AVANT-PROPOS
A part certaines modifications indispensables pour donner à notre travail le caractère d'ensemble qu il emporte, les d.vers chapitres dont se Compose ce volume ont tout d'abord paru en articles de achés dans la Revue Britannique, recueil pour lequel non, les avions ou analysés ou traduits librement de périodiques américains, la meilleure source d informations assurément que nous pussions consulter pour des sujets exclusivement propres aux Etats-Unis. Nous avons trouvé profit d'autre part à complète, nos renseignements dans les études récentes de voyageurs d'autres nationalités. C'est ainsi que non, avons emprunté notre chapitre de la Pétrolie aux iettresd'un des correspondants spéciaux du «Times» de Londres. Ce correspondantes avons heu de le cro.re, n'est aulreque le célèbre M. W. Russell. lia, selon l'usage anglais, gardé l'anonyme dans son journal, comme l'ont fait aussi de leur côte ses cou-
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frères les reviewers des magazines américains mis par nous à contribution et que nous avons d'ailleurs eu soin de citer dans la Revue.
Tout en suivant de près les divers écrivains nos autorités, nous ne nous sommes pas astreint à une « adaptation » pure et simple. Notre cadre nous a obligé à des remaniements assez complexes, comme aussi à des additions nombreuses dont nous avons à prendre ici la responsabilité.
Nous devions, croyons-nous, ces explications préalables au lecteur.
Ajoutons, que les données statistiques etles chiffres contenus dans le présent volume ont été, pour cette édition nouvelle, révisés avec soin et mis au courant des changements survenus depuis la publication de ses précédentes éditions.
CHICAGO
« N'oubliez pas, disait Richard Cobden à M. Goldwin Smitli partant pour son voyage d'Amérique, n'oubliez pas deux choses aux Etats- Unis, à défaut d'autres curiosités : la cataracte du Niagara et Chicago. » M. Smith garda bonne mémoire de la recommandation ; lorsqu'il visita Chicago et le Niagara, il reconnut de ses yeux que les deux choses désignées par son ami à son attention spéciale étaient bien réellement les deux merveilles par excellence de l'Amérique du Nord. Chicago, toutefois, l'emporte en un point sur sa rivale la cataracte: celle-ci, au dire des géologues, a bien mis quatre mille ans à devenir ce qu'elle est;
la ville, elle, n'en a pas mis quarante.
Le mardi malin, 4 octobre 1834, le bruit courait dans Chicago qu'on avait vu un ours noir rôder dans les bois, à quelques centaines de mètres de la ville. La population mâle sauta sur ses fusils et courut à la forêt, où 1 ours fut b.entot découvert et tué. Après un si réjouissant exploit, les chasseurs, peu pressés de retourner à leurs travaux habituels, résolurent de s'amuser et d organiser une battue contre les loups, qui, chaque nuit venaient visiter la bourgade. Le soleil n'était pas'couché qu'on avait détruit quarante de ces carnassiers sur le sile actuel de la capitale du Nord-Ouest! Les loups cependant ne se tinrent pas pour battus, puisqu'en 1838 encore leurs hurlements sinistres réveillaient les échos sur des points compris maintenant dans l'enceinte de la ville. Néanmoins les habitants d'alors s'émerve.llaientdéjàdu rapide développement de la jeune cité et parlaient de ses futurs progrès, à peu près comme font ceux d'aujourd'hui.
En 1830, Chicago était ce qu'il avait été depuis un quart de siècle, un poste militaire etunestation pour le commerce des fourrures; il avait alors douze habitations. Un fort de bois abritait une garnison de deux compagnies de troupes des Etats- Unis. A coté, se ^voyait une agence pour le corn-
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merce des fourrures; puis, trois prétendues tavernes hantées par les Indiens ivrognes et paresseux, qui apportaient des peaux de bêtes et ne quittaient la place que quand ils avaient bu le produit de leurs marchés. Un peu plus loin, brillaient deux magasins approvisionnés des marchandises qu'achètent les naturels. Une boutique de forgeron, une maison pour t'interprète de la station, et une autre occupée par des chefs peaux-rouges, complétaient le groupe.
Une fois l'an, John-Jacob Astor envoyait un schoonerà la station pour la ravitailler et rapporter les fourrures de l'année. Une fois la semaine, en été, deux fois le mois, en hiver, un courrier du service des postes apportaitdes nouvelles du grand monde de par delà les lacs. Eu 1830, outre la garnison et l'agent des fourrures, quatre familles blanches résidaient à Chicago. En 1831, de quatre, ce nombre s'était élevé à douze, et quand vint l'hiver, la garnison ayant été évacuée sur un autre point, la petite colonie se retira tout entière dans le fort, où elle passa son temps le plus agréablement qu'elle put, à babiller et à danser. En 1832, les impôts s'élevaient presque à 150 dollars, soit (environ 780 francs), dont 16 furent consacrés à construire le premier édifice public de
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Chicago : - une fourrière pour les bestiaux
Mais, en 1833, les colons commencèrent à accoiuïr.Avant la fin de l'année, on comptait cinquante familles pataugeant dans les boues de Chicago. En 1834, alors que, dans une seule chasse aux loups, on abattait encore quarante de ces animaux la ville avait, paraît-il, deux mille habitants, et elle en comptait plus de trois mille en novembre
Une ville nouvelle, bâtie sur une prairie plate, a ordinairement l'aspect d'un lieu dont on souhaite que Dieu vous préserve. Les roues des chariots ont effacé la seule beauté que la prairie pouvait avoir, et ont bigarré les alentours d'un excellent ingrédient pour noircir toutes choses. Vous trouverez peut-être là une vingtaine de petites maisons de bois, mais tout y porte, le sceau d'une désolante uniformité, en ce sens que tout objet visible, animé ou inanimé, les pourceaux qui fouillent de leur groin le bourbier noir de la prairie, les gamins, les chevaux, les voitures, les maisons, les haies, l'école, les entrées des magasins, la plate-forme du chemin de fer, tout est poudré ou plâtré du produit sec ou liquide de la prairie défoncée.
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Si, ému de compassion pour les malheureuxque le sort semble avoir relégués dans ce triste désert, loin des demeures des hommes civilisés, le voyageur les interroge, il les trouve tout espoir, tout animation et disposés à le prendre en pitié de n'avoir ni un coin de terre dans cette future capitale, ni assez d'intelligence pour comprendre quelle magnifique spéculation ce serait pour lui d'en acheter quelques arpents. Plaindre ces gens-là! mais autant vaudrait plaindre le prince de Galles de ne pas encore être roi d'Angleterre, ou le shah de Perse de ne point posséder le » régent » ou le t ko-i-nour. »
Chicago, quinze ans après le début deson rapide développement, était peut-être de toutes les villes des prairies la plus désagréable, à tous les points de vue. Il était en assez mauvaise odeur, même parmi les Indiens, puisque, au dire de vieux chasseurs, son nom ne rappelle autre chose que le parfum repoussant de l'oignon sauvage.
La prairie,- sur cette rive du lac Michigan, paraît aussi plate que le lac lui-même ; elle n'est pas à plus de deux mètres au-dessus du niveau de celui-ci. Un voyageur qui arrivait à Chicago par le sud, en 1833, rapporte que, pendant les huit derniers milles de son voyage, il marchait dans
deux ou Irois pieds d'eau. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre sur ce qui est aujourd'hui le quartier élégant de cette ville et ses plus gracieux faubourgs, on n'apercevait qu'une immense flaque d'eau. Un autre voyageur raconte qu'en 1831, en chevauchant sur ce qui est aujourd'hui lé cœur de la ville, le centre même des affaires, il sentait souvent l'eau lui arriver aux étriers. Cette partie de la prairie était humide même l'été, et, pendant la saison des pluies, personne né se lût hasardé à la franchir à pied, a Je n'aurais pas donné du tout six pence l'acre » (60 centimes les 40 ares), dit un commerçant, en parlant de terrains qui se vendent maintenant, pour la plupart, 5,000 francs le mètre carré. L'agriculture semblait avoir là si peu de chance de réussite, qu'on ne s'en occupait pas et que, jusqu'en 1838, Ghicagtt tirait une grande pal-lie de sesapproVisiorinémentsdelarive orientale du lac Michigan. Cette même cité nourrit aujourd'hui des royaumes.
On demandera où était le besoin de coloniser un tel lieu, quand le même rivage présente de meilleurs sites? Simplement parce que, sur ce point, la rivière de Chicago fournissait la possibilité d'un port sur la côte du plus orageux des lacs. Là rivière de Chicago n'est pas même une
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rivière Le lac, en cet endroit, s'était découpé une crique dans la prairie, comme l'Océan creuse des fissures régulières dans les côtes rocheuses et les îles escarpées de la Nouvelle-Angleterre. Cette entame, qui avait 100 mètres de large, s'enfonçait tout droit dans la prairie, sur une longueur de 1,200 mètres, puis se partageait en deux branches, l'une courant au nord l'autre au sud, et toutes deux parallèles à la rive du lac. Ces deux branches se prolongeaient pendant plusieurs kilomètres et finissaient par se perdre dans la prairie. Ce curieux fossé, dépourvu de courant et de marée, n'avait de mouvement que celui que lui imprimait le vent, qui y chassait l'eau du lac, laquelle eau s'écoulait ensuite quand le vent avait tourné ou cessé. Dans l'origine, la passe avait 9 mètres de profondeur, mais l'embouchure se trouvantobstruée par une barre de sable, elle n'admettait que des navires de 30 à 40 tonneaux. Depuis lors, les choses ont changé, la drogue à creusé le chenal. Aujourd'hui, celui-ci donne accès aux plus gros bâtiments qui sillonnent les lacs, et Chicago est en possession d'une ligne de chantiers et de magasins longue de 45 kilomètres. En outre, au moyen d'un canal qui h relie à l'illinois, on a fait couler la rivière de Chicago en sens inverse : au lieu de
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verser son contenu impur dans lelae, elle emprunte à celui-ci ses flots pour les emporter vers le
Mississipi.
Eu égard à la destinée de Chicago, jamais un ingénieur n'aurait pu concevoir un port plus commode. Dans quelque quartier de la ville qu'on soit, en effet, on ne peut s'en éloigner beaucoup ; et chaque moulin,chaqueusine,chaque magasin, etc., peut avoir son embranchement ou bassin particulier et recevoir ses marchandises par bateau, à sa porte même. Cette belle face a bien, il est vrai, son revers. Les ponts tournants sans nombre qui résultent de là ne laissent pas d'être une gène positive. 11 est assez impatientant parfois d'avoir à attendre, pour passer, que quinze ou vingt petits remorqueurs aient achevé de traîner à leur suite autant de longs trois-mats du lac dans les divisions du port. Mais rien n'arrête Chicago : pour remédier autant que possible à cet inconvénient la ville a fait creuser deux tunnels qui conduisent, l'un sous la branche sud, du centre des affaires aux quartiers de l'ouest ; l'autre, sous la branche principale, du centre au quartier nord. Nul doute que dans quelques années trente-cinq ou quarante de ces tunnels n'aient remplacé les trente-cinq ou quarante ponts tournants actuels.
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Sous cette prairie vaseuse, qu'une heure de pluie convertit en un lac de boue, et une heure de soleil en un désert de poussière, on trouve une excellente argile dont les infatigables habitants du lieu tirent parti de toute façon.
Le développement de Chicago, depuis 1833, bien que fait pour émerveiller, n'a pourtant rien de mystérieux. La ville est située à l'extrémité du lac Michigan, ce qui lui attribue naturellement une large part dans le commerce de tous les lacs ; elle a en outre par terre, le long de lacôle méridionale du lac, un accès facile avec tout l'Estet le Sud-Est. Cela n'empêche pas que Chicago n'ait été durant trente années qu'un avant poste perdu de la civilisation, et qu'il aurait pu demeurer des siècles dans cette condition si la région située derrière lui fût restée inhabitée. Cetle échancrure boueuse appelée « la rivière de Chicago », et qui dans la suite a été si admirablement transformée, était une porte ouverte sur les prairies, et Chicago a profité de la position pour progresseren raison direcledudéveloppement et des facilités de communication de cette région privilégiée, dont il est devenu le grand entrepôt,Me comptoir et la capitale.
Ces prairies, longtemps inappréciées, sont justement la partie de la surface terrestre où la nature
a accumulé la plusgrande variété et laplus grande quantité d'objets et de matières dont l'homme ait besoin pour soutenir et embellir son existence. C'est la région où l'on peut tracer un sillon profond à travers les sols les plus ricbes.pendant 40 kilomètres et plus, sans rencontrer une racine, sans se heurter à un caillou, et sous presque tous les points de laquelle se trouvé un minéral Utile à l'homme, argile, houille, pierre, plomb, fer. Outre qu'elle est arrosée par de nombreux cours d'eaux, nulle part il n'est plus facile de créer des routes, des chemins de fer et des canaux. Le climat, comme tous les climats, a ses inconvénients, mais, en somme, il n'en est pas de meilleur.
La prairie ne présente pas de grandes étendues de surface unie ; elle a des ondulations assez accentuées pour réjouir l'œil. Le spectacle qu'offre une prairie américaine par un ciel clair, dans la saison de l'année où l'herbe est verte, a quelque chose d'enchanteur. L'absence de tout objet à lignes arrêtées, tel que bois, routes, rochers, collines, murs ou haies, fait que le visiteur s'imagine ne s'être jamais jusque-là trouvé véritablement en rase campagne. C'est une sensation délicieuse, quand vous demandez votre chemin pour vous rendre à 1 5 kilomètres du point où vous êtes, que
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de vous voir montrer le but dans la distance et d'avoir à l'atteindre en foulant sur tout le parcours un tapis de verdure élastique qu'aucune route ne vient couper. Le paysage aussi a un aspect si net, si soigné, qu'on a peine à ne pas se croire au milieu d'un parc immense. Une colonisation de plusieurs années ne fait d'ailleurs pas perdre au pays cet aspect de parc; il semble seulement que le maître du lieu a jeté bas les murailles et invité ses voisins à venir s'établir çà et là sur le domaine.
Or, de ce ravissant pays il y en a assez pour y fonder une douzaine de grands États et pour nourrir cent millions de sujets ou de citoyens. Ce sera certainement quelque jour le siège d'un grand empire. Chicago, l'inévitable capitale du tiers nordoccidental du monde des prairies, a ouvert la voie. Son rôle est de mettre en valeur chaque are de cette région à 30 kilomètres à la ronde d'un chemin de fer et de relier tous les cbemins de fer entre eux, par un réseau de canaux aboutissant au Mississipi et à l'Atlantique. Cette vocation, cette destinée seront longtemps encore celles de Chicago, et le développement futur de cette ville, déjà si merveilleux, dépendra de la manière dont elle saura les poursuivre. Le bénéfice qu'a retiré la jeune cité de chaque kilomèLre de chemin de fer et de canal
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construit par elle garantit l'exécution delà tâche qui lui est dévolue et qu'elle a accomplie déjà sur une si grande échelle.
Aujourd'hui tout le monde comprend cela ; mais les anciens du pays se vantent quand ils prétendent qu'ils le comprenaient il y a plus de trente ans. Ils devraient se rappeler que le canal qui unit le lac Michigan à la rivière de l'illinois a élé projeté en 181 4 et autorisé en 1 824, alors que Chicago n'existait pas, et il ne faut pas oublier que les créateurs du premier chemin de fer du Mississipi ont eu à combattre l'opposition de presque tous les commerçants de la ville, lesquels y voyaient la ruine de Chicago, en ce sens, que les affaires, disaient-ils, se distribueraient sur toute la ligne, au lieu de rester concentrées entre leurs mains. Ainsi du reste se sont passées les choses dans notre bon pays de France, lors de l'extension de notre réseau ferré. Les aubergistes des grandes routes voyaient la ruine du pays dans la suppression du « roulage ». Ces réserves faites, nous accordons que les habitants de Chicago ont droit de se montrer fiers de ce qu'ils ont fait.
Les troupes d'Indiens fainéants et dissolus dont nous avons parlé ont été les premiers obstacles contre lesquels eurent à lutter les premiers colons.
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Un jour de septembre IS33, sept mille de ces sauvages s'assemblèrent dans le village pour vendre aux commissaires des Étals-Unis leurs terres de l'illinois et du Wisconsin. Sous une vaste tente dressée sur le bord de la rivière, les chefs signèrent le traité qui cédait aux États-Unis les douze meilleurs millions d'hectares de terre du Nord-Ouest, et convinrent de se retirer à vingt jours de marche à l'ouest du Mississipi.
L'année suivante, quatre mille d'entre eux se réunirent à Chicago pour recevoir le premier terme annuel du payement. Les articles destinés à les payer étaient amoncelés sur la prairie. On fit asseoir les Indiens en cercle autour de la pile, les femmes aux derniers rangs. Ceux qui avaient été choisis pour attribuer les marchandises prirent à même le tas et passèrent les objets à ceux de leurs amis les plus à portée. Peu à peu, cependant, les oubliés finirent par perdre patience; ils se levèrent, se poussèrent en avant, et en définitive se jetèrent sur les lots, se battant à qui aurait la meilleure part. Le tumulte fut bientôt à son comble, et les choses en vinrent à ce point, que plusieurs Indiens furent tués et un grand nombre blessés. La nuit se passa en orgies, et le lendemain peu de chose restait aux mains des malheureux sauvages sur
les 150,000 francs d'articles qui leur avaient été
donnés.
Pareilles scènes et pareils résultats se renouvelèrent à la fin de l'année 1835, mais ce payement fut le dernier que vit Chicago. En septembre 1835, quarante chariots attelés chacun de quatre boeufs transportèrent à travers la prairie les enfants et les effets des Pottawatomies, les hommes et les femmes valides escortant à pied le convoi. Au bout de vingt jours, les émigrants arrivèrent sur les bords du Mississipi ; ils franchirent le fleuve, et poursuivirent pendant vingt autres jours encore leur marche à l'ouest, et Chicago ne fut plus importuné de leur présence.
Quand on se promène aujourd'hui dans les magnifiques rues de Chicago, on a peine à se figurer qu'il y ait si peu de temps que les Peaux-Rouges ont été dépossédés du site même sur lequel est bâtie la ville, et qu'il ait fallu quarante jours pour les transporter sur un autre point qu'on atteint maintenant en quinze heures.
Ce fut l'œuvre du gouvernement commun des Étals ; Chicago n'a pas à s'en vanter, pas plus qu'il ne peut réclamer le' mérite de l'amélioration de son port en 1 833 et 1 834, travail qui attira l'attention du pays sur ce poste frontière. Les États-Unis
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dépensèrent 150,000 francs en 1833 à draguer la rivière de Chicago; au printemps 1834, une crue des plus opportunes compléta le travail en balayant la barre qui obstruait l'entrée de lapasse, rendant celle-ci accessible désormais aux plus gros radeaux des lacs. Ces deux circonstances firent tout de suite de Chicago un havre important. La ville avait fait le premier pas vers sa grandeur future. En 183G, la population comptait quatre
mille âmes.
Il y eut ensuite un temps d'arrêt à la prospérité de la cité naissante, comme aussi à celle de l'Illinois et des États-Unis ; pendant cinq ans, c'est à peine si la population augmenta — si tant est même qu'elle n'ait point diminué. Outre la manie de la spéculation des terrains, qui finit par paralyser les affaires de tout le pays, les babitants de l'Illinois avaient compromis le crédit des États-Unis dans des projets d'améliorations intérieures trop coûteuses pour l'époque, bien que réalisées depuis par l'industrie privée. L'État était en faillite, les travaux de chemins de fer suspendus; le canal destiné à réunir le lac Michigan à la rivière de L'Illinois avait même été abandonné un instant. Chicago languissait et se repentait d'avoir voulu, en un jour d'orgueil, être autre chose qu'un poste
militaire. Ces terrains si recherchés en bordure de la rivière et du lac étaient une malédiction aux mains des propriétaires de 1837. Certains habitants du lieu sont aujourdhui millionnaires, tout simplement parce qu'ils n'ont pu se débarrasser de leurs terrains à aucun prix dans ces années de désolation et de désespoir.
Ce fut réellement de 1 837 à 1 842 que Chicago prit son irrésistible essor. On avait déjà commencé à saler un peu de viande de bœuf et à l'expédier au delà du lac. En 1839, cette industrie avait pris de grandes proportions, 3,000 tètes de bétail avait été amenées des prairies, préparées et exportées. En 1838, un hardi commerçant avait embarqué 39 sacs de 2 bushels (1) de froment. L'année suivante 4,000 bushels étaient exportés. Ce chiffre s'élevait à 10,000 l'année d'ensuite, et à 40,000 en 1841. En 1842, le total sauta d'un seul bond de 40,000 à 60,000.
Les temps « difficiles » avaient désormais cessé pour Chicago ; mais l'âge d'or n'était pas encore venu. Ces montagnes de grains étaient amenées dans la fondrière de Chicago du bout des prairies, de 30, de 70, de 150 et même de 250 kilomètres.