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plus compléte philosophie et s’éloignent gravement, sans précipitation, d’un vol égal, mesuré, et en croassant des notes en gamme mineure très sombre, sans doute les requiescant des goëlands destinés à reposer, sur un lit de patates et de lard, dans l’estomac insatiable des chasseurs.
Ils abondent, malgré l’enlèvement de leurs œufs, dans le golfe Saint-Laurent.
Certaines îles, comme l’île Nue du groupe de Mingan, quelques pointes, comme celles d’Anticosti, en sont littéralement couvertes à la saison de la ponte. Malgré cette abon-
ance, il est très difficile de les atteindre, tant ils sont défiants et toujours sur le quivive. Ils mesurent avec une étonnante précision la distance qui les sépare du chasseur, et il est très rare que l’on puisse les tirer à plomb à bonne portée. Ce sont des oiseaux superbes, surtout les manteaux noirs, dont l’envergure atteint quelquefois cinq pieds et demi. Leurs bouts d'ailes servent à confectionner de magnifiques plumeaux ; leur fémur, des tuyaux de pipes estimés, et je m'étonne que leurs plumes blanches, fort belles et très ornementales, ne soient pas employées par l’industrie des plumes de luxe.
Les goëlands possèdent des connaissances spéciales en météorologie; du moins, certaines de leurs habitudes fournissent de
précieuses indications pour la connaissance du temps.
C'est ainsi, par exemple, que, tous les soirs, ceux d’entre eux, que n’embarrassent pas les soins d’une famille, se réunissent en troupes assez nombreuses et vont se poser sur une roche moussue pour y passer la nuit ; quelle que soit la direction du vent à l'heure où ils passent, il soufflera le lendemain dans le sens qu’ils ont adopté pour leur course de la veille. Lorsqu'ils volenr à de grandes hauteurs, si vous êtes au large, veillez sur votre voiture, car vous ne tarderez pas à étre contraint d'amener de la toile: c’est le signe des grandes brises.
Quand vous les verrez se poser sur l’eau à la recherche des capelans, des lançons et des harengs étourdis et meurtris par la poursuite des gibbars, il fera beau. Si, au contraire, ils rasent la surface sans s’y arréter, défiez-vous de la pluieou de la brume :
l’une et l’autre ne sont pas loin.
N’avoir restreint en rien la destruction du goëland et de ses œufs, est l’une des gloires de l’ancienne loi de chasse, qui, hélas ! en compte bien peu.
L'intelligence qu’elle a déployée en cette circonstance, le poison délétère qu'elle a trouvé et l'accès de haute philanthropie dont elle a fait preuve en nous autorisant à manger en toute saison les volailles que
RÉCITSÉDU LABRADOR 29
nous élevons dans nos basses-COuTS, feront oublier bien des fautes et pardonner bien des écarts.
Une fois morte, c'est-à-dire abrogée — n'est-ce point ainsi que l’on désigne le décès d’une loi ? — nous pourrons la laisser reposer en paix. Nous pourrons même, — {1 faut avoir des égards pour tout ce qui fut puissant en ce monde, — chercher un conseiller législatif à l’âme candide qui prononcera, sur la cave où seront enfouis Îles derniers exemplaires de cette loi sans pareille, une oraison funèbre peu compliquée, mais très attendrie.