‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 233 sur 251 · Raptor Urbîs · texte numérisé non relu

Raptor Urbîs

LE SÂG DE nOME Zi65

Tel fat, pour les vainqueurs, le dernier acte de cette grande tragédie du siège de Rome; voyons ce qu'il fut pour les vaincus. Un double mouvement d'immigration et d'émigration se manifesta dans la ville aussitôt après le départ d'Alaric. Les gens qui entraient étaient des habitants pauvres de la campagne et des villes environnantes, qui venaient prendre part aux distributions, s'établir dans les maisons abandonnées, et glaner encore là où avaient moissonné les Goths. Ils accoururent en si grand nombre que, dans un seul jour, la population urbaine se trouva augmentée de quatorze mille âmes. Ces nouveaux venus, et les misérables de l'ancienne population, réclamèrent les jeux du Cirque, qu'il fallut célébrer sur des ruines ^ Les émigrants appartenaient, au contraire, à la classe des riches, qui pouvaient craindre les dispositions d'AtaûIf, aux chrétiens surtout, pour qui les vengeances de la populace païenne n'étaient pas moins à ^redouter qu'un retour offensif des Goths. Les uns allèrent demander leur salut aux îles de la mer de Toscane qui se peuplèrent devant les bandes d'Alaric, comme plus tard les écueils de T Adriatique devant celles d'Attila-, les autres cherchèrent leur sûreté plus loin.

1 Ut libère conclamaret (populus) si reciperet circum, nibil esse sil)i actum. Oros., i, 6.

/i66 RÉCITS DE L'HISTOIRE ROMAINE

Quelques années suffirent pour que, dans les parages voisins de rÉtrurie, l'aspect des lieux fût conaplétement transformé. Sur les pentes ombreuses d'Igilium, aujourd'hui Giglio, on vit des habitations faites à la hâte chasser devant elles les grands bois de futaies, et les rochers de Gorgogne et de Capraria se couvrirent de monastères ^ Cette mer n'était qu'un étroit fossé entre les émigrants et le danger qu'ils fuyaient : beaucoup en voulurent un plus large, ils passèrent en Afrique, soit avec Tintention d'y rester, soit pour gagner ensuite l'Egypte et les contrées de l'Orient; mais le trajet était difficile et coûteux. Les patrons de navires mettaient leurs services à très-haut prix, et bien souvent les mauvais trcâtements et la misère ressaisissaient en route les infortunés fugitifs.

On eût pu croire que leur présence éveillerait jusque dans les provinces les plus éloignées la commisération et le respect; il n'en fut pas ainsi : la grandeur môme de leur infortune se tourna contre eux, et l'ancienne opulence de Rome pesa d'un poids fatal sur leurs calamités présentes. Sî ruinés qu'ils fussent, on les supposait toujours riches. Des gouverneurs abominables les rançonnèrent au passage,

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