Nunc se regnare cognoscit. Ambros., de Obit, Theod
2. Jam sua vulnera non mœrentem, quia invenit ultorem. Ambros., de Obit. Theod,^ 39.
3. Exspectabattotius orbis Imperatorem, stipatum exercitu gallicano, et totius orbis subnixum viribus. Ambros., de Obit, Theod.^ 56.
4. Nnnc gloriosior redit, quem angelorum catcrva deducit, quem sanctorum turba proscquitur. Ambros., Obit, 77ieod.,ad fin.
Ainsi, pour rÉglise, Théodose était déjà saint, et dans le même instant — chose étrange ! — des païens, éblouis par ses brillantes qualités, mettaient parmi les dieux, quoique sans apothéose publique, cet ennemi de leur culte et ce destructeur de leurs temples. Claudien, dans de beaux vers récités devant la cour chrétienne d'Honorius, transforme Pâme de l'Empereur défunt en un astre éclatant qui se fixe sur la voûte céleste entre Bootès et Orion ; mais des témoignages plus certains que les fictions d'un poëte, des témoignages tirés des inscriptions, nous démontrent que plus d'un Romain, plus d'une ville peut-être honorèrent la mémoire du César chrétien sous des formes religieuses qui lui eussent fait horreur quand il vivait.
Le départ du convoi pour Constantinople n'eut pas lieu aussitôt qu'on l'avait cru ; il ne se mit en marche que vers le milieu de juillet, malgré la chaleur qui pouvait opérer la décomposition du corps. Il prit, comme tout semble l'indiquer, la direction des Alpes-Juliennes et la route militaire qui, à travers les provinces de Pannonie et de Thrace, conduisait dans la métropole de l'Orient. Le cercueil s'achemina par étapes, sous la garde de sénateurs et de soldats tirés de principaux corps de l'armée, particulièrement des cohortes palatines; leurs drapeaux étaient voilés, leurs armes renversées en signe de deuiP. Une foule innombrable accourue de toutes parts leur fit cortège de ville en ville. Ils attei-
1. Prseibant per catervas et agmiaa dispositi nunieri militares : pone sequebatur innumerabilis hominum multitudo. Hastati vero et scutarii ipsum Imperatoris corpus medii cingebant. Euseb. Vit. Constant., IV, 67.
gnirent ainsi le faubourg de THebdomon, où Arcadius vint les recevoir, puis ils franchirent avec lui l'enceinte de Gonstantinople.
La jeune Rome, construite sous les auspices de la croix, s'était arrogé sur les Empereurs cjirétiens un droit de sépulture, ou du moins ceux-ci le lui avaient conféré, en suivant l'exemple de Constantin K Ce prince en effet ne voulut pas reposer dans les mausolées de la vieille Rome, comme s'il eût redouté le terrible voisinage des Césars païens, ou qu'il espérât une paix plus douce au sein de la ville qu'il avait fondée, sous l'abri de ce signe auquel il devait ses victoires. Il bâtit donc de son vivant pour recevoir ses restes Véglise, ou, suivant une expression consacrée, le martyre des apôtres, mausolée qui surpassa en richesse, sinon en majesté, tous les sépulcres des bords du Tibre.
C'était un édifice circulaire surmonté d'un dôme d'une grande hauteur, qui laissait pénétrer le jour par des fenêtres élégamment encadrées. Un revêtement de marbres précieux et d'ornements de bronze doré d'un beau travail le tapissait à l'intérieur du haut en bas; les voûtes étaient formées de caissons dorés, et à l'extérieur, des tuiles de bronze également doré, étincelantes au soleil, signalaient de loin ce néant des grandeurs impériales*. Douze statues, représentant les apôtres, garnissaient le pourtour de la rotonde^ dont le milieu
1. Ab illo vero velut ab initio quodam propagata consuetudiue, quotquot postea Constantinopoli regnarunt Imperatores christiani, ibidem sepeliri soient. Sozom., Hist, eccl.^ ii, 34.
2. On peut consulter la description donnée par Ëusèbe dans sa Vie de Constantin.
était occupé par un sarcophage de porphyre, sous le couvercle duquel fut déposé, comme il Pavait voulu, le cercueil d'or de Constantin. Au fond, vers l'Orient, se trouvait un autel communiquant avec des bâtiments extérieurs destinés au service du culte. Le tout était situé au milieu d'un préau carré, à ciel ouvert, sur les côtés duquel les successeurs de Constantin élevèrent de vastes portiques pour leurs sépultures et celles de leurs familles.
Ces portiques se peuplèrent peu à peu d'augustes, de Césars, de nobilissimes, environnant comme une cour funèbre la tombe solitaire du premier Empereur chrétien. Là vinrent reposer côte à côte le jeune Constantin et Constance, Jovien, Valentinien; Théodose y fit enterrer ses deux femmes, Flaccille et Galla, et marqua la place qu'il voulait occuper près d'elles. C'est là enfin qu'il fut inhumé lui-même, le 19 novembre 395, en présence d'Arcadius et avec un cérémonial qui rappela celui de Milan ^ Par une étrange aventure, le convoi avait failli se croiser sur la route de Thrace avec les troupes que Gainas ramenait de Thessalie : seize jours plus tard, le cercueil de Théodose aurait fait son entrée dans sa ville impériale escorté par le général et par l'armée qui venaient égorger son ministre.
Au milieu de ces préoccupations diverses, Rufin ne perdait pas son temps, ou du moins il croyait le bien employer en intrigues et en corruptions de tout genre. La tourbe malfaisante de ses amis était à l'ouvrage,
1. Légitime funere a fiUo Arcadio honorat»\r. Chron. Alexandrin. — Socrat., VI, 1.
semant Targent et les promesses, et achetant des partisans dans la dernière classe du peuple ou dans les derniers rangs de l'armée ^ L'ofiScier de recrutement en garnison à Constantinople se laissa gagner et gagna ses recraes : ce furent ces paysans à peine dégrossis qui durent remplir l'office de prétoriens et aflfubler Rufin du manteau impérial dans la solennité de l'adoption*. Gainas le sut, et n'en devint que plus irrité. Gardant toujours les apparences d'une demi-complicité, il souffrait que les agents du ministre vinssent solliciter sous ses yeux les officiers qu'ils connaissaient, et ceux-ci imitaient la dissimulation de leur chef. Au reste toutes les mesures que Rufin croyait secrètes étaient épiées, découYertes, contre- minées aussitôt par l'eunuque Eutrope, qui entra si pleinement et si franchement dans les projets de Gaïnas, qu'on put, après la réussite, lui en attribuer presque tout l'honneur. Eutrope, de son côté, mettait le jeune Empereur au courant des choses; bien plus, si l'on en croit quelques mots des contemporains, il lui ménagea une entrevue avec Gainas*.
Rufin avait fixé pour sa proclamation le jour de l'entrée des légions à Constantinople, et ce joUr approchait. Il lui fallut donc faire à son pupille confidence de^ce qui se préparait, et lui demander son consentement. Il le fit, en s' excusant sur la volonté du peuple et dé Tarmée. « L'Empire, lui disait-il, était une récompense
1. Imperatorium nomen ad se trahere, omni arte studebat. Philoatorg., X, 6.
2. Delectum militum agentes purpuram ei circumdaturi erant. Philostorg., XI, 3.
3. Antegressus Gaïaas Arcadio principi militum adventum nantiat. Zosim., y, 7.
due à ses longs travaux, et que Théodose même lui destinait; comment pourrait-il le refuser sans honte, quand le vœu public le lui imposait? Toutefois il préférait le tenir des mains d'un jeune prince qui connaissait ses services et avait encore besoin de conseil et d'appui K Rufln, simple ministre, lui avait rendu d'un mot légions et trésors ; que ne ferait-il pas quand il aurait le droit de parler et d'agir en son nom ! Arcadius verrait bientôt à ses pieds Stilicon, le sénat de Rome, l'armée d'Occident, et les ennemis du dedans comme ceux du dehors. » Arcadius parut apprendre toutes ces révélations de la bouche de son ministre; il Técouta tranquillement sans rien objecter, soit qu'il se fiât aux assurances d'Eutrope, soit que, voyant l'impossibilité de prévenir l'événement, il eût résolu de l'attendre pour prendre lui-même un parti et se ranger, suivant les cas, du côté d'Eutrope ou de Rufin. Satisfait de ce consentement tacite et croyant tenir invinciblement le faible auguste sous sa chalnet Rufin pourvut aux dernières mesures, fit battre à son effigie les pièces d'or et d'argent qu'il voulait distribuer pour sa bienvenue, et commanda un souper tout à fait impérial sous les galeries de son palais *. Enfin parut le Jour tant souhaité où l'Empereur devait recevoir Tarmée dans l'Hebdomon : c'était le 27 novembre ^
1. Quod nolit, rex ipse velit, jubeatquc subactus In partem milii régna dari...
Claud., fn Ruf., ii,v. 314-:J15.