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voisins. Ce résultat n'est-il pas de nature à nous faire réfléchir, à nous stimuler, à exciter en nous l’émulation qui seule fait accomplir les progrès rapides, et n’y voyons-nous pas quel avenir nous pouvons espérer et p:'parer pour notre belle vallée de l'Ottawa, pour peu que nous ayons
d'énergie, de persévérance et de patriotisme ? (1)
Au reste, la colonisation tout entiêre d’Onta-
io, depuis l’ér ection politique de cette province,
offre un exemple du plus haut intérêt : elle mérite que nous portions nos regards en arrière pour contempler un instant ses buts et nous passerons ensuite rapidement à la morale des comparaisons.
(1) Les colons de Bruce sont surtout des émigrants des montagnes et des îles de l'Ecosse, ou des enfants d’émigrants, de la génération précédente qui s'étaient établis dans l’est d'Ontario. Dans bon nombre des cantons du comté, le gaëlique est la langue dominante ; elle est régulièrement en usage dans beaucoup d'églises, pour le service divin ou pour le prêche. Rien ne peut mieux donner une idée du progrès rapide de Bruce que l'exemple de la petite ville de Walkerton, élevée à l'endroit où, en 1854, on perçait la grande route dite Durham à travers la forêt absolument vierge.
Il y à une cinquantaine d'années, la population d’Ontario, qui compte aujourd’hui plus de deux millions, renfermait à peine trois cent vingt-cinq mille âmes. I] y avait alors 1,900,000 acres de terre occupée, contre 23,320,000 aujourd'hui. La population agricole était groupéé presque tout éntière sur les rivages des lacs Erié et Ontario, et toute la contrée tributaire du lac Huron, non seulement était déserte, mais n'avait inême jamais été explorée, On comptait une tête d’habitant par chaque trente-deux acres de. terre occupée; aujourd'hui l'on en compte une par chaque dix acres.
La terre n’était pas offerte gratuitement aux colons. On avait bien, il est vrai, essayé le système des octrois gratuits, dans les commencements de la colonie; mais il en était résulté que bon nombre de gens avaient pris des lots sans posséder les ressources suffisantes pour les faire fructifier. Dans la plupart des cas ils ne comprenaient pas l’agriculture coloniale, et n'avaient aucun moyen de subsistance, dans les
ntervalles des moissons. On renonça donei promptement aux concessions grabtuites et on leur substitua les ventes à l'enchère. Le premier et le troisième mardi de chaque mois, les lots étaient offerts en vente, à Toronto, aux plus hauts enchérisseurs, la mise à l'enchère étant en général de quatre shillings l’acre. Assez souvent des lots situés dans l’intérieur se vendaient à ce prix, et même un shilling de plus, mais ceux qui étaient situés sur les grandes routes se montaient jusqu’à quinze et dix-huit shillings l'acre.
Le “Canada Company ” était, après-la Couronne, le plus grand propriétaire foncier de: la province. Elle mit en vente les terres qu'elle possédait. dans la région du lac Huron, à deux dollars. l’acre, et, pour engager les fermiers d’outremer à en acheter, elle. offrit de payer à tout preneur de cent soixante acres les. dépenses
de transport de trois membres de sa famille, de Québec à Hamilton.
À cette époque ce n'était pas une petite affaire que .d'émigrer au Canada. Le voyage de Londres
SUR LES GRANDS LACS Ci
à Québec prenait parfois Jusqu'à deux mois et demi. C’est pourquoi tout émigrant, qui payait seulement trois louis pour son passage, sans la nourriture, était tenu d'apporter avec lui au moins soixante-dix jours de rations, Le transport de Québec à Toronto, par le Saint-Laurent, l'Outaouais, le canal Rideau et Kingston, s'élevait à un louis, onze shillings, six deniers, et le voyage durait de dix à douze jours.—$i le voyageur était un extravagent et voulait 6e rendre tout droit de Montréal à Kingston, par terre, cette énormité lui coûtait Jasqu’à six livres Éterbng En Mais nous ne voulons paë nous laisser entraîner trop loin dans ce coup d'œil rétrospectif ; rien n’est plus séduisant ni plus rempli d’embüches qu'un retour vers le passé, qui offre à l'imagination les mirages et les illusions où elle aime à se bercer. I] nous faut fuir cet écueil charmant et nous empresser de reprendre le cours de notre récit, déjà plus que de raison interrompu.