Fcram Charybdim, Scyllamque succinctam miiltis canibus
Quem nescias utrum avarior an crudelior fucrit ; cui nihil dulce prêter vinum et pretium. Hicronym., Ep, 97, ad Demetriad.
3. Hic matrum gremiis abducere pactas; ncgotiatoribus et avidissimis mortaliuni Syris nobilium puellarum nuptias vendcre... Hicronym., Ep. 97, ad Demetriad.
plusieurs cargaisons , et quelques-uns des plus grands noms de Rome, traînés sur les marchés de FEuphrate ou de rOronte, allèrent servir dans les gynécées de rOrient ou se souiller dans le lit d'un maître. Encore si ce misérable avait été aveuglé par la haine ou le fanatisme religieux ; s'il avait poursuivi le sénat dans les ûlles et les femmes des patriciens, et le paganisme dans celles qui avaient des pénates domestiques à emporter! Mais non, il ne distinguait point; qui n'avait pas d*or ou qui n'en avait pas assez était à ses yeux pire qu'un apostat ou un païen.
Une affreuse destinée amena sous sa main la plus noble des matrones chrétiennes, Proba Faltonia. Après s'être rachetée deux fois de la captivité des Goths, la fille des Anices avait pu gagner l'un des ports de la côte, et à force d'argent elle avait décidé le patron d'une barque à la conduire à Carthage avec sa famille, composée de ses deux fils survivants, de sa bru Juliana et de la jeune Démétriade, cette fille de Juliana dont nous avons déjà parlée La traversée fut rude, et les fugitifs n'échappèrent aux dangers de la mer que pour tomber dans les prisons du tyran. Proba eût pu faire appel à Augustin, le recours des Romains en Afrique; mais, si elle le fit, la voix d'Augustin fu méconnue comme tout le reste. Cependant Démétriade et sa mère étaient menacées de passer aux mains des marchands syriens, si elles n'acquittaient une somme énorme pour leur bienvenue. Un des fils de Proba, celui qu'elle aimait
1. Fragili cymbœ salutcm suam suorumque commiserat, crudeliora invenit io Africa Ultora. Hieronym., Ep, 97, ad Demetriad.
LE SAC DE ROME m
le plus tendrement, tomba malade et mourut, victime peut-être de Tinsalubrité de sa prison. Dans cette extrémité, Proba ne balança plus, elle se dépouilla dé tout ce qu'elle avait emporté de Rome : elle se racheta une troisième fois, sauf à mourir de faim le lendemain, mais à mourir du moins libre et sans honte. Elle recouvra plus tard une partie de ses immenses domaines après la "pacification de Tllalie.
Quand on trouve dans l'histoire de pareils crimes, en est tenté de réprouver, non pas seulement les coupables, mais la société au sein de laquelle ceux-ci pouvaient vivre et prospérer. Disons pourtant, à la décharge de cette société, que Thomme qui déshonorait ainsi le nom romain était en train de le renier, que son dessein était dès lors de rompre avec Rome et l'Italie et de se constituer en Afrique, sur le théâtre de ses pillages, un pouvoir indépendant, ou, comme on disait, une tyrannie, en opposition aux deux gouvernements d'Honorius et du sénat. Les Anices demeurèrent à Cartilage, retenus par les consolations et renseignement d'Augustin. Démétriade prit le voile des vierges, que l'évêque de Carthage, Aurélius, attacha lui-même sur son fronts Proba voulut retourner à Rome et y mourir près du tombeau de son mari *.
Cette seconde fatalité, attachée aux pas de la flère patricienne que la voix publique accusait d'avoir livré sa patrie, dut rappeler aux païens le parricide Oreste
i. Hieronym., Ep, 97, ad Demetriad.
2. Epitaphium Probi et Probse. ap. Baroo., Annal eccles., t. VI, p. 179.
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poursuivi par les Furies. Les chrétiens, de leur côté, purent appliquer à cette destinée agitée, sans paix ni trêve, la métaphore hardie d'un de leurs prophètes : « Que vous servira d'avoir échappé à la dent du lion, si vous rencontrez un ours sur voire route, et si, rentré dans votre maison et appuyant la main contre votre mur, vous y trouvez une vipère qui vous mord * ? »
D'autres familles chrétiennes, moins vouées au malheur que celle des Anices, atteignirent les plages de rÉgypte et la Palestine, où Jérôme les recueillit. Elles avaient mendié le long du chemin. Le solitaire leur donna du pain et un toit dans les monastères élevés par ses soins et par ceux de Paula, son amie, près de la grotte du Sauveur, à Bethléem. Là se trouvèrent bientôt rassemblés dans les couvents distincts des hommes distingués ou savants et d'illustres dames, de qui le fondateur pouvait dire, en les montrant avec orgueil : « Rome est ici. » Il apprit de leur bouche la plupart des détails que nous avons transcrits plus haut sur les événements du siège et la dispersion qui le suivit. Sous leur dictée aussi, il écrivit ces pages indignées qui dénonceront à la dernière postérité le nom et rinfamie d'IIéraclianus*.
Le passage d'Alaric avait laissé dans Rome boule versée encore plus de désordre moral que de ruines. Quand les esprits se furent rassurés sur la crainte d'un
i. Quomodo si fugiat vir a facie leonis, et occurrat et ursus, et îngrediatur domum et innitatur manu sua super parietem, et mordeat eum coluber. Amos., 0.