JEAN CALVIN
A UN SEIGNEUR FRANÇAIS (Durant une maladie de Théodore de Bèze)
30 juin 1551.
Lorsque votre messager s'est présenté ici avec votre lettre pour Théodore de Bèze, j'étais en proie à
de vives craintes et à une extrême douleur. J'avais appris la veille qu'il était atteint de la peste à Lausanne. Dans l'état de stupeur et d'anxiété auquel j'étais réduit, je le pleurais comme mort, et l'affliction que j'éprouvais en mon particulier était encore accrue par celle de l'Église. Ne serais-je bien insensible en effet si je ne payais d'un tendre retour celui qui m'aime d'une affection plus que fraternelle, et qui a pour moi tous les sentiments d'un fils? Mais ce qui m'affligeait par dessus tout, c'était de voir arrêté, presque à l'entrée de la carrière, un homme duquel l'Église attend de si beaux fruits, et que l'élégance de ses manières, la suavité de son esprit, son ingénuité, sa candeur, ont rendu cher à tous les gens de bien. Que ne vous est-il donné, comme je le souhaiterais, d'arriver secrètement ici, et de le voir à l'œuvre ! Vous le trouveriez supérieur à tous mes éloges.
C'est un ami perdu, dites-vous; Dieu veuille dissiper ce funeste présage ! J'aime mieux espérer qu'il vous sera rendu au double sur la terre d'exil. Est-il en effet une amitié durable en dehors du Christ ? La vie d'un homme si précieux sera, je l'espère, accordée à nos prières. Il n'est pas encore hors de péril. Mais les nouvelles d'hier étaient un peu meilleures. Demain nous receverons peut-être un message tout à fait rassurant.
Adieu, très honoré seigneur. Vous me saurez gré, j'ose l'espérer, de vous avoir parlé à cœur ouvert sans vous connaître. Dieu vous conduise par son Esprit, et vous assiste en toutes choses.
PRÉFACE VII à XI