Revocat fulvas in pectore polies
Frcnaque, et immanes pbaretras, arcusque sonoros Assîmulat...
Claud., In Ruf,^ ii, v. 79. et seqq.
RUFIN Ub
A la vue de ce préfet romain, accoutré en barbare et se pavanant sous cette peau de mouton comme sous un ornementplus digne d'un guerrier que la cuirasse romaine, bien des spectateurs se détournèrent indignés. « OùrEmpire est-il donc tombé? disaient-ils en soupirant. Voilà un homme qui a monté sur le char des consuls, et qui administre la justice à des Romains, et cet homme ne rougit pas d'adopter les coutumes grossières des Gètes! Il troque contre leur ignoble parure la toge latine, cette noble décoration du Romain! Les lois captives n'ont plus qu'à gémir sous un magistrat vêtu de peaux. » Ces murmures s'échangeaient à demi-voix ; on se cachait par peur du tyran, on se cachait aussi parce que beaucoup croyaient voir en lui le seul homme qui pût sauver la république.
Le préfet et sa troupe s'élancèrent fièrement dans la campagne, qu'ils purent traverser sans être inquiétés par l'ennemi, ils arrivèrent sains et saufs au camp des Goths. A leur rentrée dans Constantinople, ils rapportèrent la nouvelle qu'Alaric, cédant à Tautorité de Rufln, avait promis de respecter la métropole de T Empire, et que même il évacuerait immédiatement la province de Thrace. Le fait était vrai, et le mouvement rétrograde des Barbares avait déjà commencé; mais au lieu de regagner leurs cantonnements de Mésie, ils s'acheminaient à grandes journées vers la Macédoine ^ En vertu de ses conventions avec Rufln, Alaric, en qualité defédéré de TEmpire, allait tenir garnison dans Fllly-
1. Âlaricus e Thracia discedit, et in Macedoniam Thessaliamque progreditur. Zosim., v, 5.
rie orientale. Son armée ou plutôt son peuple, car il traînait tout après lui, alla donc déboucher en Macédoine, puis en Thessalie, se conduisant comme sur une terre conquise^ et la Grèce d'Europe ne présenta bientôt plus, comme celle d'Asie, qu'un spectacle de désolation et de ruines*.
Quand ces nouvelles arrivèrent à Milan et à Rome, la cour, le sénat, le peuple entier, furent dans un grand émoi. — Livrer aux Barbares l'Ulyrie orientale, disaient les Italiens, c'est nous menacer nous-mêmes, puisque cette province touche nos frontières. Alaric et ses Goths n'auront plus qu'un pas à faire pour se montrer devant Home. — Ces craintes étaient justes; mais Stilicon, qui connaissait à fond les personnages du drame joué en Orient, devina l'autre côté de l'intrigue. Il comprit que Rufln voulait avoir un homme de guerre à lui opposer, et qu'en envoyant sur les confins de l'Italie un Barbare dont le renom militnire était déjà grand, et qui disposait d'uu peuple valeureux, il voulait créer à la politique occidentale des embarras qui l'empêcheraient de se mêler des affaires d'Orient.
Habitué à combattre de front les difficultés, le tuteur d'Honorius n'hésita pas un moment. Marcher au-devant d'Alaric, le prendre corps à corps, le chasser de la Grèce et l'emprisonner, comme autrefois Théodose,
1. Intcrjoctis omnibus excidio datis. Zosim., v, 5. — Coastantinopoli vero decedens, ad Occidentis partes Alaricus traiigressus est. Gumque in Illyricum pcrvenisset, late cuncta yastaie cœpit. Socrat., vn, 10. — Ciaud., In Ruf,, ii, v. 3i-48.
2. Âluricus in Aciiaïam irrupit, et Atheaas cepit : Macedonas quoque et fiuitimos Dal matas populatus est. Philostorg., x. ii. — Niceph. xiii, 35.
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dans ses cantonnements de Mésie, puis entrer lui-même à Constantirtople, suivi de l'armée romaine victorieuse, et mettre Rufin sous ses pieds, ce fut là son plan. « A Constantinople, se disait-il, il réglerait les affaires à sa guise, dans le meilleur intérêt de l'Empire etdel'Empereur^ )> Pour éviter de trop dégarnir ritalie, il partit précipitamment pour la Gaule, où se trouvait, dans les camps des bords du Rhin, le grand dépôt qui alimentait les guerres civiles, dépôt bien affaibli cependant par suite des dernières luttes.
Quoique Thiver sévît encore, et que les montagnes fussent couvertes de neige, le régent d'Occident gagna sans appareil, et presque seul, les sources du Rhin à travers les Alpes de Rhétie, et descendit le fleuve jusqu'à son embouchure, inspectant sur la rive gauche les garnisons romaines, et observant sur la rive droite les dispositions des peuples germains. Ces dispositions se trouvèrent toutes pacifiques, et le voyage de Stilicon le long de la rive barbare eut tout l'aspect d'un triomphe^ Quant aux légions qui avaient fourni depuis dix ans le noyau des expéditions de Maxime et d'Eugène, elles étaient réduites presque à rien; pourtant Stilicon leur enleva ce qui leur restait encore de milice jeune et disciplinée. Il retira aussi la légion qui, dans la Rretagne septentrionale, protégeait cette lie romaine contre les incursions des Pietés et des
1. Ad Arcadium proficisci cogitabat, cupiens et illius res pro lubitu Buu dispooere. Zosim., v, 4.