‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 71 sur 251 · Liban., Epist, ad Anatol · texte numérisé non relu

Liban., Epist, ad Anatol

4. Marceili liber de Médicament, adfilios; \oss,^de Poetis latmis, p. 56.

forma pour lui dans l'Empire une armée d'admirateurs fanatiques et d'espions volontaires, répandue partout et redoutable aux honnêtes gens. Malheur au maître qui eût exprimé librement sa pensée sur ce bouleversement des conditions ! il eût soulevé autour de lui bien des orages et compté presque autant d'ennemis que de domestiques. Bien plus, Tambition s'empara de ces êtres repoussés de la société. Ils se crurent prédestinés tous à gouverner l'État, et on les vit de toutes parts accourir à Gonstantinople, solliciter tous les emplois, remplir d'un air triomphant les antichambres du ministre et les avenues du palais. Le ministre plaça le plus qu'il put de ces fidèles satellites. L'esprit des Orientaux, une fois exalté, arrive bien vite à la folie et il se passa un phénomène que nous refuserions de croire, s'il n'était affirmé par un témoin oculaire, l'historien Ëunapius, qui habitait alors l'Asie ; il nous raconte que plus d'un ambitieux à qui manquait le privilège des protégés d'Eutrope se mutila lui-même pour se rendre digne des honneurs, et que quelquesuns en moururent ^

Tandis que ces événements, à la fois tristes et burlesques, absorbaient l'attention de la cour d'Orient, Alaric s'emparait de la Grèce. Nous l'avons laissé, au mois de septembre de l'année 395, dans le nord de la

i. Quidam, cum ultro eunuchi fieri veUent, vitam sibi cum yirilitate ademeruQt. Suid. voc. Eùrpcontoç.

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Thessalie, assistant, de Tenceinte de son camp de chariots, à la dissolution de l'armée envoyée d'Occident contre lui et au double départ de Gainas et de Stilicon. Sitôt qu'il les vit éloignés, il s'empressa d'enlever ses palissades, d'atteler ses bo&ufs aux chariots, et il reprit sa course avec autant de tranquillité, nous dit un historien, que s'il eût été dans un stade, disputant le prix des jeux publics\ Suivant les instructions données par Rufin, les garnisons romaines se gardèrent bien de l'inquiéter, le laissant piller tout à son aise^ Cette inaction força les Thessaliens de pourvoir eux-mêmes à leur sûreté; réunis en armes près de l'embouchure du Pénée, ils se jetèrent à l'improviste sur les Goths au moment où ceux-ci passaient le fleuve, et leur tuèrent ou noyèrent trois mille hommes'.

AlarLc se vengea par des dévastations odieuses : tout ce qu'avait célébré l'histoire et chanté la poésie, dans ce pays illustré par la guerre et les arts, fut détruit ou profané. On vit des Goths camper dans les chatnps de Pharsale I Les frais ombrages de Tempe disparurent sous la hache des Barbares, et le Sperchius, défoncé par la roue des chariots, ne roula plus qu'une eau limoneuse. Les auteurs du temps sont pleins de oes lamentations, querépétaientavecattendrissementlesamisde la poésie.

i . Non secus quam per apertum stadium aut campum libcrum et equonim deciirsui patentem.Eunap., Vit, Maximi, p. 52, éd. Boissonade.

2. Barbari qui cum Alaricho erant, quidquid obvium fuisset, igni ferroque yastantes. Socrat., yii, 10. — Zosim., v, .5.

3. Thessali vero cursui illius circa ostia fluvii Penei... rcstiterunt, faetoqae congressu, de exercitu illius circiter tria millia intcremerunt. Socrut., VII, 10.

Ce fut bientôt le tour des Thermopyles. Ce défilé fameux, que trois cents Lacédémoniens avaient défendu jadis contre un million de Perses, s'ouvrit à la première sommation d'Alaric : la vue d'un soldat goth suffit pour le forcera Les provinces situées au midi de TŒta subirent le sort des autres : en Phocide, en Béolie, une seule ville fut épargnée, Thèbes, que protégeait sa forte situation, et que ses habitants osèrent défendre. Elle eût exigé un long siège, et comme Alaric n'avait pas de temps à perdre, il passa outre*.

Athènes l'attirait : le roi goth avait hâte d'arriver à cette ville fameuse qui occupait dans le domaine de rintelligence et des arts une place comparable à celle de Rome dans le domaine des conquêtes, ou de Jérusalem dans celui des traditions religieuses. Athènes, nous dit un contemporain, n'était plus qu'un mot^ mais ce mot, plein d'enthousiasme, dominait toujours le monde. La gloire passée de l'institutrice des nations survivait à son abaissement actuel. On faisait des pèlerinages à Athènes, comme on on fit plus tard en Palestine, pour visiter une terre sacrée, et le voyageur, rentré dans ses foyers, était fier de lui-même et envié des autres. « Ce n'est pas qu'on en comprenne mieux Aristote ou Platon, disait un de ces pèlerins de la

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