‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 18 sur 26 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

nous fälint charger son caractère. Airisi, la’ part’ que’nous:lui faisons prendre à l'assasxinat du' dut . dé Buckingham, par l'entremise d'e'son fils supposé!

Mordaunt, le lugubre épisode du bourreat, etc:

pures affaires d'imagination. Maintenant, n6 vous semble-t-il pas, messieurs, qu'il a fallu deux tem: péraments bien différents bur créer les types’ si

opposés de caractère, de d’Artagnan, d'Athos, de‘ Porthos et d'Aramis, ainsi que ceux de: leuts laquais, los sieurs Planchet et Grimaud, Mousqué: ton et Bazin ? Aussi, la collaboration eët tellomént évidente dans cette œuvre, que Dumas a voulu que: mon nom parût à côté du sien, en tête de la pièce’ La jeunesse des Mousquetaires.

Ace momént, un nouvel invité fit son apparition dävis la’ pièce où non#nous tenions; joli cabinet de travail dont leÿ fenêtres aux’ châssis gothiques où. cadrant des vitraux de couleurs brillantes, lais stiènt tomber, en les parant de lueurs variéob, les’ räyôns du soleil couchant sur un bahut eh viet#" chêhe’ aux’ ciselures délicatement fouillées:

M. Édouard Pailleron, nous dit M. Claretie; en nôuë présentant au nouveau venu.

| Nous avions devant nous l'auteur dé là flhe comédie lé Monde où l'on s'ennuie, laquelle, depuis plus d’un an, fait toujours sulle comble au Théâtre- Français: M. Pailleron. âgé d'à peu près quarante ans,: est d’une taille moyenne, robuste d’épauless avec uno forte tête et une figure spirituelle qui s'anime à sa parole pénétrante. En sa qualité de

.gandidat à l'Académie, il pose un peu, comme il sied à un futur immortel. Il a bien manqué son élection une première fois, tenu qu'il était en échec, à çe,.que l’on prétend, par Caro, le philosophe mystico-mondain, qui n'aurait pu lui pardonner de l'avoir, paraît-il, mis en scène et ridiculisé dans la personne de Bellac, le philosophe à l’eau do senteur du Monde où l'on s'ennuie. On assure pourtant aujourd’ hui que M. Pailleron n’en passera pas moins à la prochaine réunion des Quarante, qui fera deux élus de plus contre cent mécontents 1,

Placé à table à côté de M. Maquet, je lui exprimai tout le plaisir que j'avais éprouvé autrefois. à la lecture de La belle Gabrielle, où sa résurrection de Chicot — personnage emprunté à La Dame de Montsoreau et aux Quarante-Cinqg et peut-être créé par lui-même — est un véritable tour de force.

— Comment! me dit-il, agréablement .surprig, l'on connaît donc mes ouvrages au Canada |

Mais comme vous voyez, M. Maquet. J'ai même fait.venir au pays, il y a quelques années, votre Histoire de la Bastille, dans l'espérance d'y trouver quelque renseignement sur Bigot, l'intendant prévaricateur de la Nouvelle-France au siècle dernier ; triste personnage d dont j'ai fait le caractère priucipal c de l’un de mes romans.

Je vous ai dit, n'est-ce pes, repartit M. Claretie,

1.M..Poilleron est aujourd'hni membre de l'Académie française.

que M. Marmette a écrit plusieurs romans tirés de l’histoire du Canada ? :

— Oui, oui; mais, reprit M. Maquet en s'adressant à moi, il faut me les faire connaître au plus tôt.

Je dus lui promettre de lui envoyer une couple de mes livres; ce que je fis le lendemain, en lui adressant l'Intendant Bigot et le Chevalier de Mornac, Quelques jours après, il m’en accusait la réception par la lettre suivante, que je me permets de reproduire ici, encore moins pour ce qu'elle contient d’aimable à mon adresse que pour ce qu'elle exprime d'obligeant à l'égard des Canadiens.

Château de Ste-Mesme, près Dourdan, (Seine et Oise.) Monsieur, Je suis en retard avec vous, mais vous voudrez bien me . pardonner. Je tenais à lire avec toute l'attention qu’il mérite cet ouvrâge d’un compatriote, d’autant plus intéressant qu’il est plus loin de nous. J’ai donc lu votre Intendant Bigot, ce roman plein d’action, de bonne cou. leur locale et partant de sentiments tels qu’on voudrait les trouver dans toutes les pages qu’on est condamné à lire. Votre expression est chaude, énergique et traduit bien vos convictions. Je vous envoie donc mes compliments sincères et je remercie ma bonne fortune qui m’s rapproch6 na instant de ces Canadiens de la pure race française qui tiennent à la vieille patrie par l'esprit, le cœur et l’ême, indissolublement, malgré le temps, la distance et les mers. a Recevez, monsieur et cher confrère, l’assurance de mes sentiments distingués et dévoués. :

A. Maquer.

68 dé É M. Maquet.vient de publier un livre remarquable, . —fuvre.tout.historique,—intitulé : Parissous Louis ÆEV. C'est un beau volume, orné de superbes

adres- it, 4 * æravures otdes.plus curieuses sur le vieux Paris.

plus et ouvrage, savamment étudié .et digne .de la L 2 xéputation de .son auteur, devra figurer dans nos M bibliothèques. | à M. | Mais.revenons chez M. Claretie. Le jour même ait la où nous étions invités chez lui, l’on venait d’en- Mia terrer Jules Noriac, le spiritéol auteur de La 5 u'elle Bêtise humaine et du 101e Régiment. La conversa- Lido tion devait naturellement tomber sur lui. Son vrai ions: nôm était Cayron. Voici par suite de quelles mal-

heureuses circor stances il dut le changer pour dan, 1 celui de Noriac, d'ailleurs plus sonore et sentant mieux 80n auteur. «

ien me À dix-huit ans, Jules Cayron n'était encore qu'un à qu’il modeste employé dans une petite maison de coms inté- merce de Paris, lorsqu'un jour, son patron lui com- | votre manda d'aller retirer le montant d'une facture 1e Cou.

chez un pharmacien: une trentaine de francs.

Hu C'était un samedi soir. Après avoir touché les t bien trente france, le jeune homme s'en alla chez lui mitite | sans retourner chez son patron, dont la boutique appro- | était formée à cette heure. Malheureusement pour açaise lui, le pauvre commis faisait, le lendemain, un œur et dimanche, rencontre d’une petite amie, qui le sup- . vnce et plia de la mener promener à la campagne. Lui se laissa tenter, et voilà nos amoureux partis pour À le mes Asnières, afin d'aller voir si les fauvettes y chan-

UET,

taient toujours la romance des amours printanières. O la gaie promenade, mais le triste lendemain ! Les trente francs du patron avaient payé les frais dé cette école buissonnière. Le pauvre gargon comptait bien sur un parent qu'il avait de par la ville pour rembourser le maître. Mais, méchanceté du sort! quand l’infortuné se présenta chez ce parent sauveur, celui-ci venait de sortir pour ne rentrer que le soir, Le malheureux employé dut donc retourner chez son patron les mains vides. ‘ Pour comble de misère, celui-ei s'était Ini-même rendu, le samedi soir, chez son débiteur, ot avait pu constater que la somme due avait été payée. À peine aperqut-il le pauvre enfant qu’il la lui réclama. En vain Cayron implora-til son indulgence en lui jurant que la somme minime, qu'il s'était laissé entraîné à dépenser inconsidérément, lui serait ponctuellement remise le lendemain matin, le petit négociant, inflexible et féroce, ne voulut rien entendre, et traduisit immédiatement en police correctionnelle le commis encore plus imprudent que coupable, Te pauvre onfant fut condamné à trois mois de prison. Ce lui fut une cruelle mais profitable leçon; car non seulement il sortit de là ce qu’il avait toujours été foncièrement, un honnête homme, mais il poussa toujours, par la suite, la probité jusqu’à la délicatesse la plus ombrageuse. Quand il entra dans l’arène littéraire— où il y a pour le moins autant de loups que d’agneaux—il Jui fallut changer de nom et de

anières.

emain !

les frais gargon par la hanceté chez ce Jour ne y6 dut a. vides.

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a lui ré- \ indul- 1e, qu'il rément, demain oce, ne atement re plus fant fut fut une oment il rement, s, par la plus oméraire— hps que n et de

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Cayron devenir Noriac. Longtemps ce travestissement fit ignorer son infortune; jusqu’à .ce qu'un jour, dans une polémique très acrimonieuse qui intervint entre Noriac et About, celui-ci, qui avait, on ne sait d’où, exhumé le péché de jeunesse de son adversaire, lui jeta brutalement au visage qu'il avait dû changer de nom comme on rejette un habit sale. Ce fut un grand scandale et qui porta à Noriac un coup tel qu'il ne s’en remit jamais.

Il vient de s'éteindre à Paris, après deux ans de la plus terrible agonie, rongé par ce mal affreux qu'on nomme le cancer des fumeurs.

— Ce trait si cruel de la jeunesse de Noriac, nousdit M. Claretie, me rappelle une bien plus terrible aventure arrivée à Jules Lecomte, écrivain distingué de son temps ct mort en 1864. Alors qu'ilétait encore jeune, Lecomte entretenait des relations, par trop intimes, avec la femme de l’uu de ses amis, Poussé un jour par le besoin, il s'oublia jusqu’à contrefaire une signature pour se procurer de l’argent. On n’a jamais su comment, mais le mari trompé, qui ne se doutait que trop de son mulheur, eut vent du faux dont Lecomte s'était rendu coupable, acheta à prix d’or cette terrible pièce de conviction, et puis, pour se venger, dénonça le faussaire à la justice. Celui-ci fut condamné et forcé, lui aussi, do passer par la prison. Le châtiment, hélas! mérité ne lui profita pas moins qu’à ce pauvre Cayron, pourtant moins coupable que Lecomte, qui fut toujours aussi, depuis lors, des plus rigides sur la ques.

La

tion d’honnêteté, Ce qui n’empéocha pourtant pas Aurélien Scholl de remettre au grand jour, dans le cours d’une discussion très vive dans la presse, cette tache du passé de son adversaire.

. — Je n'étais encore qu’un gamin, à cette époque, ajouta M. Claretie, et je venais de faire mes débuts dons le journalisme. Sans même connaître Lecomte, je pris sa défense. Le lendemain du jour où parut mon article, je regus de Lecomte une lettre qui me priuit de passer chez lui, C'était alors un vieillard. Il m'accueillit les larmes aux yeux, me remercia avec attendrissement d’avoir pris fait et cause pour un inconnu, et me conta sa triste histoire, Quel terrible dénouement de drame, n'est-ce pas ? que cette vengeance raffinée du mari trompé!

Sur les onze heures, nous prenions congé de nos très aimables hôtes. Comme nous revenions, je songeais, à part moi, dans le silence du wagon à peine éclairé, à ces cruautés de la vie artistique et littéraire, qui attire pourtant de si nombreux papillons autour de cette flamme brûlante de la gloire, à laquelle tant de malheureux :illuminés vont se roussir les ailes.

Devant nous, dans la vaste plaine, sous le ciel noir, flamboyaient les milliers de lumières de Paris, immense fournaise dans laquelle les passions sont chauffées à blanc, pandémonium où, depuis des siècles, des millions d'hommes se sont tordus en désespérés dans les larmes, le san g ou le feu.

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