‹ Récits de voyages négres & papousChapitre 36 sur 39 · Bulletin de la Société de Géographie, n" de juin · texte numérisé non relu

Bulletin de la Société de Géographie, n" de juin

produits à vendre, ou qu'on puisse facilement leur persuader de cultiver une denrée particulière en vue de faire du commerce avec les étrangers. Le planteur rencontrerait donc là de plus grands obstacles pour réussir que dans certaines parties du Queensland,ou aux îles Fidji, ou dans plusieurs des petites îles de l'océan Pacifique ; tandis que la question du transport de ses produits serait encore plus sérieuse.

Quoique, sous le rapport géographique, elle paraisse être une dépendance de l'Australie et se trouver placée sur la grande route du commerce de ce continent aux Indes et à la Chine, la partie sud-est de la Nouvelle-Guinée est singulièrement isolée pour des entreprises commerciales. Pendant plus de la moitié de l'année, les moussons du sud rendent difficile pour les navires à voiles qui quittent le golfe de Papoua de gagner les ports de l'est de l'Australie, et au fort de ces moussons un bâtiment à vapeur même ne peut pas toujours se frayer un chemin, dans la direction de l'est, à travers le détroit de Torrès, contre le vent et le courant réunis; et pendant le reste de l'année, il n'est guère moins difficile de passer le détroit contre les moussons du nord-ouest.

Les distances de la côte sud-est de la Nouvelle- Guinée au port anglais le plus proche où l'on puisse faire des vivres et du charbon sont considérables; Brisbane, en effet, n'est pas à moins de 1,000 milles, et Singapore ou Hongkong sont trois ibis aussi loin.

Il n'y aurait pas, il est vrai, de sérieuses difficultés à établir une station d'approvisionnement de charbon ou de bois dans un port sûr de la belle partie visitée en dernier lieu par M. Macfariane. Si l'on choisissait un poste de ce genre judicieusement, ce poste pourrait acquérir de l'importance non-seulement comme port de relâche, mais aussi comme entrepôt d'un commerce bien réglé avec les contrées environnantes; et le développement graduel des relations amicales avec les habitants pourrait pousser les choses plus loin, si cela devenait opportun.

M. Macfariane, tout en s'étendant sur les attraits du pays, dissuade vivement l'émigration d'en essayer, comme étant une entreprise prématurée. Mais, bien que toute tentative de ce genre dût aboutir probablement à un échec, il n'est nullement improbable qu'il ne s'en organise une quelque jour, sous la forme d'une expédition de mineurs à la recherche d'or ou sous la forme plus ambitieuse d'une entreprise comme celle qui s'était annoncée en 1877 sous le nom d' « Association colonisatrice de la Nouvelle-Guinée ». Le prospectus de cette compagnie est une curiosité, et son plan ne laissait pas d'être un peu bien étonnant. L' « association » en question proposait d'envoyer une troupe de 250 hommes armés former une colonie. Ces hommes devaient être soumis à la discipline militaire ; ils devaient avoir des aumôniers, des médecins, et l'on espérait que les officiers (qui se

seraient donné eux-mêmes leurs grades) seraient pourvus par S. M. la reine d'Angleterre de commissions de juges de l'île de la Nouvelle-Guinée. Il devait y avoir le dimanche service divin, cérémonie qui, jointe à la suspension du travail ce jour-là, ne pouvait manquer, croyait-on, de faire une vive impression sur les indigènes. Les fonds nécessaires pour l'entreprise, jusqu'à ce qu'elle fût parvenue à se soutenir par elle-même, devaient être réalisés à l'aide de reconnaissances garanties sur la terre ; faute de quoi il resterait toujours les « ustensiles d'or », décrits par l'organisateur de l'affaire (le lieutenant R.- H. Armit, de la marine royale) comme étant en usage chez les indigènes, mais que les autres voyageurs n'ont vus nulle part. L'état— major devait entrer en négociations avec les indigènes pour la vente de la terre, et, dans le cas où ils y consentiraient, etc., etc. L'alternative saute aux yeux. La Société britannique pour la protection des aborigènes s'émut de ces projets; elle s'adressa au « Colonial Office », et celui-ci l'assura que, si des actes de violence venaient à être commis, le bras puissant du haut commissaire du Pacifique était assez fort pour avoir raison même des juges,, des aumôniers, des médecins et autres agents de la fameuse Association colonisatrice. Cet avertissement très-net, en donnant à réfléchir aux promoteurs de l'affaire eut pour effet salutaire de refroidir considérablement leur zèle et

de leur faire ajourner indéfiniment la réalisation de leurs projets.

Il n'est pas du tout impossible assurément qu'une forte troupe d'hommes, bien disciplinés, habilement conduits et soutenus par de l'argent en abondance, ne parvienne à s'établir sur l'ile et à obtenir de trèsimportants résultats. Mais pareille entreprise, quelque adroitement combinée qu'elle fut, serait évidemment prématurée, avant que l'intérieur ait été jusqu'à un certain point exploré, et il y a lieu d'espérer que cette exploration se fera avant longtemps par une expédition digne de confiance \

Quant à une prise de possession de territoires de la Nouvelle-Guinée par une puissance autre que l'Angleterre, cette éventualité est beaucoup moins imminente surtout qu'on s'est plu à le supposer, en ce sens qu'une occupation de cette nature d'un point de la côte méridionale en face de l'Australie aurait, après les récentes discussions qui ont eu lieu à ce sujet, l'apparence d'une menace pour les Anglais, et ceux-ci ne pourraient guère la permettre. Quoi qu'il

t. Les derniers journaux d'Australie (mai 1879) annonçaient le départ de Sydney d'une expédition australo-européenne qui allait tenter une exploration nouvelle dans la Nouvelle-Guinée. Parmi les savants qui en faisaient partie on citait : un italien, le chevalier Bruno; le voyageur russe Micklukho Macklay, et le capitaine Léman, ce dernier propriétaire d'un beau troismàts goélette américaine dont l'armement avait coûté 6!*, 000 fr. L'expédition, qui poursuivait un but à la fois scientifique et commercial se rendait directement à la baie de l'Astrobale.

en soit, le passage du détroit de ïorrès leur serait assuré, s'ils prenaient possession des îles du Princede-Galles, et ils domineraient la côte située vis-à-vis en occupant une ou deux des îles adjacentes.

Il est difficile de voir, d'autre part, alors que la Hollande est déjà et de longue date en possession de comptoirs sur divers points de l'extrémité occidentale de la Nouvelle-Guinée, comment l'établissement de nouveaux postes étrangers sur la côte septentrionale pourrait porter une atteinte sensible aux intérêts de l'Australie; mais il est toujours sage d'envisager une pareille question, tant au point de vue du mouvement de l'opinion qu'au point de vue des intérêts matériels ; or, l'occupation de la moitié orientale de la Nouvelle-Guinée par une puissance étrangère causerait dans une grande partie de l'Australie nonseulement un désappointement sérieux, et, il faut bien le reconnaître, naturel, mais aussi de la mauvaise humeur contre la mère-patrie, sentiment que l'Angleterre ne tient certainement pas à voir s'implanter dans ses riches colonies australiennes. Toutefois, ce n'est pas à la Nouvelle-Guinée seule que les Australiens bornent leurs vues : leur « dominion australien » devrait, au gré de leurs désirs, embrasser au moins toute la série des grands archipels qui s'étend de la côte est de la Nouvelle-Guinée aux îles Fidji. « Crescit amor terrée quantum ipsa Australia crescit. » Relativement à la Nouvelle-Guinée proprement

dite, l'opinion dominante en Angleterre, l'opinion, raisonnable, dirons-nous, est que la politique anglaise doit être formellement qu'on ne hâte rien, mais plutôt qu'on laisse les choses dans le « statu quo » aussi longtemps que faire se pourra; pour qu'on encourage les explorations scientifiques ; pour qu'on réprime les actes de flibusterie ; pour qu'on évite, quant à présent, les responsabilités d'une annexion en forme et pour qu'en même temps il soit pris des mesures de précaution contre la possibilité d'une annexion par une puissance autre que la Grande-Bretagne. L'avenir décidera du reste.

fin.

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Avant-propos n

DE ZANZIBAR A BENGUÉLA.

Chapitre I. — A la recherche de Livingstone. — Le personnel de l'expédition. — Départ de Bagamoyo. — Une première victime. — L'Ougogo. — Kouikourou. — Nouvelle de la mort de Livingstone. — L'arrivée du corps. 5

Chapitre IL — M. Murphy retourne à la côte. — Mort de M. DilloQ. — M. Cameron poursuit seul son voyage. — L'Ouganda. — L'Ounyamouezi. — Le Kaoundi. — Traces de la chasse aux esclaves. — Iles flottantes 20

Chapitre III. — Le lac Tanganyika. — Séjour à Kaouélé, capitale de l'Oudjidji. — Circumnavigation du lac. — Le Loukouga. — Les chasseurs d'esclaves. — Les villages du lac et les indigènes. — Kasengé. — Premiers renseignements sur le Loualaba 26

Chapitre IV. — L'Ougouha. — Réception du voyageur à, Rouanda, la capitale. — La fraternisation du sang. — Les habitants de l'Ouboudjoua. — Rencontre d'une caravane arabe. — Commerce des esclaves. — L'Ouhiya et ses modes. — L'Ouvinza. — Montagnes boisées. — Costumes indigènes. — Le Manyouéma. — Le grand chef Moéné-Bouté. — La rivière Louama. — Les ponts suspendus. — Séjour à Kouakasongo. — Le Loualaba. — Arrivée à Nyangoué 39

Pages.

Chapitre V. — Séjour à Nyangoué. — Informations concernant les pays du n<>rd riverains du Loualaba — Tipo-Tipo. — Le chef Roussouna. — Départ pour l'Ouroua. — Hostilité des indigènes. — La chèvre « Dmah ».

— L'établissement du marchand arabe Djoumah-Mérikani. — Le traitant José-Antonio Alvez. — Le lac Mohrya. — Une femme de Kasongo. — L'Ouroua et

son chef, le grand Kasongo 62

Chapitre VI. — Départ de Kilemba. — La caravane d'Alvez, le marchand d'esclaves. — L'Oulounda. — Les chefs Mata-Yanvo et Mata-Yafa. — Les indigènes du Lovalé. — Le chef Katendé. — Cataractes du Loumedji.

— Halte chez le chef Mona-Pého. — Le Kimbandi et les caravanes régulières du Bihé. — Komananti. — M. Cameron se sépare d'Alvez 85

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