apudeuoi) judicabantur.. Quotquot publica dicasteria judiccs omiios in gratiam Rufini judicabant. Eunap., Pragm»f r.
naît maintenant sous la robe prétexte, l'anneau de chevalier au doigt ^ A l'aide de ces misérables, il battait monnaie de confiscations et d'amendes sur tous les points de l'Orient. Biens des riches, biens des pauvres, biens des villes et même du fisc impérial, il prenait tout * : aux uns, il arrachait leur patrimoine par des procès injustes, aux autres, il l'extorquait par la menace. Les donations et les testaments pleuvaient dans ses mains, tandis que les filles ou les veuves de familles opulentes devenaient la proie de ses créatures.
Si par hasard quelque révélation soudaine venant à éclater compromettait son crédit, Rufin l'étouffait sous une pluie d'or : là il dotait des églises ou en bâtissait de neuves du plus beau marbre; ici, pour obtenir le silence d'une ville offensée, il y construisait de ses propres deniers un portique qui fut longtemps l'admiration de l'Asie^. Ce scélérat faisait dans ses rapines la part de Dieu et des peuples. L'indignation publique s'arrêtait muette de surprise devant tant d'audace et de calcul, et chaque fois que la conscience de Théodose semblait inquiète, quelque événement imprévu, intéressant lafoi catholique, se présentait à point nommé
1. Adulatores vero heri quidem et nudius tertius cauponis inservi erant ut et subsellia purgarcnt et pavimenta verrerent ; jam vero chiamides egregie prœtextatas, gestabaat, et sigillis auro inclusis digitos ornabant. Eunap., Fragm.
2.E0 immensœ et improbœ avaritise processit, ut ipse publica mancipia venderet. Eunap., Fragm.
.... Aut aufert vivis, aut occupât hœres.
Claad. InHiif.y i, v.lî>2. — Cf. Suid., voc. nuFin.
3. Regium porticum e\struxit (Antiochise), qua nullum habet urbs sedificium splcndidius. Zosim., V, 2.
pour dissiper les appréhensions du prince et raffermir la puissance du favori.
Ce n'était pas seulement par les grands côtés de cette âme ardente et dévouée que Rufln savait asservir son maître; il abusait des défauts de Tiiéodose comme de ses vertus. Cet homme, qui avait attaché le devoir et la gloire de sa vie au triomphe d'une idée, mêlait aux élans désintéressés de sa foi un sentiment excessif de pereonnalité. Il lui semblait que son œuvre était en péril à la moindre opposition; ilse.confondaitavec elle, y confondait son ministre, son trône, sa famille. Dansses moments d'ombrage, il se laissait emporter aisément â la colère, et, une fois déchaînée, elle devenait une fureur sans bornes. On sait de quel châtiment effroyable il punitl'ôffense faite à sa statue dansles murs de Thessalonique. Ce fut Rufln qui le conseilla, qui Tirrita, qui le poussa dans cet excès sauvage, et, quand Ambroise, avec une juste sévérité, vint interdire rentrée de son église à ce prince, que d'ailleurs il admirait et aimait, Rufln osa s'interposer entre la pénitence et le coupable, et revendiquer pour lui le crime du sang répandu^ Ainsi, par une corruption sans exemple, il tranquillisait la conscience d'un maître chez qui le remords suivait de près la faute, il se rattachait par les liens d'une infamie volontaire, il se rendait, à ses yeux, sacré comme un complice.
Lqrsque Théodose partitpoutcètte guerre d'Italie d'où il ne devait pas revenir, il confia aux mains de son tout-
1. Divinus Ambrosius simul atque Hufinum vidit: « Canum, inquit, impudentiam imitaris, Rufine; nam quum tantae csedis suasor extiteris, pùdorem a fronte excussisti... » Tlieodorit., Hist. eccL, v, 18, cd. H. Vales.
puissant ministre l'administration de l'Orient avec la garde du jeiîne Arcadius. Sa santé déjà chancelante et la guerre qu'il allait chercher si loin ouvraient la porte à Lien des hasards, et Rufin, dans sa hardie prévoyance, se mit à calculer les chances nouvelles que lui présentait la fortune. Il avait tout reçu de ïhéodose, excepté le trône : il y porta sérieusement ses vues\ et commença par en préparer de loin les abords par un redoublement de libéralité envers le clergé catholique, puis en attirant l'attention du peuple par le faste d'une piété tout impériale.
Leministreavaitflxésarésidence d'été sur Tautre rive du Bosphore, à Ghalcédoine, dans le faubourgdu Chêne, faubourg tellement englobé dans les dépendances de sa villa qu'il en avait emprunté le nom et ne s'appelait plus que Rulinopolis*. Élevée à mi-côte, sur le détroit qu'elle dominait de ses colonnades de porphyre et de son toit étincelant d'or, la villa rufinienne passait pour la merveille de ce siècle ^ Dans la demeure d'un si fervent catholique on n'avait eu garde d'oublier l'église; il en avait une en effet, sous le vocable des apôtres Pierre et Paul, l'Aposlolaeum*, église non moins spacieuse que magnifique, à laquelle élait joint un mo-