‹ Récits de voyages [microforme]Chapitre 10 sur 15 · IT · texte numérisé non relu

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Si, en partant de Collingwood, au lieu de prendre un bateau de la “ Collingwood and Lake Superior Line ” on prend un des bateaux de la “ Great Northern and Transit Company ” on se rendra en ligne droite au “chenal du Nord” de la grande île Manitouline, et l’on suivra ce chenal, dans toute sa longueur, entre le rivage de l'ile et la côte nord du lac Huron, jusqu'à la rivière Sainte-Marie,

Sur un trajet d’une soixantaine de lieues environ, ce sera pour le voyageur une suite non interrompue de surprises et d’enchantements.

Parvenu à la hauteur de l’île Manitouline, le bateau ne pourra plus se frayer un passage qu’à force de gymnastique et d’évolutions, nous osérions dire de cascades, au milieu des innombrables îles, de toutegrandeur et de toute description, qui sortent, pour ainsi dire incessamment, de l’abîme du lac, à mesure que l’on avance, surgissent inopinément, apparaissent et disparais-

sent, changent de forme et de position avec les mouvements du bateau, se montrent à l'avant, aux côtés, à l'arrière, et semblent vouloir accompagner gracieusement le voyageur jusqu'au terme de sa course, en le récréant d’une succession indéfinie de décors, de scènes à figures multiples et toujou:s changeantes. |

Le capitaine Bayfeld, de la marine royale anglaise, a constaté que l’on n'avait compté pas moins de vingt-sept mille îles, ainsi disséminées le long des rivages de la baie Gcorgienne et du uord du lac Huron.

Les rivages de Ja terre ferme n’offrent qu’une suite ininterrompue de rochers granitiques, coupes ça et là de quelques maigres dépôts de terre végétale où cherchent piteusement à croître des rejetons dégénérés de nos forêts. Des vents fréquents et furieux balaient la côte, dénudent les rochers et glacent toute végétation dans son germe, Cette côte est déserte, à l'exception de quatre à cinq petits groupes de maisons qui entourent des exploitations minérales ou forestières, ou bien encore des postes de pêche ou de fourrures. A chacun de ces établissements le bateau arrête, soit pour prendre du bois, soit pour débarquer ou recevoir un passager, soit

même pour y déposer des paquets ou des effets quélconques, sous la dénomination imposante de “ fret. ”

De toutes les rivieres qui se jettent dans le chenal du Nord, trois seulement méritent d’être signalées : ce sont la rivière des Espagnols (Spanish River), la Mississaga et la Thessalon. Aucune de ces rivières n’est navigable toutefois, si ce n'est la rivière des Espagnols, pour des bateaux ne tirant pas plus de cinq pieds d’eau, et pour une trentaine de milles seulement.

La rivière des Espagnols à une longueur approximotive de cent vingts milles et la Mississaga de deux cents milles. A partir de l’'embouchure de la rivière des Espagnols, la branche sud-ouest du Pacifique canadien, qui-va de Sudbury, sur la ligne principale, au sault Sainte- Marie, côtoie tout le temps le rivage du lac Huron, sur une longueur d'environ soixantequinze milles. Entre Sudbury et le sault Sainte- Marie, la distance est de cent quatre-vingts milles,

ke

Vingt-quatre heures après notre départ de Collingwood, nous avions fait trois cent sept

milles et nous arrêtions aux mines de Bruce, (Bruce Mines) où il y avait encore un village en 1883 et une cinquantaine de travailleurs, reste d’une nombreuse armée.

Bruce Mines tire son nom d’une mine de cuivre sulfuré dont l'exploitation a été entreprise, il y a un certain nombre d'années déjà. Cette nine attira dans les commencements des centaines d'hommes, mais elle est aujourd’hui à peu près déserte, après avoir coûté ‘plus d'un quart de million de dollars, comme cela est arrivé à d'autres mines situées au nord des lacs Huron et Supérieur.

Bruce Mines participe de la nature réfractaire et intransigeante de toute cette région. Quelques rochers, d’un aspect triste et froid, perçant le sol à travers une végétation chétive, une vingtaine de maisons, mornes comme tout ce qui les entoure, groupées à l'extrémité, du long appontement en bois qui sert de quai, des débris de gangues minérales jetées cà et là de chaque côté du chemin, una vieille chapelle presbytérienne, un hôtel d’une apparence ennuyée oùse réunissent le soir les mineurs qui constituent, avec ou sans leurs familles, l'unique population de l'endroit, voilà ce que c’est que

Bruce Mines aux yeux du voyageur, à qui il n'est donné que vingt minutes pour prendre des notes et constituer ses appréciations en jugements définitifs. nt

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