‹ Récits de voyagesChapitre 34 sur 35 · LAS · texte numérisé non relu

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gouvernait alors le Canada était le comte de Frontenac, le plus grand nom de tous les vicerois de la Nouvelle-France. Les colonies américaines, exaspérées de l’audace aventureuse de nos petites expéditions, qui traversaient d’immenses étendues de forêts pour aller porter le deuil et la ruine jusque sur leur territoire, avaient équipé à leurs propres frais une flotte pour assiéger Québec et levé une armée pour ‘envahir le Canada par terre. L'armée était commandée par Winthrop:; elle échoua dans sa tentative dès les premiers pas; la flotte, com- È mandée par sir William Phipps, arriva devant | Québec le 16 octobre 1690, en même temps que > Frontenac y ramenait en toute hâte la petite armée avec laquelle il était allé combattre Winthrop. Aussitôt l'amiral anglais crut devoir envoyer un officier porteur d’une sommation de

se rendre au comte de Frontenac : cette somma-

tion ne lui donnait qu'une heure pour faire connaître sa réponse, et exigeait qu'il se rendit

à Inerci,

L'officier anglais, portant un pavillon blanc, était à peine débarqué, qu'on lui mettait un bandeau sur les yeux et qu’on le conduisait au fort, par toute sorte de détours, pour qu'il entendit le

bruit des préparatifs de défense qu’on faisait et qu’il sentit le nombre des obstacles qui barraient le chemin de la haute-ville. (Il était resté beaucoup de ces obstacles jusqu'au pavage de la côte en 1875, toujours par amour de l'antique). Tout ce qu’on put imaginer pour tromper l'officier anglais et lui faire croire que la garnison était nombreuse, on le fit, jusqu'à ce qu’enfin, tout à coup, le bandeau fut enlevé de ses yeux... Il était dans le fort même, en présence du gouverneur, de l'évêque, de Vintendant et du brillant étatmajor français en grand uniforme. Immédiatement, il tendit sa sommation, qui, traduite aussi- +ôt en français, ft dresser d’indignation eë de colère tous les officiers réunis. L'un d'eux voulait même qu on traitât le parlementaire comme Ven: voyé d'un corsaire ; mais le comte de Frontenac, obligé de se contenir, répondit simplement qu'il ne reconnaissait même pas le roi d'Angleterre d'alors, ci-devant prince d'Orange, qui avait usurpé le trône sur le dernier des Stuarts, réfugié en ce temps-là à la cour de France; que, quand bien même Phipps offrirait de meilleures conditions, il ne pouvait les accepter ni placer la moindre confiance dans la parole d’un homme qui manquait de loyauté envers son propre SOU

260 RÉCITS DE VOYAGES verain, ét qui avait oublié tous ses bienfaits pour suivre la fortune d’un étranger...

L’envoyé de Phipps demanda alors que cette réponse fût mise par écrit : sur quoi Frontenac Varrétant : “ Ma réponse, s’écria-t-il, je vais la

faire par la bouche de mes canons. Allez dire à votre maître que ce n’est pas de cette manière.

que l’on somme un homme-comme moi” Cette fière réponse restera comme une de ces paroles héroïques qui traversent tous les âges et dont le souvenir devient classique dans la mémoire de chaque peuple, Et cependant, Phomme qui la faisait, allait défendre contre une flotte nombreuse une petite ville, une bicoque, qui n'avait pas pour trois jours de provisions et qui était

dans un horrible état de confusion et l'alarme.

1 le siége eût duré seulement huit jours, Québec affamé aurait été obligé de se rendre. At bout de trois à quatre jours de bombardement, la gar-

. , ‘ pen . \ d . CEA nison était déjà en proie à la famine, les reli:

gieuses ne mangeaient qu'un morceau de pain par jour, et les soldats n’attendaient même pas que le leur fût cuit, tant la faim les dévorait, et ils eurent bientôt dévasté les jardins, mangé tous les fruits et les légumes, de sorte qu'il ne restait plus rien, men pour se nourrir, et Québec allait

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être vaineu par la famine, plus terrible que l'ennemi, lorsque heureusement celui-e1 leva le siége après une semaine de bombardement inutile, et motre vieille capitale fut encore une fois sauvée:

Rappelons un exploit mémorable de ce siége.

Un officier français, du nom de Maricourt, pointant un des canons du fort, abattit le pavillonamiral de William Phipps ; aussitôt deux Canadiens sejetèrent à la nage et allèrent le ramsasser dans le ffeuve, sous le feu même de l’ennemi : ce drapeau resta suspendu à la voûte de la cathédrale, jusqu’à la prise de Québec en 1759. Huit ans après mourait Frontenne, et son enterrement avait lieu à l'église des Récollets. Aujourd’hui, le seul souvenir qui reste de ce grand homme, dans la ville ‘qu'il avait si héroïquement protégée, est la petite rue Buade, qui s'étend du bureau de poste au marché de la haute-ville. En général, du reste, nos TUCS ne brillent pas par les souvenirs qu’elles consacrent ; elle servent admirabiement à rappeler les noms de tous les saints du calendrier, excellente chose dans un pays où. on les oublie tant, et elles nous offrent un nou-

. veau genre de Htanie qui a l’incontestable avan-

. \ . t tage de se substituer à ce qui formerait comme

une éducation historique et populaire de notre

ville, si un certain nombre de nos rues, que les

saints protégeraient tout aussi bien quand même elles ne porteraient pas leurs noms, s'appelaient Tberville, Talon, La Salle, Marquette, Joliet, Bré-

beuf, Lallemant, Colbert, Bienville, de Beaujeu,

‘Lévis, Montcalm, Bougain ville, Callières; Tracy,

Carleton, Papineau, Vallières, du Calvet et tant d’autres, pour se terminer enfin par Dufferin, nom qu'on donnerait au boulevard de ceinture, qui, espérons-le, ne s’appellera pas boulevard Saint-Pancrace.

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