À LAD Y ANNE SEYM0UR
17 juin 1M9.
Illustre princesse, votre mère m'ayant récemment envoyé une bague, en témoignage trop peu mérité de sa bienveillance à mon égard, j'aurais mauvaise
1 Le 27 décembre de cette même année, le Conseil décide • de Taire présent à Calvin des ustensiles qui sont dans sa maison » eu reconnaissance des services qu'il rend à la république. L'année précédente, on lui avait offert dix écus en présent. Il les refusa, en demandant au Conseil de les distribuer aui autres ministres qui étaient pauvres, cet même de lui diminuer ses gages pour létr faire du bien- » Registres des Conseils (1546-1547).
3 Fille aînée du duc de Somerset, protecteur d'Angleterre, sous le règne d'Edouard VI. Elle épousa, l'année suivante, le comte de Warvick, et parut sceller ainsi la réconciliation de sa famille avec la puissante maison de Northumberland.
grâce à ne lui donner aucun signe de reconnaissance et de respect. Mais comme j'ignore la langue dans laquelle je devrais m'acquitter de ce pieux office, j'ai pensé ne pouvoir mieux faire que de vous appeler à mon aide, vous que je sais être également distinguée par la naissance et par la vertu. Qui mieux qu'une telle fille peut me servir d'interprète auprès de sa mère, lorsque surtout vous êtes persuadée que ce témoignage ne lui sera pas indifférent? Ses discours vous ont révélé toute la bienveillance dont elle m'honore. Si mes prières ont quelque prix à vos yeux, vous daignerez lui offrir mes humbles remerciements, afin qu'elle sache que je ne suis point ingrat pour le don qu'elle m'a fait.
Je m'adresse à vous avec d'autant plus de confiance que j'ai appris que vous êtes non seulement instruite dans les belles-lettres (privilège peu ordinaire pour une jeune fille de si haut rang) mais tellement initiée à la doctrine du Christ, que ses ministres trouvent toujours un facile accès auprès de vous. Je suis de ce nombre, vous le savez, et je dois donc vous exhorter à poursuivre heureusement votre course. Vous y êtes de vous-même assez disposée, et Celui qui vous a donné force et constance vous soutiendra jusqu'au bout. Mais comme parmi tant d'obstacles
qui viennent du monde et de la grande infirmité de
notre nature, les exhortations ne sont pas superflues, vous prendrez en bonne part celles que j'ose vous adresser. Certes parmi tant de dons que le Seigneur vous a accordés, tant de grâces qu'il vous a faites, la plus précieuse est d'avoir été, dès vos jeunes années, conduite comme par sa main au Christ, l'auteur du salut, la source de tout bien. Et c'est un motif de plus de suivre sa voie, vous qui possédez en abondance les secours spirituels dont les filles des princes et les monarques eux-mêmes sont si souvent privés.
Adieu, très-illustre dame et très-honorée princesse ; veuillez saluer en mon nom vos nobles sœurs et votre frère, cet enfant au cœur héroïque. Dieu vous couvre de sa bénédiction, et soit votre guide dans tout le cours de votre vie.
Votre humble serviteur,