Socrat., vu
6. August., de Civ, Dei, i, 1 et. passim. —• Oros., vu, 39. — Scd et qui extra loca martyrum erant et nomen Christi et sanctorum nominaverunt... Isidor., Chron.
Ces hardis mensonges furent admis plus tard comme des faits incontestables, parce qu'ils semblaient miraculeux. L'histoire du siège de Rome fut rédigée sur ce patron dans tous les livres chrétiens, lors même que le besoin de la défense religieuse cessa d'exister, et les modernes y ont puisé pour la plupart leurs inspirations et leurs jugements.
Cet exposé m'était nécessaire pour compléter ce qui précède : c'est l'histoire des idées à côté de celle des faits. Je ne sache pas de tableau plus curieux ni d'enseignement plus utile que de pareils parallèles entre la réalité des événements et le jugement qu'en ont pu porter de grands partis contemporains au point de vue de leur croyance ou 'de leurs intérêts. En parcourant les pages de cette polémique ardente et parfois cruelle sous laquelle on croit voir palpiter de si poignantes douleurs, on éprouve soi-même un saisissement involontaire. Cet ensemble, ce talent, cette puissance morale vous imposent; mais la négation de la patrie, de la pitié, de la plus sainte des libertés humaines, celle de choisir sa foi, l'insulte, la menace, jetées pour consolation sur des ruines à des gens qui meurent ou qui ont perdu toute raison de vivre, Tapothéose d'affreux Barbares dont on fait les exécuteurs d'un dieu de justice, tout cela lu froidement, à la distance de près de quinze cents ans, inquiète et trouble l'àme. On ferme le livre avec effroi. On se prend à en condamner les auteurs, si grand que soit leur génie, si vénérés que soient leurs noms, si respectable qu'ait été leur but, et l'on est tenté de se dire que nous sommes meilleurs.
Le sommes-nous en effet? Le xlv siècle, danssoB
fier éclectisme, s'est-il montré exempt des passions qu'il peut reprocher au v*? N'avons-nous pas eu, comme lui, nos jugements iniques, nos appréciations cruelles sur des catastrophes lamentables? Hélas! oui. Nous aussi, nous avons vu la patrie, la gloire, Tindépendance nationale, ce qui fait la vie d'un grand peuple, reniés, foulés aux pieds, au profit de systèmes politiques, d'affections de familles ou d'intérêts de partis. Des étrangers mêlés à nos discordes ont été salués d'amis et de libérateurs, quand ils arrivaient les mains rouges du sang de nos frères, ou noires de l'embrasement de nos villes. Ils avaient égorgé nos soldats, brisé notre drapeau, amoindri et humilié la France, et nous avons proclamé jusqu'à la tribune nationale qu'ils étaient plus Français que nous. A chaque siècle donc ses passions et ses égarements, sa part enfin dans l'humaine naturel Soyons indulgents pour les autres, et nous le serons en les étudiant dans nous-mêmes. On a dit avec raison que l'histoire était la maîtresse de la vie des peuples, et que le passé éclairait le présent; mais le présent aussi tient un flambeau dont la lueur, projetée en arrière, éclaire à son tour le passé.