Spectaturque favens odiis locus
Onud., In Ruf,, 11, V, 282,
Rufin et de lui offrir de l'argenté Le général prit l'argent et accueillit les ouvertures avec faveur, jugeant habile et prudent de compromettre le chambellan de l'Empereur dans une conspiration contre son ministre. Des envoyés du préfet arrivèrent à leur tour pour gagner le général à ses vues d'élévation personnelle : il était trop tard, mais Gaïnas ne les détrompa point. Pendant une seconde halte à Héraclée de Thrace, les agents de Rufin revinrent à la charge : Gaïnas les entretint dans leur première sécurité.
Rufin était au but de ses désirs. A la nouvelle du départ de Stilicon et de la marche des Occidentaux vers l'Italie, il avait convoqué ses amis et ses clients pour se réjouir avec eux. Leur foule encombrait les portiques de porphyre qui entouraient son palais. Il y avait là tout ce que l'Orient renfermait de plus corrompu et de plus hardi, des hommes engraissés de rapines, mais toujours insatiables, espions, bourreaux, juges prévaricateurs, tourbe immonde liée à sa cause par la communauté des forfaits, et attendant une part dans les dépouilles de l'État quand le maître serait César. Rufin aborda l'assemblée dans la fière attitude d'un triomphateur, l'œil caressant et la tête renversée en arrière. « La victoire est à moi, leur dit-il dans une harangue préparée; Stilicon fuit, un geste a suffi pour le chasser; que neferaîs-je pas maintenant qu'une armée dévouée m'arrive? Comment tiendrait-il contre mes armes, lui qui n'a pu me vaincre quand j'étais
1. Eutropius, opéra Stilichonî navata in omnibus quss contra Rufinum ille machinatus fuerat... Zosim.,Y, 8.
désarmé'? » Et, par une figure de rhétorique, apostrophant son rival absent : « Stilicon, sécria-t-il, va, si tu veux, méditer ma perte dans les pays lointains, pourvu qu'un continent nous sépare et que la mer mugisse entre nous. Tant qu'un souffle de vie me restera, tu ne repasseras pas les Alpes! Fais choix maintenant d'une épée bien longue si tu prétends m'atteindre ici*, n Cette plaisanterie, qui ne nous donne guère ridée du sel attique de ses bons mots, excita sans doute l'enthousiasme de l'auditoire; on le salua du nom de prince, et lui-même, rentré dans sa chambre, s'endormît, bercé par les plus douces espérances.
On raconte qu'un songe alors le transporta dans la plaine de l'Hebdomon, où se faisait la proclamation des Empereurs. Un trône était disposé sur le tribunal de marbre, et tout autour s'agitait une foule tumultueuse, appelant Rufln à grands cris... Il accourait le cœur joyeux, le sein haletant; mais des ombres se dressaient comme une barrière entre cette foule et lui, et il reconnaissait ses victimes. « Allons, tu vas être grand, lui disait une d'entre elles avec un rire sinistre, que tardes-tu, RuQn? Le peuple se disputera l'honneur de te porter, et ta tête planera sur toutes les têtes ^ »
Ces figures, ce ton, ces paroles ambiguës le préoccu-