‹ Récits de l'histoire romaine au Ve siècleChapitre 84 sur 251 · LES VICTIMES D'EUTROPE · texte numérisé non relu

LES VICTIMES D'EUTROPE

Les victimes d'Eatrope. — Àbundantius. — Timasius : son exil dans l'tle d'Oasis, sa mort dans le désert. — Pentadia. — Historique du droit d'asile. — Abus de pouvoir d'Eutrope. — Soulèvement des provinces d'Afrique. — Gildon. — Mascezel. — Description de Tarmée d'Afrique. — Défaite et mort do Gildon. — Fin de la guerre.

Cependant Eutrope devenait plus hardi à mesure que sa domination se prolongeait : sa cauteleuse prudence sembla même l'abandonner tout à fait. Mécontent de n'exercer l'autorité que honteusement, dans l'ombre et sous des noms d'emprunt, au lieu de gouverner par lui-même, comme Stilicoa en Occident, il résolut enfin de braver le grand jour et le bruit. L'idée que sa condition l'excluait à jamais d'un pouvoir public et avoué Tirritait j-usqu'à la fureur : toute opposition commençait à lui devenir une insulte ; le ridicule surtout Texaspérait. Afin de mettre un terme aux risées qui le poursuivaient jusqu'aux côtés du prince dont il était le conseiller suprême, il songea à se rendre redou-

tablée et, pour y réussir, il jeta d'çibord son dévolu sur deux yictimes.

Le choix de la première lui fut inspiré par le plus mauvais sentiment de ses plus mauvais jours, par une «basse rancune d'esclave échappé qui se retrouve en face de ses anciens maîtres, irrité des coups qu'il en a reçus, plus irrité peut-être de leurs bienfaits qu'il n'ose s'avouer : Eutrope s'en prit à cet Abundantius qui l'avait fait admettre par commisération dans la domesticité du palais impérial, et dont la vue lui rappelait incessamment sa misère passée*. Qu'était-il arrivé entre ces deux hommes depuis l'élévation du premier? Le protégé d'autrefois avait-il voulu prendre vis-à-vis du protecteur des airs insolents que celui-ci avait dû réprimer ? On ne sait pas. Quoi qu'il en soit, Abundantius se vit tout à coup accusé du crime de lèse-majesté, sur la provocation d'Eutrope. Reconnu coupable aussitôt qu'accusé, le malheureux fut relégué à Pityonte en Golchide^ où sans la pitié des sauvages habitants du lieu, il serait mort de faim, tandis que l'eunuque faisait main basse sur ses biens. On plaignit la victime, mais on ne fut pas fâché que sa qualité de bienfaiteur eût mis en relief la noire ingratitude de l'obligé. On y reconnut aussi un avertissement de l'esclave à ses anciens maîtres, auxquels il semblait dire par ce terrible

1. Cuncta ferit dum cuncta timet, dessevit ia omnes Ut se posse putent. . . .

Claud., In Euirop., i, v. 182-183.

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