Récits espagnols --
Les quelques récits que nous offrons aujourd'hui au public, parurent d'abord dans El Mensajero del Coït de Jésus de Bilbao. L'auteur les recueillit ensuite en volume et les publia, en 18S5, sous le titre de Lect liras recreativas.
Spécialement écrit pour la jeunesse, l'ouvrage a pour but de flageller les vices et les travers de la société, et de donner « à ceux qui n'ont que du dégoût pour tout ce qui, de près ou de loin, touche à la dévotion, » une lecture saine, attrayante, instructive et toute <( pleine des^ divines leçons du Cœur Sacré de Jésus. »
Écrites d'une plume alerte et vigoureuse, ces captivantes r\ouve\\es ton tes basées sur des faits historiques^1),^ furent justement remarquées: elles eurent même la bonne fortune d'être considérées, au lendemain de leur publication, comme un événement littéraire.
Un éminent critique espagnol, après avoir analysé chacun de ces récits et comparé leur auteur avec Pereda et Trueba, deux célèbres romanciers andalous, écrivait dans la Revista Popular de Madrid en 1885 : « Personne ne sait raconter avec plus de vérité que « le Père Luis Coloma un épisode de la vie réelle : « personne mieux que lui ne sait peindre avec plus « de naturel, de couleur locale, un cercle de famille, « un intérieur, les gens, les traditions et les coutumes « du pays. »
Voici l'intéressant portrait que M. René Bazin a tracé du Père Luis Coloma, dans la Revue des deux Mondes de février dernier :
« C'est un homme d'un peu plus de quarante ans, assez grand, assez fort, d'un accueil très simple. Il aie visage carré, les traits réguliers, les sourcils nets et noirs et une expression habituelle de lassitude, ou plutôt, il est de ces maladifs qui ont une physionomie à éclipses. Le jeu instinctif des muscles est devenu un
1. Note des éditeurs de El Mensajero faisant suite a la préface du Père Coloma, qu'on lira ci-après.
II PRÉFAC1 Dl TRADUCTEUR.
effort chez eux. Mais, dès qu'il parle, les yeux s'animent Le sourire est fin, spirituel, je dirais presque involontairement mondain. On sent très bien que ce religieux a souri dans un salon. )
Le Père Coloma naquit à Jerez de la Frontera, en Andalousie, le g janvier 1851. Son père était médecin. Encore très jeune, — il n'avait que douze ans, — il entra à l'École royale de Marine, d'où, cinq ans après, il sortait avec le titre de guardiq marina. Mais sur les conseils de son père, il renonça vite à la carrière navale et alla étudier le droit à Séville. A l'âge de dixhuit ans, il débutait dans les lettres par une nouvelle : Les délassements d'un étudiant. Une vieille amie de sa famille, la célèbre romancière Fernan Caballero, andalouse comme lui, corrigea ses premiers essais, et le présenta au public dans un prologue très louangeur. Un an plus tard, un journal de Madrid El Tempo, publiait une seconde nouvelle : Jean Misère.
Très répandu dans le monde, notre jeune auteur semblait appelé à se faire un nom dans la littérature et le journalisme, quand un matin, en 1874, on le trouva chez lui grièvement blessé d'un coup de revolver. A la suite de cet accident, il se fit jésuite.
Le savoir et l'éloquence du Père Coloma franchirent vite les murs du cloître pour se répandre dans la péninsule. La curiosité des Madrilènes fut vivement excitée lorsque le jeune orateur, d'avance célèbre, leur fut envoyé comme prédicateur.
Toutefois, la vivacité de ses attaques, les termes rudement évangéliques avec lesquels il apostropha son auditoire, composé de l'élite de la noblesse espagnole, contribuèrent, — dit-on, — à l'éloigner pour un temps de la chaire.
Mais le zèle du missionnaire était déchaîné. Les vérités redoutables qu'il ne pouvait plus faire éclater sous la voûte des basiliques, il se mit à les écrire.
« Tout m'est chaire, — dit-il en matière d'avertisse- « ment de l'un de ses premiers ouvrages ; — tout m'est « tribune d'où je puis et dois répandre la doctrine de « Jésus-Christ. Loin de mériter l'anathème, les ro- « manciers moralistes ne remplissent pas une moins « salutaire mission,ne sont pas moins dignes deremer-