‹ Récits de voyagesChapitre 33 sur 35 · LM IR AR L \ PROPRES PIRE · texte numérisé non relu

LM IR AR L \ PROPRES PIRE

Pourquoi ce tout jeune homme était-il venu là ? On ne l’a jamais su; lui non plus. Les badauds ne manquent jamais de suivre les soldats sur la marche : en outre, le tintamarre qui se faisait dans la ville, l'alarme répandue partout, les troupes battant les rues, tout cela était plus que suffisant pour intriguer notre gars, outre mesure. Toutefois, quand il se vit seul dans le jardin et les portes closes, il se demanda ce qu’il-pourrait bien y faire. Il n'y a pas grand’ mouchés à attrapper le 16 octobre en plein air, il n'y a pas grand’ fleurs à dévaster; et puis, quand on est tout seul, aucune de ces choses délicieuses, qui réjouissent tant le jeune âge et qui consistent à “tout démolir, ne. nous tente guère. Ennuyé de se voir pris, lui qui était venu en voir prendre d'autres, ne sachant comment se tirer d'affaire, il: se risqua à pousser jusque dans le couvent. Les longs et calmes corridors s’étendaient devant lui; pas un mouvement ne sy faisait, pas une ombre, pas même un souffle n’y glissait. C'était muet comme la tombe, et cependant cela était vivant; ces passages éclatants de propreté, ces murs blancs, ce parfum prude qui se dégage des habitudes douces et paisibles, semblable à la fraîcheur chaude qui sort des fleurs après l’orage les portes entr'ouvertes, le jour tendrement mé-

nagé, tout cela sentait la vie, mais où étaient les

vivants ? Ne sachant plus bien ce qu'il faisait, inquiet presque, dans tous les cas voulant se tirer d'affaire à tout prix, l’audacieux intrus poussa une des portes qui donnaient sur le corridor. Il y avait là trois religieuses en train de tricoter. A la vue de ce monstre, ensemble elles poussèrent un cri et s'enfuirent épouvantées, croyant que le diable lui-même était à leurs trousses. C’est notre faute, lecteurs. Dans toutes les gravures, nous donnons invariablement au diable les formes de l’homme, sauf un appencice caudal qui est de luxe, et certains détails... .de” physionomie qui le sont encore plus.

Du reste, c’est à force de nous voir que les femmes ne nous prennent pas pour des monstres : les religieuses, qui mont pas cette habitude, sy méprennent aisément : épouvantables pour celles-ci, quelquefois dangereux. pour celles-là, les hommes ont évidemment un sort misérable, qui devrait être amélioré.

Notre individu, effrayé à son tour, se mit à courir aussi, mais en sens inverse, Où plutôt dans tous les sens, tellement qu'il ne tarda pas à se perdre dans le dédale des passages. Enfin, après avoir erré de ci de là, cherchant partout

une issue, il se trouva presque nez-à-nez avec une sœur qui, plus courageuse que les autres, s'était aventurée à la poursuite du monstre, et qui l’amena devant la Supérieure.

Celle-ci, après avoir pris connaissance du cas et le jugeant digne d’indulgence, se contenta de renvoyer le coupable, avec force recommandations de ne pas recommencer. Depuis lors la leçon a servi à tout le monde. Trop heureux seraient les hommes s'il leur suffisait toujours d'un seul exemple pour savoir se conduire ! Mais dans les choses ordinaires de la vie, il n’y a que sa propre expérience qui serve ; celle de tous les autres hommes réunis est un fruit inutilement arrosé, trop amer pour que personne le cueille.

À l'extrémité du mur de lhôtel-dieu, nous passons devant la maison de Montcalm, sise en face du rempart, dont les fondations sont massives et dont le mur dé front était autrefois fort épais, sans doute pour servir de fortification, en cas de besoin; puis, après avoir contourné la rue Saint-(teorge, nous arrivons À Ja grande

batterie qui domine le sault au Matelot ; c'est ici que Champlain commença SON premier établissement en 1508. Sept ans plus tard, en 1615, il amenait avec lui de France quatre Récollets, dont la première habitation fut à l’endroït où s'élève aujourd’hui l'Hôpital-Général.

Lorsque Champlain fut obligé de rendre Québec en 1629 à la flotte anglaise commandée par Kertk, les Récollets retournèrent en France avec lui ; ils en revinrent en 1670, reprirent leur ancienne habitation, y demeurèrent jusqu'en 1690, alors que Mgr. de Saint-Vallier, voulant fonder un hôpital-général, asile des pauvres et des infirmes, obtint d'eux qu'ils lui cédassent leur propriété en retour de la piace d'Armes, où se trouvent aujourd’hui la Cathédrale anglaise et le Palais de justice. . C’est là qu’ils élevèrent leur église et leur couvent, qui furent tous deux complètement détruits par le feu en 1796, trentesept ans après la prise de Québec, en même temps que l’ordre des Récollets était aboli. C’est dans l’église des Récollets qu'était suspendu le pavillon du vaisseau amiral de Phipps, que des Canadiens avaient.enlevé sous le feu de l’ennemi.en plein fleuve. Ce pavillon disparut en © même temps que l’église était détruite par les

canons de l’armée de Wolfe, quelques jours avant | l'assaut des plaines d'Abraham.

Des arbres superbes, dont ceux qui entourent aujourd’hui la Cathédrale anglaise ne sont qu'une faible image, ombrageaient au dernier siècle le couvent et l'église ss Récollets ; ces arbres étaient les derniers débris de la forêt antique ; au pied de l’un d'eux, Champlain avait dressé sa tente en arrivant à Québec,-ét l’on! put voir jusqu'en 1857 le seul survivant de’ces. -géants dés bois dresser encore sa tête ravagée par l’âge etles orages; 1l fallut pour l’abattre les éléments déchire et 1} ne céda qu'à la violence d’une ‘tempête furieuse :qui faillit :emporterla moitié :des’toits de la ville. +

En rnême temps que Champlain amenait les Récollets à Québec, un ‘aûtre ‘ordre! religieux, qui devait jouer un grand tôle dans la colonie, y envoyait sous le patronage du duc de Venñtadour, vice-roi de la Nouvelle-France, trois de ses membres ; cétaient les Pères Lallémand, Brébeuf et Massé, qui venaient fonder la mission

des Jésuites, en 1624 Ces révérends Pères restèrent d’abord chez les Récollets, en attendant qu’ils fûssent en moyen de s'établir eux-mêmes. Deux aps plus tard, Champlain en amenait de France trois autres avec vingt ouvriers, apport inestimable dans une colonie qui ne comptait que cinquante-cinq âmes ; mais ce ne fut qu'en - 1635, grâce à un don de vingt mille livres fait par le comte de Gamache, que les Jésuites purent poser les fondations de leur collége et de leur chapelle : cinq ans plus tard, ces deux édifices brûlaient, malheur commun à toutes les maisons religieuses de la colonie à cette époque.

De longues, longues années plus tard, les Jésuites construisirent leur collége dans sa forme actuelle, grand édifice de 224 pieds sur 200, d’une charpente solide, qui a survécu aux abolitions successives de ses fondateurs et qui à longtemps défié les gouvernements de porter la main sur lui. Îla servi pendant cent ans à toute espèce d'objets; on y a vu les quartiers des soldats, on y a vu des tribunaux et jusqu'à un patinoir, dans la vaste cour qu'il renferme, dans cette même cour où se dressaient encore en 1825 de magnifiques rejetons de la forêt primitive, arbres séculaires que les soldats anglais,

installés dans le collége, crurent devoir abattre pour ne pas être gênés dans leurs right about turn. Après l'abolition de l’ordre des Jésuites en 1764, ceux-ci devinrent de simples particuliers, et à la mort du dernier d’entre eux, le père Casot, arrivée en 1800, leur propriété vint s'ajouter au domaine de la couronne.

Nous en sommes maintenant arrivés à la Grande Batterie. C’est ici que les monuments se succèdent et se rassemblent. {Parlons d’abord du plus ancien, du Séminaire de Québec, fondé en 1663 par Mgr. de Laval. Pendant un siècle, le Séminaire n'eut d'autre objet que de fournir des ecclésiastiques ; mais dès que les Jésuites durent cesser d'enseigner en 1764, le Séminaire les remplaça dans cette mission et reçut toute la jeunesse indistinctement. En 1701, le Séminaire brûla à.son tour, et l’évêque, qui s’y était retiré, eut à peine le temps de se sauver avec les prêtres à demi vêtus. La cour de France fit -un don annuel de quatre mille livres pour aider à la reconstruction de l'édifice, mais un autre

incendie le consuma encore en 1705. Le siége de 1759 le détruisit presque complètement, et il passa de nouveau au feu en 1772. On voit que les démolitions ne manquent pas de ce côté-là. Comme l’histoire de la Cathédrale, aujourd’hui Basilique, de l'Evêché et de l'Université Laval sont inséparables de celle du Séminaire, nous allons en dire quelques mots en passant.

C’est le 18 juillet 1666 qu'eut lieu la consécration de la cathédrale de Québec à l’Immaculée Conception; jusqu'alors la chapelle des Jésuites avait servi de paroisse. Quatre ans plus tard, Québec était érigé en un évêché, auquel le roi donnait les revenus de deux abbayes pour se sustenter. Pendant le siége de 1759, la cathédrale fut, aussi elle, presque détruite par les bombes tirées de Lévis. Quant au palais épiscopal, :] a été construit là ou Champlain fit son premier défrichement, lequel s'étendait depuis la ruë Saint-George jusqu'à la place d’Armes : il avait bâti son premier fort sur l'emplacement du palais actuel.

Le jardin du Palais s’étendait jadis jusqu’au

bord du cap et Joignait le mur qui descendait la côte de la basse-ville. L'édifice, construit en pierre

de taille, fut dès l’origine relativement superbe.

Les premiers prélats toutefois n'y demeurèrent point, Mgr. de Laval ne voulant pas rester ailleurs qu’au Séminaire, et Mgr. de Saint-Valier préférant l’hôpital-général ; mais les curés des paroisses se retiraient à l'évêché, lorsqu'ils venaient à la ville et l'évêque les y récevait à diner. Quand les institutions représentatives

furent données au Canada, le palais épiscopal

devint celui du parlement, et l'évêque reçut en revanche une annuité du gouvernement impérial. La chapelle de l'évêché fut assignée à la Chambre basse et le réfectoire du Palais devint le dépar-tement du Secrétaire provincial jusqu'en 1854: la chapelle, transformée, était devenue la partie centrale du nouveau parlement, qui avait une façade inposante, avec un dôme surmonté d’une flèche. |

Il y a trente-cinq ans, cet édifice, l'un des plus beaux de l'Amérique, fut à son tour détruit par le feu. Ses débris, encore utilisables, furent vendus à la municipalité de Québec, qui les consacra à la construction du marché Champlain.

On avait prétendu que les murs, trop minés par le feu, ne pourraient servir à la reconstruction du parlement sur place; ce qui n'empêcha pas qu'on fut obligé de les faire sauter pour les abattre : c'est de cette magnifique acquisition à bon marché, de cette spéculation profonde que date létonnante fortune de la municipalité de Québec. Quant au palais épiscopal actuel, il a été bâti en 1849, trente-neuf ans après que le Séminaire se fût relevé de ses ruines et se fût donné les proportions qu'il à gardées jusqu'à ces années dernières.

. Nous voici maintenant arrivés à l'endroit où furent posées par Champlain les premiers fondements du fort auquel s'ajouta plus tard le château Saint-Louis ; cet endroit commence au sommet de la côte, où s'élevait autrefois la porte Prescott, et s'étend jusqu'au terrain ‘compris dans le jardin du Gouverneur. C'est'en 1620 que Champlain éleva le premier bâtiment qui devait porter le nom de château Saint-Louis, uniquement pour se garantir d'abord contre les incursions des roquois. On arrivait à cet em-

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brion de château par un sentier tortueux pratiqué dans la montagne, et qui aboutissait par son extrémité inférieure à la place de Notre- - Dame-de-la-Victoire. Ce nom de Notre-Dame de-la-Victoire ne fut donné cependant à cette place que soixante-dix ans plus tard, en 1690, à l'occasion de l'échec qu'éprouva devant les murs de Québec la flotte de l'amiral Phipps.. Notre- Dame-de-la-Victoire devint Notre-Dame-des Victoires en 1711, à la suite de la destruction dans le’ fleuve d’une nombreuse flotte équipée par les colonies de la Nouvelle-Angleterre pour s'emparer du Canada. ‘(Cette nouvelle victoire, remportée par les éléments, fut mise à notre

actif et changea le singulier en pluriel On

semble peu respecter aujourd’hui cette place anoblie d’un nom si pompeux. Elle est devenue

le siége d’un groupe sordide de petites baraques

en plein vent qui étalent des friperies, des loques,

des débris informes, pendant que tout autour gisent éventrées, vidées sur place, de grandes caisses vomissant toute espèce de rebuts, capotes de soldats, pantalons de 181%, vieux casques, peaux de lapin, bonnets de nuit, fourreaux de parapluies, bottes sauvages et jusqu’à des perruques. REA

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Le château n'avait pas à craindre seulement les Iroquois, mais encore plus peut-être le nordest, cet ennemi traditionnel de Québec qui lui

enleva un étage en 1624. Outre le château, il

y avait le fort comprenant le magasin, les casernes, etc., le tout entouré d'un rempart en bois. Le successeur de Champlain, Montmagny, fit élever un rempart de cèdre et de chêne s’étendant jusqu’à la place d’Armes, rempli de terre, surmonté de canons et entouré d'un fossé. En 1629, Champlain, resté seul dans son fort fragile, n'ayant ni vivres, ni munitions, ni soldats, fut obligé de capituler devant l'amiral Kertk qui venait s'emparer du Canada. Toute la petite colonie naissante dût quitter Québec et s’en

vetourner en France, maïs trois ans plus tard,

par le traité de Saint-Germain-en-Laye, l’ancienne mère-patrie recouvrait le Canada, et Champlain y revenait l’année suivante.

Plus d'un demi-siècle s'était écoulé, et l’on touchait à la fin de l’année 1690. L'homme qui

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