CONCLUSION
Nous arrivons à la fin de l'odyssée de M. Russell en Pétrolie. Donnons encore ici les réflexions Anales de l'auteur sans perdre de vue que l'époque où il les écrit est éloignée de nous de seize à dixsept ans, et que depuis lors la Pétrolie et l'exploitation du pétrole ont passé par la série de ces Hansformations magiques que le temps et l'activité de l'homme produisent d'une façon si extraordinairement rapide en Amérique, - et par Amérique nous entendons ^naturellement, l'Amérique des Etats-Unis.
LA PETROLIK.
Laissons de nouveau la parole au voyageur d'Outre-Manche.
« Le tableau que j'ai essayé de tracer, écrit M. Russel.est commun aux deux versants delà vallée. Entre les deux est le sol à pétrole, la région ou le territoire, comme on l'appelle. Une pente extrêmement rapide conduit aux puits. 11 y en a cent cinquante environ. Le plus grand nombre rendent de l'huile en abondance. Quelques-uns ne rendent que du gaz, et ce gaz, qui sort avec un sifflement semblable à celui d'un tuyau de décharge de vapeur, remplit l'air de miasmes fétides faits pour empoisonner les nouveaux arrivants non encore acclimatés. Tout le long du chemin, du haut en bas des deux côtés, on voit des hommes occupés, les uns à abattre des arbres, les autres à arpenter le terrain et à marquer les lots sur l'écorce des pins ou au moyen de jalons. A mesure qu'on descend dans la vallée, la route devient de plus en plus boueuse et huileuse, jusqu'à ce que le chemin tout entier finisse par se couvrir d'un horrible mélange verdâtre,de la consistance de la peinture à l'huile. Dans cette boue se débattent pêle-mêle chevaux et voitures, celles-ci vides ou chargées, selon qu'elles se dirigent vers les puits ou qu'elles en reviennent ; la mêlée devient parfois inextricable,
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« Partout, les moyens de transport sont insuffisants. Le premier Jour que j'allai visiter les bords de la rivière, deux chariots chargés s'étaient rompus juste au milieu de l'étroit passage du OT é renversant un chariot vide qui ]eg ^ «^
accident interrompant la route principale des puits, il en résulta une confusion impossible à décrire. Des hommes, jusqu'à la ceinture dans 1 eau, essayaient de leur côté de prendre à travers bois avec leurs voitures vides. De toute part des barils pleins d'huile roulaient les uns contre les autres, quand, au milieu d'un incroyable feu croisé de jurons et de cris, une puissante détonation se fit entendre et que l'alarme se répandit que le feu venait de prendre à un puits, nouvelle presque aussi redoutée à Pithole qu'elle le serait au centre d une poudrière. Le croirai t-on ! ce qui contribua peut-être Je plus à débrouiller ce pêle-mêle d'hommes, de chevaux et de voitures, ce fut le faux bruit que le grand puits, vers lequel se dirigeaient tous les attelages, avait cessé de donner et qu'on n'y trouverait plus d'huile à charger. Cette nouvelle d'ailleurs n'excitait pas la moindre surprise, et personne ne s'étonnait que la nappe
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qui jusque-là avait fourni le plus se trouvât tout à coup à sec. Toujours est-il que la ruse réussit, et qu'en conséquence le gros du convoi de chariots vides tourna bride pour aller chercher fortune ailleurs. »
Le chemin redevenu libre, les touristes poursuivant leur excursion se trouvèrent bientôt au milieu d'une interminable série de cuves réunies deux à deux, et chacune d'une contenance de deux mille barils. Des tuyaux établissaient une communication entre toutes ces cuves. On était devant le fameux puits Grant, l'un des plus productifs de la vallée. Une longue échelle placée entre la dernière paire de cuves donnait accès à une plateforme, d'où l'on apercevait le tube de fer qui amenait l'huile du puits aux cuves. Le pétrole sortait de ce tube par jets intermittents et avec une force telle, qu'on l'eût dit poussé par une puissante machine. Le flot épais et sombre d'huile chargée de gaz arrivait en pulsations régulières et bruyantes, d'une durée de quinze secondes environ. A cet effort succédait un repos de cinq secondes, rempli par un jet de gaz fétide, qu'à sa blancheur et à sa densité on eût pu prendre pour un jet de vapeur. Le puits rendait de la sorte quinze cents barils d'huile, soit environ 245,000 litres en vingt-quatre heures.
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La moitié de cette production étaitpayée à titre de redevance au puits des États-Unis, sur le terrain duquel le puits Grant avait été foré. Ces deux puits étaient à une trentaine de mètres l'un de l'autre, et, ainsi qu'il arrive toujours, ils différaient essentiellement et comme qualité d'huile et comme particularité d'intermittence. Le puits des États- Unis donnait un immense flot d'huile qui durait environ trente secondes, après quoi il y avait un temps d'arrêt d'une autre demi-minute, occupé par un jet de gaz de la nature la plus inflammable. Cette vapeur était si mauvaise que chacune des cuves de ce puits était pourvue d'un immense couvercle de bois, du centre duquel s'élevait une espèce de haute cheminée destinée à conduire le gaz le plus haut possible.
Malgré le danger d'incendie qui menace enpermanence^lesmesuresdeprudenceétaientloin d'être excessives. « Il m'est arrivé, dit M. Russell, de passer des heures entières dans de grands magasins de poudre, eh bien, je déclare que j'aimerais mieux y passer tout un mois que de rester une heure à côté des grands puits de Pithole, lesquels sont aussi dangereux que toutes les poudrières du monde, sans être entourés d'aucune de leurs précautions. On voit bien, il est vrai, à chaque pas desinscrip-
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tions portant: « On ne fume pas, » — « Défense « defumer, » « Les fumeurs seront lynchés,» etc.; on fume à la dérobée chaque fois qu'on le peut, et les charretiers, conducteurs de voitures et autres, allument furtivement leurs pipes sous bois, au risque de leurs vies et de celles de leurs voisins, absolument comme font les mineurs au milieu des vapeurs de la houille.
« Un fait à l'appui de ce que je viens de dire: au moment où nous visitions le puits des États-Unis, un homme vint nous prier de lui remettre, avant de nous rendre auprès du jet de pétrole, toutes les allumettes que nous possédions. Nous nous empressâmes de souscrire à cette requête, etfimes les choses si consciencieusement, qu'il eut bientôt entre les mains toute une poignée d'allumettes. Cette dangereuse collection fut jetée à l'eau quand nous passâmes le pont, mais si maladroitement, qu'il en tomba la moitié sur le tablier. Le premier groupe de passants qui nous suivit marcha dessus par mégarde, les allumettes s'enflammèrent et tout le monde dut se précipiter pour les noyer au plus vite.
« Depuis ma première visite ici, il y a quinze jours, les réservoirs d'huile du puits Grant ont pris feu. Fort heureusement ils n'ont pas fait
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explosion, mais r incendie anéantit
ncks,allurnatoutunbois,f lt sa U terle g a Z àdr e e a gauche, eu„ définitive, causa en" ne cou d heures pour 625,000 francs de dégâtsX 'incendie
parhonheurécIa t alan U i t; i, veût e g u hien; desast ^ dans le Jour, alors que le hois e s t encombre de monde et de chariots chargés »
Du puits des États-Unis le voyageur anglais,toujours accompagné deses autres ami s ,passa au puits ^ m anetàd'autres.Tous ces puits, expli qJt-il, ontlemcnecaractèred^ntermittenccmaisquelquè
presquUssoientlesunsdesautreMalongueurdes *m*m est différente pour chacun, ainsi que la q-lUe de l'huile. Les uns donnent moitié eau salée, mo ,tié huile, les autres moitié huile, moitié gaz; ceux-ci beaucoup de gaz et peu d'huile, ceux- à peu de gaz et beaucoup d'huile. Il en est don les intermittences sont d'une demi-heure, d autres de trois heures, d'autres de douze. Certains puits ne jaillissent que trois heures par jour et exhalent du gaz pendant les vingt et une qui restent. On en voit qui ne donnentd'huile que trois jours par semaine. Mais quelle que soit la durée oe 1 intervalle, chez tous l'intermittence est d'une régulante infaillible, à moins pourtant que le rendement ne cesse tout à coup pour ne plus
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recommencer. Il y a là des puits qui n'ont jamais donné une goutte d'huile, mais qui laissent échapper une énorme quantité de gaz délétère. Tout le monde sait que cette déperdition de force amoindrit la chance de production des puits d'alentour, rapprochés ou éloignés. Mais en Pétrolie la devise à la mode est: « Chacun pour soi », et les propriétaires des puits à gaz se font racheter leurs puits, et de la sorte gagnent autant d'argent que les autres. Peu de personnes, lors d'une première visite, peuvent supporter les miasmes horribles du gaz sans en être momentanément incommodées. Toutefois, le premier malaise, espèce de mal de mer accompagné de fièvre, ne dure jamais plus de trois ou quatre jours, et ensuite, non seulement on résiste à merveille, mais on arrive à se faire à cet air à cause de ses effets exhilarants. Alors, non seulement même on aime l'odeur de l'huile, mais sa saveur, et les hommes qui, nuit et jour, sont employés à emplir les barils, avalent dans leur journée deux ou trois grands verres de pétrole pur comme un excellent spécifique contre les refroidissements, les rhumes ou la fièvre. Dans tous les cas, employée à l'extérieur, l'huile de pétrole est un merveilleux remède contre les rhumatismes, et l'expérience des gens qui, en ce singulier pays,
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travaillent, vivent et dorment dans l'humidité, et dont la seule médication est un peu de pétrole pur, semblerait militer fortement en faveur des propriétés médicinales de l'huile minérale.
A Pithole, continue notre cicérone, le travail se poursuivait sans interruption. Les puits coulaient à toutes les heures, et le forage des nouveaux, l'élargissement des anciens, le nettoyage des tubes se continuaient nuit et jour.
Le temps n'a pas de prix. A mesure que la nuit arrive, les tuyaux de fer qui laissent échapper le gaz au sommet des derricks, s'allument successivement avec une explosion sinistre, d'énormes flammes s'élèvent de toute part, et à leur lumière éclatante on travaille au milieu du bois comme en plein jour. Alors la scène présente un spectacle des plus curieux et qui défie toute description. On dirait des centaines de hauts fourneaux, de fonderies de fer et de gazomètres entassés pêle-mêle au fond de quelque profond ravin d'une forêt américaine : ici de grands massifs de pins éclairés jusqu'aux dernières branches de leur faîte par de violents reflets de lumière, et tout à côté de sombres avenues d'arbres dont les voûtes épaisses résistent aux plus vifs rayons ; là des hommes travaillant aux puits, remplissant d'éternelles barriques et les
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roulant hors des chantiers pour être enlevées dès l'aube ; et plus loin, des deux côtés de la vallée, une illumination resplendissante, à la clarté de laquelle charpentiers et menuisiers assemblent, clouent et chevillent les maisons de Pithole-City de manière à en faire une ville non seulement habitable, mais passable.
Si, par le temps le plus favorable, les chemins des régions à pétrole sont difficiles, il est bon d'ajouter que, pendant la saison des pluies et à l'approche de l'hiver, ils deviennent absolument impraticables. Le pays aussi perd alors beaucoup de ses charmes naturels, et la gelée qui arrête le cours des rivières retient aussi l'huile immobile au fond de ses antres mystérieux. Il n'est pas de baromètre ou de thermomètre qui indique avec plus d'exactitude les changements de temps, que ne le fait la proportion d'huile donnée par les puits. L'explication du phénomène de l'influence de la température sur le rendement des sources est encore à trouver. L'expérience journalière de l'industrie du pétrole confond toutes les notions de la physique. Sous la croûte terrestre de la Pensylvanie, l'eau flotte à la surface de la nappe d'huile ; le contraire a lieu à la superficie du sol ; l'eau douce se rencontre au-dessus de l'eau salée;
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l'eau salée est mêlée à l'huile ; et c'est à peine si un seul fait applicable à un puits se trouve reproduit dans aucun des puits d'alentour.
Rien de plus incertain comme résultat à prévoir que les opérations du forage. Là où neuf individus se ruinent, un dixième fera une fortune qui enrichirait tous les autres. Tel puits, qui n'avait jamais donné que de l'eau salée, s'avise tout à coup de rendre des flots d'huile. Le puits du Chat Sauvage boude quarante minutes consécutives, puis il donne un mince filet du précieux liquide ; après quoi il se repose vingt minutes pour fournir ensuite durant dix minutes un volume d'huile considérable. Au bout de ce temps, il retombe dans ses quarante minutes de bouderie et continue exactement ce même cercle d'action intermittente. Chacun de ses jets d'huile est accompagné d'une explosion souterraine semblable à celle d'une petite pièce d'artillerie. La majorité des puits font leur travail sans bruit et avec calme, mais beaucoup d'autres donnent l'huile par jets et avec des sifflements prolongés. En un mot, chacun a ses allures spéciales, bien connues des propriétaires, et qui ont toutes, dans le pays, un nom particulier, comme s'il s'agissait d'un cheval de course ou d'un chien de chasse.
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L'incertitude qui existe relativement au rendement à prévoir d'un nouveau puits existe aussi relativement à l'endroit à choisir pour pratiquer le forage. De deux puits creusés à. quelques mètres l'un de l'autre et qui sembleraient devoir s'approvisionner à la même nappe souterraine, le premier donnera un jet d'huile abondant alors que l'autre n'en produira pas une goutte ; l'un jaillira d'une manière continue, l'autre par intermittences ; l'un marchera des années sans s'affaiblir, l'autre s'épuisera en huit jours. A côté d'un puits qui rendait deux mille barils par jour, un autre fut creusé, qui accapara tout le pétrole de la nappe. Mais, chose assez curieuse, le propriétaire du premier découvrit qu'en enlevant un de ses tubes il arrêtait court le jet de son concurrent et marchait, lui, comme par le passé. Le directeur du deuxième puits, ayant fait de son côté la même expérience, obtint le même résultat, si bien que chacun des deux rivaux tenait à son gré la clef de la production de l'autre. Les belligérants durent finir par s'associer.
Dans certains cas , plusieurs tubes voisins plongent dans le même lac souterrain, et le bruit du forage d'un nouveau puits s'entend à merveille à côté des puits déjà faits ; mais de ces différents puils, tel rendra de l'huile, tel du gaz, tel autre
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de l'eau salée, fi serait très intéressant pour la science que tous ces phénomènes divers fussen t etud.es avec suite par des hommes compétents. L idée généralement admise, que la température de la terre croît en raison de la profondeur, suivant une certaine proportion, est démentie par 1 expérience en ce qui concerne le pétrole, attendu que l'huile tirée de grandes profondeurs a une température inférieure à celle qu'on obtient plus près de la surface.
Un autre fait qui paraît être bien établi, c'est que les puits rendent moins en hiver qu'en été qu'ils sont en définitive sensibles aux influences de la chaleur et du froid. En pareil cas, le rendement de certains puits diffère de 20 à 50 pour 100, tandis que pour d'autres il cesse complètement. Et il n'y a pas, comme l'idée en pourrait venir tout d'abord, à expliquer ce fait parla présence de la paraffine solide dans les tubes en plus grande quantité en hiver qu'en été, car des propriétaires qui, sous l'empire de ce raisonnement, ont fait retuber leurs puits, n'ont pas obtenu après l'opération une goutte d'huile de plus.
Les puits de pétrole ne sont pas seulement sensibles aux extrêmes de froid, les influences météorologiques les affectent de la manière la plus irré-
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cusable ; une tourmente de neige, un changement de vent, un abaissement de température sont non seulement signalés, mais prédits à l'avance. L'influence en est ressentie dans les entrailles de la terre bien avant qu'on ait pu s'en apercevoir à la surface. La colonne de pétrole du tube monte ou descend comme le ferait le mercure d'un baromètre. Tout ce qu'on peut faire pour garantir l'orifice du puits des variations de la température atmosphérique est, sous ce rapport, sans résultat ; l'équilibre ne se rétablit qu'au retour de l'été.
En dépit de tout ce que l'industrie du pétrole présente d'aléatoire, le travail de l'exploration et du forage des sources ne s'en poursuit pas moins avec une persévérante énergie. L'abondance de la production n'a pas diminué sur l'ensemble du territoire exploré, bien qu'un grand nombre de puits aient individuellement cessé de donner depuis longtemps, et la Pétrolie s'agrandit chaque jour de nouveaux districts, où des hommes favorisés du sort « frappent la nappe d'huile » etse trouvent tout à coup millionnaires, d'aventuriers sans le sou qu'ils étaient la veille.
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L'extraction de l'huile de pétrole, devenue en si peu de temps un article de commerce si considérable, ne se borne pas seulement pour l'Amérique du Nord à la Pensylvanie; l'Ohio, la Virginie occidentale, le Kentucky, le Tenessee en ont aussi des sources abondantes en exploitation, sans parler de celles du Canada. Le Maryland n'en fournit qu^une production minime ; mais Baltimore est le point de réception des produits de la Virginie occidentale et de l'Ohio. Outre les pays précités, d existe encore des exploitations de pétrole dans le Mantana et en Californie, mais elles n'attirent pas encore beaucoup l'attention. On a également trouvé le pétrole dans l'État de New-York, dans le M.chigan, dans l'Indiana, dans le Colorado. Pour ne parler que de l'Amérique, le pétrole se rencontre aussi dans le Mexique méridional, au Pérou, à l'Equateur, à Saint-Domingue, à la Trinité, à la Nouvelle-Ecosse.
En 1859, année où l'extraction de l'huile de pétrole au moyen de puits artésiens a commencé en Pensylvanie, la production n'avait pas atteint cent mille barils et les propriétaires n'en avaient guère obtenu que 30,000 dollars, soit 1 06,000 fr.; il n'y eut pas d'exportation. En 1861, l'exportation s'élevait déjà à 2,100,000 barils. Dix ans
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après, en 1869, la production était portée à plus de4,000,000debarilsetl'exportationà2,500,000, évalués à environ 40 millions de dollars (208 millions de francs) et chargés sur plus de 200 navires. Enfin les propriétaires avaient reçu près de 28,250,000 dollars ou environ 147 millions de francs, ainsi répartis: en Pensylvanie, 26 millions de dollars ; dans la Virginie occidentale et dans l'Oliio, 2 millions; au Canada, 350,000 dollars. Dans le nombre ci-dessus n'est pas comprise l'huile à graisser les machines (lubricating oil) dont la Virginie produit environ 100 barils par jour, soit 36,500 par an. Le baril usité contient 43 gallons ou à peu près 163 litres.
On jugera par le tableau suivant des progrès de la production en Pensylvanie dans l'espace de onze ans, depuis le début du forage des puits, de 1859 à 1869 inclusivement.
Années 1859 82,000 barils
A reporter. . iB,y^2,200 »
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Report. . 18,922,200 .
Total des onze premières années. ' 26,853,000" »
ou 4,377,039,000 litres.
En 1869, il avait été foré en Pensylvanie 991 puits. En 1870 on en a foré 1,007 ; en 1871, 946; en 1872, 1,032 ; en 1873, 530 ; en 1874,' 433. Le total des puits forés de 1869 à 1874 inclusivement a été de 4,939, ou en nombre rond, 5000,, qui ont produit 42 millions de barils. La vie moyenne de ces puits est de deux ans et demi. Le 1" janvier 1876, il existait en Pensylvanie 3,3 1 4 puits en exploitation; mais le rendement total n'était que d'environ 5 millions de barils, contre 8,787,506, en 1875, et 10,910,303 en 1874.
Depuis lors la production s'est beaucoup accrue. Nous avons dit plus haut que depuis le forage des premiers puits en 1 859 et la « fièvre de l'huile » qui s'en était suivie, l'industrie de la production du pétrole avait pris de tout aufres allures, qu'elle s'était régularisée et marchait de pair aujourd'hui avec celles de la houille, du fer et des métaux précieux. Les villes de la région de l'huile ont été reconstruites, les voies de communications de toute nature se sont améliorées, multipliées, des
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raffineries se sont élevées en grand nombre, les procédés de purification se sont perfectionnés. Entre autres améliorations introduites est au premier rang celle du mode de transport. Le pétrole est aujourd'hui amené des puits mêmes dans les raffineries par des conduits analogues à nos tuyaux à gaz et qui franchissent des distances de dix, vingt, et trente kilomètres à des prix raisonnables. Des compagnies puissantes se sont organisées pour cette entreprise. Ces tuyaux peuvent envoyer de 1,200 à 1,500 barils de pétrole des puits aux réservoirs des raffineries dans les vingt-quatre heures. Parmi les grandes raffineries de la région de l'huile on cite comme une des plus considérables et des mieux outillées, la Raffinerie Impériale d'Oil-Cily. Les puits sont forés aujourd'hui à l'entreprise à tant du pied, mais aucun signe extérieur n'indique une préférence à donnera un puits plutôtqu'à un autre. On a vu que le rendement d'un puits peut parfois décroître très rapidement. Quand le fait a lieu on suppose généralement que l'obstruction est due à des hydrocarbones solides tels que la paraffine. En pareil cas, on fait ordinairement éclater dans le puits une torpille de dynamite afin de briser les parois du réservoir naturel du pétrole. Ce moyen est dispendieux. D'autres producteurs
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essayent de dissoudre les hydrocarbones par la benzine. On jette alors dans le puits 50 barils de benzine qu'on y laisse douze heures et qu'on extrait ensuite par la pompe ; mais il arrive alors parfois que la benzine n'a dissout que la paraffine et que la pompe ne rend qu'une solution de paraffine et de benzine au lieu de l'huile qu'on attendait. La torpille aussi n'est pas toujours un moyen heureux. Le journal de ÏAmerican chimical Society rapportait il n'y a pas bien longtemps qu'à un puits situé au lieu dit Summit, qui ne rapportait que 60 barils par jour, alors qu'un puits voisin en rapportait cent, le propriétaire résolut pour augmenter le rendement de recourir à l'explosion d'une torpille, et que mal lui en prit, car de 60 barils qu'elle était, la production quotidienne du puits torpillé tomba immédiatement à 16 barils. Autre particularité à enregistrer: dans une même circonscription il arrive que tel puits donne une huile qui, raffinée, est fort supérieure pour l'éclairage à celle des puits voisins. En somme, l'inattendu semble être la règle dans tout ce qui touche à cette industrie.
Le tableau suivant donne les chiffres de l'exportation du pétrole brut et raffiné des États-Unis poulies pays étrangersjusquesety compris l'annéel 871.
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Années 1861 1,500,000 gallons.
Total des onze années. . . . 688,757,092
ou (à raison de 3 litres 78 pour le gallon américain) 2,603,501,807 de nos litres.
En 1 876, cette exportation a été de 208,9 1 2,4 1 9 gallons et en 1877 de 284,012,381 gallons.
Depuis vingt ans la production n'a pas cessé de marcher et elle semble inépuisable. Si elle diminue sur un point, elle se fait jour et augmente sur d'autres. C'est pour les États-Unis une source de richesse considérable. L'exportation de 1878-79 se chiffrait par 40,305,249 dollars ou environ 209,587 ,000 francs; celle de 1 879-80 lui était inférieure de 6 millions de dollars, elle se chiffrait par 36,218,625 dollarsou environ 188,536,850francs. Le port de New-York a exercé sur le transport des huiles de pétrole la même attraction que sur presque tous les objets de commerce des États-
SCÈNES DE LA VIE AKÉRICAnrï>
Ums .Ce résultat a été dans le principe amené par eta liment des tarifs extrêmement bas ad 0p , par le çhemm de fer de l'Erie dans le but de monopoliser le transport des huiles.