MON CURÉ
C'était le 23 janvier 189... Le temps était | affreux, le froid était intense, la tempête | rugissait au-dessus du bois où j'étais campé, broyant dans ses rafale: furieuses le sommet des épinettes déjà alourdi par Île | givre.
| On n’eût pas osé mettre dehors une bête puante.
Couché sous ma tente, moelieusemeni étendu sur un lit de branches flexibles de sapin baumier, les pieds contre mon poêle qui ronflait en répandant une douce chaleur sous mon abri de coton rendu imperméable par la neige qui s'était agglomérée autour de lui, j’écoutais passer la tempête et je rêvais.
A quoi rêvais-je ? Je ne sais. Sans doute à l’étrange bonheur que j’éprouve toujours xèr à me sentir seul, dans le bois, loin des imbéciles et surtout des gens d'esprit. Tout à coup la porte de ma tente s’ouvrit brusquement et un bloc de glace se précipita vers mon poêle, donc il paraissait résolu à accaparer toute la chaleur. Bientôt il commença à fondre et, grâce aux travaux de déblaiement particulier auxquels il se
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livrait, je ne tardai pas à distinguer une barbe châtain, des yeux de même nuance et des cheveux d’une teinte plus foncée.
J'avais vu s'opérer en silence la métamorphose qui s’accomplissait sous mes yeux. Je m'étais contenté de m'’arracher entièrement à mon horizontalité pour emplir le poêle de combustible et obtenir un redoublement de chaleur favorable à la
fonte du personnage engiaçonné que j'avais devant moi.
Cependant, le déblaiement continuait, la fonte s'activait, le glaçon se transformait rapidement et je commençais à percevoir les traits d’un compagnon de chasse, d’un ami qui m'était et qui m'est encore bien cher,
— Eh! quoi, c'est vous ?
— Oui, c'est moi, me répondit mon curé — car c'était mon curé!
— Venez-vous tendre près de mon chemin de chasse, dis-je? Il y a quelques martres,
— Non, Je fais ma mission.
— Votre mission !!—Je le crus fou,— Connaîtriez-vous, par hasard, quelque chapelle sur mon portage? Venez-vous pour me convertir? Vous choisissez joliment bien votre temps!
Il parut légèrement embarrassé, puis il se mit à rire, ,
Le
— J'ai faim, dit-il, avez-vous quelque Chose de bon à m'offrir ?
— J'ai lièvre et perdrix, voire même une truite, si le cœur vous en dit, et, par-dessus ie tout, une goutte d’un whiskey suave.
— Un coup ! C’est parfait. J'en prendrais bien un de suite, si vous le vouliez ?
J’atteignis ma bouteille sas mot dire et la lui passai.
Il se versa une rasade de laïque sans scrupule, et la but d’un trait.
— Ça va mieux, dit-il, et maintenant j'ai envie de faire un somme, pendant que vous allez préparer le dîner. Vous me pardonnez, n'est-ce pas? Puis, s'étendant sur le lit de sapin, il s'endormit sur-le-cham p.
Je me mis en devoir de confectionner le Tepas, et, pendant que cuisaient les perdrix et que bouillaïit l’eau destinée à infuser le thé, je regardais dormir mon ami.
L'abbé N...... est un jeune homme ; à peine a-t-il trente-trois ans.
Petit de taille, mais bien pris, brun de cheveux et de barbe, l’œil bin ouvert, le regar À franc et décidé. Pendant qu'il dormait, je me demandais vainement quel pouvait être le motif qui l'avait poussé à faire quinze ou vingt lieues en plein bois pour venir me rejoindre, et par un temps pareil.
La tempête durait depuis trois jours. Il avait dû couvher à la belle étoile, n'ayant,
pour lutter contre le froid à geler un ours blanc qui sévissait alors, qu’un maigre feu de veille ; —et je les connais, les feux de veille : on y grille d’un côté pendant qu’on s’y gêle de l’autre.— Il avait dû marcher trois jours, en levant, à chaque pas, la neige qui ne cessait de s’abattre en gros flocons. Enfin il avait exposé sa peau, sa peau de curé, —-une peau bien précieuse, s’il faut en croire le père Lacasse, — et cela, dans quel but ?
Une entorse, la fracture d’un membre, la perte de sa boîte d’allumettes; c'était la mort |
Ce n’était pas le premier prêtre que je voyais s’exposer ainsi. J'en ai vu sur lc champ de bataille. J’en ai vu revenir de Chine et d'Afrique tout maculés, tout glorieux des cicatrices du martyr. Mais celuilà me semblait plus fort que les autres: nul ne le voyait, nul même n’eût compris sa mort, peut-être l’eût-on blâmé, peut-être s’en fût-on moqué et l’eût-on traité de fou, Le soupçon m'en était bien venu, à moi, et, en le regardant dormir, j’en avais honte, car je le connaissais.
Mais pourquoi était-il venu me rejoindre?
Pendant que je me livrais à ces pensées, les perdrix rôties à point avaient fait place dans la poêle aux truites promises, Entoy-
rées et bordées de lard frais, elles laissaient entendre le grésillement si doux de la cuisson finale, et le thé répandaiïit son arôme invitant. J’hésitai quelques minutes à réveiller mon curé. Je m’y décidai néanmoins, car il devait avoir plus grand besoin de manger encore que de dormir.
| Malgré sa fatigue, il s’éveilla au premier “+ appel, et tout joyeux se mit à dévorer. Le repas fini, il alluma sa pipe, je roulai une cigarette et de nouveau lui demandai le but de sa visite. Il ne répondit pas et fit glisser la conversation du côté de la chasse, dont il était, comme moi, amateur fort enthousiaste.
— Quel dommage que je ne puisse rester avec vous! Mais il faut que je retourne à M... La femme de C..….…. est malade d’une manière inquiétante ; peut-être va-telle faire le grand portage, et il faut que j’y sois.
Le lendemain, après déjeuner, il se remit en route. Le vent était tombé, mais les chemins étaient encore mous et nos raquettes enfonçaient, à chaque enjambée, de six à huit pouces dans la neige. Après lui avoir
fait la conduite jusqu'à l'extrémité de mon chemin de chasse, je le quittai et je revins vers ma tente, où je rentrai à la nuit tombante, après avoir dégagé mes pièges et relevé mes attrapes, que la tem-
ju dis
pête des jours précédents avait ensevelis sous la neige.
Un mois après, un chasseur, qui {endait au printemps quelques lieues au-dessus de moi, passa par ma tente et me remit une lettre de ma femme, que j'avais laissée à M Brett Je sus alors pourquoi j'avais eu la visite de mon curé.
J'appartiens à la catégorie des gens que persécute le guignon, et, sans doute à cause de cela, la voix publique me tue tous les ans, à des dates à peu près fixes. Lorsqu’elle me fait grâce du trépas et me laisse le bénéfice du doute, elle n’en répand pas moins le bruit que je suis, tout au moins, en danger de mort. En général, on me tue pendant l’été, époque de la navigation où je suis toujours emporté, paraît-il, par le premier coup de vent qui passe Cette année-là, après m'avoir noyé par le travers de la Pointe-aux-Anglaiïs, un peu au-dessous de Natashquan,— la Renommée, mécontente, sans doute, de son insuccès des jours chauds, publiait en hiver que, blessé au pied et sans provisions, j'allais mourir en plein bois et sans revoir la mer. Mon curé l'avait appris et, seul,— tout le monde ayant refusé de l'accompagner à cause de la tempête, — sans autre outil que sa hache de chasse, sans comestibles de route, il s'était mis en chemin par ces jours de
temps épouvantable, jouant sa vie pour venir à mon aide. Il m'avait trouvé rêvant et était reparti sans rien me dire du dévouement qui l'avait amené jusqu’à moi.
Quelquefois, je pense à lui, quand la neige tombe et que le vent plie la tige des arbres, et mes yeux deviennent humides !
Et vous, chers lecteurs, que dites-vous de mon curé du Labrador?
LE GOELAND
Avez-vous tué des anglais ? Moi, j'en ai occis des monceaux. Je n’ai pas ménagé davantage les irlandais, quoiqu’ils soient beaucoup plus difficiles à tirer à cause de leur rouerie infiniment plus développée.
Ces deux oiseaux — je me hâte de vous dire qu’il s’agit de goëlands—sont, avec les maringouins, puces, punaises et autres insectes innommables, les plaies vives du Labrador.
Avant d'aller plus loin, je crois ütile de vous expliquer que le mot anglais, ainsi que le dénominatif irlandais, dont je me suis servi dès le début de ce récit, sont deux métaphores audacieuses, d’un goût suflisamment germanique pour être appréciées, J'ajoute que la première désigne le grantl goëland à manteau noir — larus marinus (Linnée) ;-- la seconde, le goëland à manteau gris ou à dos bleuâtre, que Brunn a bien voulu baptiser des noms de larus «argentatus et de larus glaucus.
Cette œuvre de prudence accomplie, — œuvre sans laquelle on m’eût accusé, peutêtre, du meurtre de MM. KStephens ou
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Re ge mere
MeShane,(1}-- il me reste à vous dire pour quel motif le goëland à manteau noir a eu l'honneur d’être traité en compatriote de la plus intéressante de ces deux personnalités estimables.
Il y a une quarantaine d’années, une frégate anglaise, — ce sont les gens de la côte qui le disent, — se perdit corps et biens sur un récif du golfe. La mer jeta au plain une foule de cadavres et, lorsque les pêcheurs vinrent inhumer les malheureuses victimes de la tempête et de la brume, ils furent obligés de ravir ces pauvres corps à une nuée de goëlands à manteau noir qui se disputaient la chair de ces tristes épaves.
Les pêcheurs de cette époque les appelèrent mangeurs d'Anglais. Depuis, un besoin de concision particulier aux gens de mer fit disparaître une partie de l’épithète primitive et aujourd'hui l’on dit seulement:
des anglais.
Pourquoi appelle-t-on irlandais les goûlands à manteau gris? Je ne sais trop. Je crois, cependant, que c’est à cause de la différence d'’instinct qui sépare les deux espèces. Peut-être est-ce une allusion délicate au home rule, les goëlands à manteau
NOTE DE LA RÉDACTION—(1) M. Stephens,—dépuié an-
glais possédant une grande fortune et l'éducation d'un
‘irsute — M. MacShane —ancien maire de Montréal, très populaire,
gris paraissant avoir, sur les sommets des épinettes qui couvrent les îles du groupe Mingan, un gouvernement autonome, étranger aux turpitudes traditionnelles de leurs voisins à manteau noir.
Tous les goëlands sont des bandits, des bandits de la pire espèce.
Leur vol est puissant, leur vigueur très grande : aussi en abusent-ils à tout propos contre les faibles.
D'une prudence qui touche à la lâcheté lorsqu'ils ont affaire à un adversaire courageux ou bien armé, ils sont également d’une hypocrisie de Brahme et d’une indiscrétion de détective. Une barge de pêche, un cannt de chasse, une tente de voyageur les exaspèrent.
Si vous tentez d'approcher des loupsmarins échoués sur les roches, d’un camp de gibier nageant sur les bords de l’eau, gardez-vous avec soin des goëlands, car, s'ils vous aperçoivent, votre présence sera signalée immédiatement par les cris les plus variés et les plus discordants et, quelques savantes que soient vos manœuvres vous perdrez votre temps et vos peines. Les animaux de mer et de grève sont habitués à ces dénonciations : aucun ne s’y trompe et tous en profitent avec une désespérante célérité.
Oh ! les irlandais du diable! Oh! les œn-
glais maudits ! comme on le dit sur là côte.
Je crois que ces oiseaux ne dorment jamais. On les entend toute la nuit, croassant, jappant, hurlant, hululant et miaulant à qui mieux mieux, surtout s'ils aperçoivent votre feu de veille. Ils imitent tous les cris les moins harmonieux, quelquefois avec une telle perfection qu’il est difficile de savoir si l’on n’est pas à proximité de chats, de chiens, de loups-marins,de hiboux ou de corbeaux. Il est impossible de faire cesser cet infernal tapage. Combien de fois me suis-je levé, la nuit, distribuant à tort et à travers les coups de carabine dans l’espoir d’effrayer ces animaux odieux et de ne plus les entendre ? C'etait peine perdue.
Quelques minutes après la dernière détonation, le vacarme recommençait de plus belle. |
Le goëland est d’une rare gloutonnerie.
Putréfaction ou chair fraîche, il avale tout, il digère tout. Il détruit une quantité énorme de crabes, d’oursins, de homards et même de poissons, surtout d’anguilles, qu'il attrape fort adroitement au milieu des algues, car il ne plonge jamais.
Rien n’est plus curieux que de le voir lutter avec un homard de forte taille.
Ce crustacé, ainsi que chacun peut le sa.
voir, possède deux pinces antérieures d’une force extrême et qui sont disposées de telle
RÉCITS DU LABRADOR 21 * manière qu'il ne peut les ramener au-des-
sus du thorax, ni les diriger latéralement.
Il doit toujours prendre en avant et faire face À l’ennemi. C’est pour cette cause ‘qu'il abrite sous une roche creuse ou dans un trou l’appendice testacé que l’on appelle sa queue, ne laissant paraître au dehors que les formidables tenailles qui lui servent à livrer bataille et à s'emparer de si proie.
Mais le homard a des faiblesses et, vers le soir, surtout à la saison des amours, il abandonne son repaire et va chercher, au milieu des herbes à outardes, (zostères) qui tapissent le fond des anses, la satisfaction de ses plus légitimes appétits. C’est alors que le goëland roublard et qui se rit des plus tendres sentiments entre en scène à la marée basse. Il vient se poser à très petite distance du homard resté presque à sec et semble se préoccuper uniquement de fouiller les herbes pour y découvrir un mollus, que timide. Puis, s’approchant peu à peu, cauteleusement,il saisit par la queue le pauvre diable de crustacé et le hâle très rapidement sur une des roches plates qui émergent, à l'ordinaire, au milieu de la vase et des aigues des baies du Labrador. Une fois rendu là, il immobilise sa victime en la renversant sur le dos et lui brise le test à
grands coups de son bec solide et dur comme un pic de mineur.
Avec les oursins, les crabes et les petits homards, il use du procédé qu'a signale pour la première fois le bon Jean de La Fontaine, de fablière mémoire. Il s’en saisit, s'élève avec eux à une certaine hauteur dans l’espace et les laisse retomber sur les roches, où leur enveloppe testacée se brise en mille pièces.
Le goëland, pour satisfaire sa gloutonnerie, ne s’en tieut pas seulement aux crustacés, aux mollusques et aux poissons: il détruit, en outre, une quantité considérable de jeune gibier.
Les toutes petites moniacs (canard eider, somateria mollissima) ont beaucoup à souffrir de ses déprédations et de son peu de respect et de pitié pour l’enfance. Il les gruge sans merciet toujours avec cet air hypocrite de derviche qu’on ne saurait lui pardonner. C’est à peine si la pauvre mère noniac a le temps de s’apercevoir du cruel destin de sa progéniture.
Lorsqu'il avise une nichée de ces jeunes viseaux, il vient se poser bruyamment à quelques pas d’eux. Ceux-ci, effrayés, plongent immédiatement et, suivant leur coutume invariable, se dispersent sous l’eau.
Le goëland, qui a l’œil très puissant, suit cette manœuvre de près et, lorsque le petit
palmipède revient à la surface, il s’en saisit avant qu’il l’ait atteinte. Puis il l’avale sous l’eau, dissimulant ainsi son crime, qu'il renouvelle aussi souve :t qu'il le peut sans s’ex poser aux coups de bec de la mère, peu clairvoyante, mais très robuste, qui n'hésite pas à le charger vigoureusement aussitôt qu’elle s'est rendu compte de son malheur.
Le goëland n’exerce pas de déprédations ei ne satisfait pas sa gloutonnerie seulement sur le” eaux marines. [Il remonte aussi les rivières et se rend souvent jusqu'aux lacs les plus éloignés. Il est un des principaux agents de la dispersion des poissons dans les eaux douces. Il transporte, collés à ses pattes par des mucosités particulières ou emmagasinés dans son estomac, des œufs de poissons qu’il dépose ou dégorge avant qu’il n'aient été décomposés par les agents extérieurs ou altérés par les sucs gastriques. C’est ainsi qu'une multitude de réservoirs séparés de toutes les sources poissonneuses se sont peuplés d'espèces variées. C’est ainsi, également.
selon toute vraisemblance, que certaines espèces, exclusivement marines, comme Île hareng, ou marines et fluviales comme l’éperlan, se sont acclimatées dans des lacs d’eau douce, où elles semblent n'avoir éprouvé encore que de très légères moditi-
cations, malgré le changement de milieu et des reproductions successives déjà anciennes.
Le goëland semble monogame, mais il est si vicieux, par ailleurs, que je ne serais nullement surpris qu'il ne jouât la continence et ne soit le plus impudique des époux. Il construit — je parle ici de la variété à manteau noir, de l'anglais — sur les roches nues ou la mousse qui en recouvre les sommets, un nid qui lui fait peu d’houneur, tant il est de facture lâchée.
Sa femelle y dépose trois œufs d’un blanc ou d’un bleuâtre sale tacheté de brun, surtout au gros bout. L'irlandais, plus fin, a délaissé les roches où il nichaït autrefois, et se bâtit, depuis quelques années, des nids sur le haut des épinettes décapitées par le vent. Les conifères de l'archipel Mingan sont couverts de ces oiseaux, que l’on est tenté de prendre pour de gros flocons de neige, lorsqu'on les aperçoit du large.
Les œufs de goëlands, quoiqu’un peu rouges, sont parfaits au goût, surtout en omelette ; aussi sont-ils enlevés avec frénésie par les pêcheurs de toutes nationalités qui hantent les parages du golfe. Ce n’est point là un grand malheur, il y a toujours trop de goëlands. Mais il est fâcheux que les étrangers prennent une si large part À cette récolte toujours très fructueuse, les
œufs ayant de nombreux usages culinaires et industriels.
Uri jour ou deux après l’éclosion des œufs, les jeunes goëlands sont assez vigoureux pour sortir du nid et se cacher dans les anfractuosités du sol lorsqu'un danger les menace. À cette époque de leur vie, leur langage semble peu développé et se réduit à un caquetage assez désobligeant qui exprime leurs craintes, qu’ils manifestent aussi, à la facon des conscrits sur le champ de bataille. Cependant ils comprennent déjà fort bien les paroles que laissent tomber, en volant au-dessus “'eux, des parents ou des amis pleins de vigilar.ce. Une intonation les immobilise, une autre les incite à se cacher, une autre les fait courir et leur indique qu’ils doivent prendre la mer sans délai. Ils restent près d wie année entière dans cet état d’infériorité et ce n’est que lorsqu'ils ont perdu toutes les plumes 'grises de l'enfance qu'ils acquièrent le complément d'instruction qui leur manque. Ils deviennent alors ausei éioquents et aussi canailles que leurs aînés, Le chasseur enfin, achève leur éducation à conps de fusil et, quand ils échappent au plomb une fois ou deux sans trop d’avaries, ils deviennent inabordables.
Le jeune anglais et le jeune irlandais son un mets fort agréable, s'ils sont rôtis aves
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des pommes de terre quelques jours avant qu’ils paissent voler. Leur chair est, à ce moment, encore très tendre, sans aucun goût d'huile ou de poisson, et rappelle d'assez près le poulet rôti. Plus tard eile devient coriace, très dure et d’une saveur atroce. Leurs parents les nourrissent abondamment de poisson frais, de crustacés sortant de l’eau, de mollusques tout bâillants. Jamais ils ne leur servent de chair putréfiée, et l'entraînement que les larinés de ce genre éprouvent pour les corps pourris paraît être une dépravation particulière à leur âge adulte et à leur âge mûr.
Le :oëland, que je crois mauvais époux, est également assez mauvais père. Il défend sa progéniture en planant, en tournoyant au-dessus d'elle à une très grande hauteur et en assourdissant de cris variés et désagréables le chasseur qui la poursuit. La femelle sembie s’y intéresser devantage et fait mine, lorsque vous .tournez le dos ou que vous avez le soleil dans les yeux, de fondre sur vous du haut des airs, comme eût dit M. de Châteaubriand; mais elie renouvelle rarement cette mauvaise manœuvre, qui lui vaut toujours un coup de fusil. Puis, une fois les petits capturés et tout espoir d’effrayer ou d’attendrir le chasseur s'étant envolé, père et mère en prennent leur parti sur-le-champ avec la