‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 21 sur 26 · PROMENADE DANS PARIS · texte numérisé non relu

PROMENADE DANS PARIS

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rent ) à Pour le bibliophile, l'amateur de bibelots et des

apte | productions de l'esprit de toutes espèces, l'endroit

7 le plus charmant de Paris où vous puissiez prome-

Ces ner vos rêvories est certainement le quai Voltaire

dédie ; et le quai Malaquais. “ Les boulevards, a écrit M.

plus Claretie, c’est la vie même do Paris, et comme son Ë petit journal. Mais les quais, c'est son passé, c'est

t les ; son histoire, c'est sa véritable bibliothèque, ”?

ecu Si donc, vous le voulez bien, nous nous éloigne-

ne rons, pour aujourd’hui, des immenses artères où le

pouls de la grande ville bat son plein, et, par une

de ces tièdes journées d'avril, qui sont le renouveau de l’année parisienne, nous irons de compagnie dénicher des souvenirs littéraires et artistiques dans ce coin plus silencieux de la capitale du monde intellectuel.

Lorsque, laissant derrière soi le portique de la Chambre des députés, on remonte la rive gauche de la Seine, l’on suit d'abord le quai d'Orsay, auquel Boucher d'Orsay, prévôt des marchands, donna son nom au commencement du dix-huitième siècle. Ce quai est tout d’un aspect solennel, bordé qu'il es à droite par des ministères, des ambassades, des hôtels aussi graves, aussi corrects que les personnages de distinction qui les habitent. Viennent ensuite le palais de la Légion d'honneur. incendié par la Commune et rebâti par les légionnaires aussitôt après ; et puis, à côté, les ruines majestueuses de la Cour des comptes, dont les murailles calcinées et noircies témoignent encore de la folie furieuse des communards de 1871. Après avoir enfin longé la caserne et le café d'Orsay, nous voici vis-à-vis du pont Royal, à la têto duquel commence le quai ‘Voltaire. Le philosophe de

Ferney lui a laissé son nom pour être venu mourir

dans une maison située à l'angle de la rue de Beaune et du quai dont il est devenu le parrain. Une inscription rappelle qu'il mourut au premier étage, chez son ami, le marquis de Villette, dans un appartement que l’on tint fermé jusqu’au temps du premier empire. On en profita, pendant la

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Terreur, pour y cacher, sous la protection du souvenir de Voltaire, ceux-là mêmes qu'il avait tant accablés de sa haine et de ses sarcasmes, des prêtres |

A côté de cette maison historique est l’hôtel Voltaire. Il me souvient que c’est ici que notre historien, M. Garneau, descendit lors de son premier voyage à Paris, en 1831. En évoquant la mémoire de ce grand esprit, si éminemment habile à redonner la vie aux choses du passé, ne trouvezvous pas curieux comme moi de connaître les impressions de l'illustre voyageur à la vue de ce merveilleux Paris dont, comme nous, il avait si souvent rêvé avant de le voir, et qu’il aimait tant à se rappeler par la suite.—“ J'avais hâte, dit-il d’abord en débarquant à Calais, de fouler cette vieille terre de Frauce dont j'avais tant entendu parler par nos pères, et dont le souvenir, se prolongeant de génération en génération, laisse après lui cet intérêt plein de tristesse qui a quelque chose de l'exil.” Et, plus loin, rendu à Paris: ‘Je escendis à l'hôtel Voltaire, en face du Louvre. La Seine seulement nous séparait. On célébrait, ce soir-là l'anniversaire de la révolution de l’année précédente, qui avait mis Louis-Philippe d'Orléans sur le trône des Bourbons. Je passai sur un balcon, d'où je pus voir le feu d'artifice qui se tirait sur le pont d’'Arcole.. Le spectacle que'j'avais sous les yeux avait quelque chose de féerique. À mes pieds, c'étaient les quais où se pressait une foule immense,

et la Seine où se réfléchissaient mille flambenux. En fuce, les Tuileries et le Louvre ; à ma droite, le portail de l’église Saint-Germain l'Auxerrois et plusieurs ponts jusqu’au Pont-Neuf ; à ma gauche, le pont Royal, le pont ot la place de la Concorde, le jardin des Tuileri:s, les arbres des Champs- Elysées et, dans le lointain, l'Arc de triomphe de l'Etoile tout rayonnant de lumières. Des lignes enflammées, embrassant l'horizon de tous côtés, éclairaient cette vaste étendue et permettaient aux monuments de dessiner leurs grandes masses sur les ombres de la nuit, tandis qu’à leur pied, les rayons tombés des flambeaux doraient la tête des promeneurs et faisaient étinceler les armes des patiouilles. Le ciel était en feu. Des fusées de toutes lés formes et de tontes les couleurs s'élevaient de tous les points de Paris. Je passai une partie de la nuit au milieu de ces enchantements. Le lendemain, je m'éveillai comme après un rêve de choses merveilleuses. En rouvrant les yeux, j'apergus devant moi la galerie du Louvie. Ma chambre était en face de ce palais, et je dus commencer à reconnaître la réalité du spectacle qui, la veille, avait saisi mon imagination.”

Il faut avouer que Paris, cette grande coquette, avait, ce soir-là, revêtu ses plus beaux atours, comme pour fuire honneur au jeune étranger venu de si loin pour la voir !

Depuis le commencement du quai Voltaire, en passant par le quai Malnquais et celui de Conti,

jusqu’au Pont-Neuf, d'où Henri IV, du haut de son fier cheval de bronze, laisse tomber son sourire sceptique sur le bon peuple de Paris, la librairie, le bric-à-brac envahissent tout, parapet des quais, devantures des boutiques et rez-de-chaussée au plafond bas d'en face. A l’étalage en plein air s'offrent partout les livres, l'imagerie de moindre valeur, les trop fréquentes averses du ciel parisien ne permettant pas d'exposer aux intempéries de l'air les éditions princeps et les gravures avant la lettre. Voulez-vous plutôt admirer des incunables authentiques, de vrais elzévirs, des pasdeloups irréprochables, traversez la rue et vous arrêtez aux vitrines qui longent les quais à perte de vue. Là, des milliers de chefs-d’œuvre de l'imprimerie, de la reliure et du burin charmeront votre regard, tandis que, tout à côté, s’amuseront à vous tirer l'œil toutes les merveilles du bric-à-brac : vieilles armures damasquinées d’or ou d'argent, épées à poignée finoment ciselée par quelquo maître-armuürier des quinzième et seizième siècles, bühuts d’ébène, coffrets mauresques aux délicates et fantasques incrustations de cuivre ou de nacre, lustres en vieux cuivre fouillés à jour, émaux cloisonnés, fuïences de Bernard Palissy, ivoires, potiches, statuettes, porcelaines de Chine, de Saxe ou de Sèvres, tout cela vrai souvent, mais parfois aussi imité avec une perfection telle que des connaïisseurs sérieux ont pu s’y laisser préndre.

Mais, croyez-m'en, il ne fait pas bon s’attarder

à reluquer toutes ces curiosités: l'œil d’abord s'y laisse prendre, l'esprit ensuite, et enfin votre porte-monnaie plus que vous ne l’anriez voulu peut-être, Retournons au paraupet, où les caprices sont moins dangereux à sutisfuire, Pour ceux qui, comme moi, aiment les livres pour le plaisir raffiné qu'on éprouve à les lire, et non pour la satisfaction stérile de posséder des exemplaires plus ou moins rares d'ouvrages que l’on n’étudiera jamais, voici l'endroit où l’on peut faire, aux plus bas prix, ample provision de pâture intellectuelle. Depuis les feuilletons populaires jusqu'aux productions plus sérieuses de la littérature et aux ouvrages de droit ou descience cédés à vil prix par des étudiants besogneux, on trouve ici au meillour compte, et s’étalant sur un parcours de près d'un mille, à peu près tous les éléments d'une bibliothèque de choix.

Un cri parti du pont des Saints-Pères, près duquel nous passons, nous fait dresser l'oreille, Il est poussé par un gamin qui se penche sur le gardefou, en se fuisant un porte-voix de ses deux mains. — Hé! là-baslçga mort-il ?...— Une bordée de jurons qui monte de la berge, nous révèle aussitôt la présence d’un pêcheur malheureux que la voix éraillée du gamin a brusquement tiré de sa béate espérance. Pour peu que nous nous penchions

aussi sur le parquet du quai, nous apercevons, tant

que la vue peut porter, en. aval et en amont du fleuve, une armée de pêcheurs à la ligne qui, d'un

œil anxieux et d'un hamegon inoffensif, fouillent vainement en tous sens l’eau bourbeuse de la Seine, laquelle, en cet endroit du moins, contient bien des choses, le poisson excepté. Ce qui n'empêche pas que, dans Ja belle saison, comme dans la mauvaise dn reste, ce fleuve en miniature ne soit couvert de pêcheurs, les nns duns des bateaux ancrés au milion du courant, d'autres dobout sur des trains de bois, ceux-là sur la rive, ceux-ci plus à l'aise — les moins convaincus, les tièdes — jambes pendantes sur le parquet inférieur des quais, tous attendant le poisson qui n'arrive jamais ou qui ne se montre, à de bien rares intervalles, que sous une forme si déplorablement exiguë, que c'est vraiment étrange de voir cette passion aussi malheureuse que tenace chez un peuple sceptique et remuänt comme le parisien. On’ se rappelle en core avec stupéfaction tout un groupe de ces chevaliers de l’hamegon, qui, lors du siège de 1870, et même durant la Commune, suivaient, impassibles à leur poste ordinaire, le mouvement de leur ligne agacée par le seul courant du fleuve, alors que les obus prussiens venaient éclater auprès d'eux, et que, à deux pas, les Tuileries, le Louvre, le palais de la Légion d'honneur et la Cour des comptes, incendiés par les communards, 8e tordaient dans un gigantesque embrasement qui enflammait le ciel et empourprait le fleuve comme ‘une longue traînée de sang. Mais laissons ces stoïques tendre leurs hamegons à une proie chimérique, sans plus s'occuper des révolutions qui pas-

sont ot des trônes qui s'écroulent que des bateauxmouches qui sillonnent la Seine on tous sens et des blanchisseuses et des chiens qui barbottent à côté des pêcheurs, et continuons notre promenade et nos observations. Aussi bien s'oifre à nos regards uno figure qu'il eût été vraiment dommago de laisser passer sans lui donner notre attention, d'autant plus que cotte physionomie fuit nécossairement partie du tableau vivant qui anime l'étaluge des bouquinistes, Presque toutes les après-midi, quand il ne pleut pas, uu vicillard, vert encore, au teint frais, à l'œil vif, à la figure fine et bienveillante, reprend son éternelle promenade le long des parapets couverts do livres — ses plus chers amis. Ce doyen peut-être des bLibliophiles de Paris, co grand dénicheur de livres yares, c’est M. Xavier Marmier, de l'Académie française, Pour donner uue idéo de ce que cette passion de bouquiner a dû lui procurer de vives jouissances, il me suffira d'ajouter, ce qui le peindra d’un trait, que, par une clause de sou testament, M. Murmier laissera, dit-on, une somme assez ronde pour couvier, après 8a mort, tous los bouquinistes de Paris à un dîner plantureux.

Mais il m'a reconnu, l'érudit et aimable bibliophile! — Comment vous portez-vous, cher ami ? me dit-1l avec bonté, Et le voilà qui passe familièrement son bras sous le mien et se met à marcher doucement avec’ moi, tont en me demandant des nouvelles de ce Canada qu'il aime tant.

caux- L Ainsi devisant, et nous arrêtant parfois tous deux pt des 11 pour feuilleter un livre dont la reliure ou le titre a à côté Le fixé notre attention, nous arrivons au pont des ôt nos M Arts Le tour de Nesle, la fameuso tour de Nesle S ‘uno | à de romantique mémoire, s'élevait là, sur notre iaser EL droite, au lieu même où se dresse aujourd'hui le utunt LL. classique Institut de Franca ment L Il y a séance solennelle à l’Académie, M. Mare des LU mier me le rappelle et me demande si j'ai requ le uand | M billet d'admission qu'il m'a envoyé la voille. Je teint L lui réponds affirmativement ot l’en remercie. — ante, D Vous entrez ? me dit-il.—Certes ! jo n’uurais garde para- L 4 de manquer d'assistorà cette fête de l'esprit! —Il Ce L vous va fulloir faire queue, remarque en souriant s, co LL. mon interlocuteur, Et il me montre la foule qui avier Li ftationne à l’une des portes latérales du temple où '

les quarante Immortels pontifient dans toute la dignité de leur gloire.

Mon illustre compagnon me donne une poignée

"une de main, et disparaît par la porte centrale, tandis it-on, que je vais me confondre avec le commun des mormort, tels, privilégiés'cependant, qui attendent, quelquesantu- uns depuis plus d’une heure, que l’on ouvre les portes donnant accès aux tribunes du palais.

blio- On allait, ce jour-là, lire les deux rapports de mi ? l’Académie sur les ouvrages couronnés et sur les >asse prix Montyon accordés aux plus beaux exemples net à de vertu remarqués durant l’année. Comme toutes nan- les séances de l’illustre corps, qui sont bien courues

par le monde élégant, celle-ci avait attiré un grand

nombre de personnes, et les quelques centaines de sièges que la salle peut contenir étaient occupés jusqu’au dernier. La partie inférieure de la rotonde du dôme de l’Institut, le parquet, est occupée par les académiciens, par les parents des deux rapporteurs, et, aux jours de réception, pa ceux des récipiendaires. Ces quelqües privilégiés, des dames surtout, ont seuls l’avantage de s'asseoir tout près des membres de l’Académie. Le gros des spectatours prend place dans des tribunes en amphithéâtre d'où l’on a l’honneur de dominer l’auguste assemblée.

Mon billet me plagait dans l'amphithéâtre du nord, en face du bureau. Il y avait bien une heure que j'étais occupé, en attendant comme tout le monde à lorgner et analyser les toilettes charmantes de ces incomparables Parisiennes qui étalaient complaisamment aux yeux braqués sur elles leur coquets minois, leurs robes fraîches, leurs bijoux et leurs dentelles de grand ton, lorsque enfin les deux portes placées à côté du bureau s'ouvrirent. Votre deux haies de soldats qui leur présentent les armes, les académiciens apparaissent. J'en reconnuis quelques-uns dont lagravure a rendu les traits familiers à chacun : le premier d’entre tous, Victor Hugo, la plus grande personnification de la poésie au XTXe siècle. Cette tête blanchie par près de quatre-vingt-trois hivers et couronnée d'une auréole de plus de soixante années de gloire, je la revois bien telle que je me la devais fixer dans la

mémoire, deux heures plus tard, en face du beau portrait que Bonnat, l’habile artiste, a fait de l'auteur des Contemplations. Assis dans l'attitude du pensour, il appuie sur sa main droite ce vaste front où s’anima tout un monde de prodigieuses créations qui ont promené la renommée de Victor Hugo sur tous les points du globe. Ses youx pergants plongent dans les profondeurs des siècles pour en sonder les mystères et les révéler à l’humanité attentive à la voix de son barde si longtempà inspiré.

"Et puis, ce sont: Alexandre Dumas, fils, non moins célèbre aujourd’hui, du plus merveilleux conteur qui existât jamais; Xavier Marmier, le révélateur, en France, de la littérature des pays du nord de l’Europe et le bienveillant ami du Canada; Jules Simon, avec qui j'avais eu l'honneur de déjeuner chez M Murmier en compagnie de MM. Chapleau et Fabre; Henri Martin, qui, dans son Histoire de France, a parlé du Canada avec un enthousiasme qui nous fait tant d'honneur, et qu’il me fut doriné de connaître personnellement quelques mois avant sa mort; Sardou, le spirituel auteur dramatique, dont la figure railleusc reflète tout l'esprit qui pétille dans ses Faux Bonhommes et dans Divorçons. Enfin, Renan, qui, malgré son scepticisme, n’a pu se départir de ses airs de séminariste défroqué, et qui, de loin, a toute la tournure d'un bon gros bedeau de cathédrale,

J'en passe et des meilleurs.

— La séance est ouverte, dit le secrétaire perpétuel, M. Camille Doucet, Il prend la parole d'une voix un peu grêle, mais qui sait nuancer avec art les passages délicats qui abondent dans son rapport sur les ouvrages couronnés par l’Acudémie. Au nombre de ces livres se trouvent deux romans exquis: Le crime de Sylvestre Bonnard de l'Institut par M. Anatole France, que je devais connaître plus tard, et L'abbé Constantin par Ludovic Halévy.

Mais le nom qui provoque les applaudissements les plus prolongés est celui de Gustave Nadaud, auteur de tant de chansons si populaires jusque chez nous, et dont l’Académie s’est plu à couronner l’œuvre si gauloise et ri profondément philosophique sous ses dehors légers.

Nadaud est là, assis, radieux, à côté de ses juges qui lui sourient.

‘“ Est-ce un poète, est-ce un musicien, est-ce un philosophe ? dit M. Camille Doucet, C'est tout cela, Messieurs, c’est un chansonnier. Depuis plus de trente ans il chante ; ses chansons nons sont allées au cœur et nous les avons tous chantées après lui:

C’est bonhomme Qu’on me nomme |

a-t-il dit un jour, et le nom lui en est resté. J'allais vous parler du talent, de la belle humeur, du dé- | sintéréssement, de toutes les vertus de ce bonhomme, je m'arrête. Déjà, du milieu de vous,

e perpéle d'une Avec art rapport ie. Au romans Tnstitut bnnaître Halévy.

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jusque ouronphilo.

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Vous,

j'entends s'échapper comme un écho d'un refrain connu qui nous dit:

— Vous avez raison | ”

Et l'auditoire d’applaudir avec d'autant plus d'entrain qu’il sent bien que c’est peut-être à l’œuvre du dernier vrai chansonnier de France qu’il accorde ses chaleureux suffrages, Car, avec bien d’autres bonnes choses encore, aveé la franche gaieté gauloise, par exemple, la véritable chanson française est tout près de disparaître de France. Hélas! cette bonne, sémillante et si fine chanson de Béranger, de Désaugiers et de Dupont no se chagte plus à Paris, où maintenant on beugle et on applaudit, dans les cafés-concerts, tout ce qu'il ya de plus bête comme couplets et de plus atroce comme musique. Voilà pourquoi, sans doute, l’Académie s'est empressée de déposer une cou. ronne d'immortelles sur l’œuvre du dérnier chansonnier de France. Certes Nadaud peut-il être fier de son succès; mais peut-être pas sans tristesse, car ne sont-co pas là fleurs de cimetière ?.…

A M. Camille Doucet succède M. Mézières, chargé de la lecture du rapport sur les prix de vertu. Plein de son sujet, il débute d’une voix retentissante, mais s’enroue au bout de cinq minutes, au point que bientôt on l’entend à peine. En vain M. Doucet inonde son confrère de verres d’eau sucrée, la voix de l'immortel n’en descend pas moins aux plus infimes proportions.

Est-ce le débit monotone et étouffé du rappor-

teur, cst-ce l'effet de la chaleur écrasante qui règne dans la salle, ou bien la longue énumération de tant de traits de vertu groupés en imposante phalange ? je ne saurais le dire; mais je vois, Dieu leur pardonne ! quelques-uns des immortels — Victor Hugo tout le premier—incliner doucement la tête de droite et de gauche et sommeiller comme de simples humains. Enfin, la voix de M. Mézières s'éteint dans un suprême effort pour couronner sa centième rosière, et chacun 8e précipite au dehors pour y retrouver un peu d’air respirable.

À peine avons-nous fuit quelques pas en, revenant sur le quai Malaquais, qu’une grande affluence d'équipages de maîtres, stationnant à la porte du palais des Beaux-Arts, nous rappelle que l’on vient d'y ouvrir l'exposition des portraits du siècle. L'idée de réunir cette collection de merveilleuses toiles disséminées par tous les coins de Paris, est due à la Société philanthropique, qui s’est adressée aux grandes familles et aux collectionneurs de la capitale pour en obtenir l’autorisation d'exposer quatre cents portraits historiques au profit de cette œuvre de bienfaisance. Fondée en 1780, la Société philanthropique entretient dans Paris trente-doux fourneaux, trois asiles de nuit pour femmes et enfants, un hospice pour les vieilles femmes, onze dispensaires pour les adultes et un dispensaire spécial pour les enfants. C’est donc faire œuvre de charité que de suivre la foule élégante qui 8e presse à l'entrée du palais des Beaux-Arts. Et

> qui règne ération de sante phavois, Dieu mortels — doucement ommeiller oix de M.

; pour cou- ) précipite respirable.

y en revee affluence , porte du l’on vient du siècle, rveilleuses Paris, est t adressée eurs de la d'exposer t de cette la Société onte-deux mmes et mes, Onze spensaire re œuvre te qui 8e Arts, Et

certes n'aurons-nous point d’ailleurs à regretter notre aumône! Comme à toutes les expositions de ce genre, l'élite de la société se réserve un jour ou deux par semaine en haussant le prix d'entrée, ce qui éloigne la grosse foule. Nous n’aurions pu mieux tombe’, c'est le jour des privilégiés de la naissance et de la fortune. Le vw’lan, le pshutt, comme on dit en ces derniers temps à Paris, en un mot, pour parler français, la fine fleur de la société parisienne s’est donné rendez-vous au palais des Beaux-Arts. L'élégance de bon ton des toilettes féminines, le grand air, voire la mine adorablement hautaine des femmes, la correction de mise

et de tenue des hommes, qui s'inclinent devant leurs idoles avee cette suprême distinction que

donne seule la fréquentation habituelle des salons, tout nous dit que nous sommes en présence de ces cinq ou six cents personnalités qui donnent le ton à Paris, au monde entier. Mais n’allons pas nous laisser éblouir par tout ce monde plein de superbe, pour lequel nous, pauvre étranger, n’existons

même point, pas plus que nous laisser griser par

ces enivrants parfums de femme émanant des boui!lons de dentelles et de soie qui nous frôlent en passant de leurs énervantes caresses ; fuyons aussi les troublants regards que ces reines de la mode laissent tomber sur nous avec la chaleur distante d'un rayon de soleil qui n'en brûle pas moins à des millions de lieues, et allons reprendre nos rêvories en passant la revue des grandes figures historiques que l’art a fixées sur

les quatre cents toiles appondues aux murs du palais.

Nous ne saurions, dans cotte visite rapide et dans l'entraînement du tourbillon humain qui nous pousse et nous emporte plus vite que nous ne voudrions aller, nous ne pouvons songer à nous arrêter devant chaque portrait, à résumer, même le plus succinetement possible, les impressions diverses que chacun d’eux nous cause, les intéressants souvenirs qu'ils nous rappellent tous. C'est même à peine si nos yeux ont le temps de se fixer sur une cinquantaine parmi ceux que la nature de nos études littéraires et de nos préférences personnelles nous porte à examiner avec plus d’attention. Voici donc, au hasard du catalogue qui nous guide, les figures qui nous frappent le plus à mesure qu’elles défilent devant nous.

C'est d’abord une des reines du chant, peut-être la première entre toutes, qui s'offre à notre contemplation, la Malibran! Comment une créature aussi frêle a-t-elle pu remplir le monde entier des prodigieux éclats de sa voix ? C’est que, dans ce corps débilo, un merveilleux organe obéissait aax élans d’une âme éperdue d'idéal et d’une virtuosité que les vers de Musset ont immortalisée :

Chaque soir, dans tes chants, tu te sentais pâlir. Tu conuaissais le monde et la foule et l’envie, Et dans ce corps brisé concentrant ton génie, Tu regardais aussi la Malibran mourir!

ux murs du

te rapide et nain qui nous que nous ne )nger à nous umer, même pressions di- , les intérestous. C'est ps de se fixer ue la nature férences perec plus d’atcatalogue qui ent le plus à

int, peut-être à notre conune créature je entier des que, dans ce obéissait aax ne virtuosité sée :

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À quelques pas, Balzac, peint par Boulanger, dans ce froc blanc de moine qu'il aimait revêtir aux heures du travail. Curieuse antithèse entre ce costume de cénobite et l’œuvre du plus grand analyste du cœur féminin qui ait peut-être jamais existé |! Quelle intelligence, quel monde de créations variées s'agite dans ce vaste front, blanc comme du marbre sous cette épaisse chevelure noire rebroussée en arrière ainsi qu'une crinière de lion! Et dans cos yeux étincelants comme deux diamants noirs, quelle inspiration, quel feu surnaturel dans ce miroir où se reflètent les flamboiements du génie créateur de la Comédie humaine !

Salut à toi, Kkuchel, reine de la tragédie, qui rajeunis dans ce siècle l’art antique de Melpomène ressuscité par Corneille et Racine! Le beau front pour porter la couronne, et comme dans ton regard profond et sombre se réfléchissent toutes les fatalités que l'antiquité a jetées sur la scène !

Et toi, Berlioz ! tête d’aigle, irrité de voir, de ton vivant, ton génie méconnu par la France, alors qu'à l'étranger l’on t’acclamait comme l’un des plus grands maîtres de la musique modérne, laisse un petit-fils de la France s’incliner devant toi ; car ta magistrale symphonie dramatique la Damnation de Faust m'a fait éprouver les jouissances les plus vives qui aient jamais fait vibrer les fibres de mon être!

La taille prise dans une redingote d'homme, les cheveux coupés sur le con en boucles épaisses, les

yèux brillants comme deux escarboucles — cés yeux dont la flamme brûla la vie de Musset | — très pâle, et rêveuse comme une vignette des romans de l'époque où elle écrivait Indiana et Valentine, telle est Geoïge Sand dans cette petite tôilé de- Delacroix, qui est un chef-d'œuvre, et telle elle était — fantasque créature en rupture complète avec les convenances — lorsqu'elle composait ses exquises Lettres d'un voyageur, en parcourant l'Italie un bâton de touriste à la main, tout comme un étudiant ou un rapin à la recherche d'impressions et d'aventures.

Encore un Delacroix, encore une merveille du pinceau qui nous a conservé les traits d'une célébrité de l’art. Maire, pâle, l'air fatal, avec do petitos moustaches ombrant des lèvres minces, marquées À poine au-dessous de deux grandes rides qui entaillent les joues comme les deux S d’un violon, c’est bien là Paganini, ce virtuose endiablé, cet archange du violon, que la légende accusait d'avoir assassiné sa maîtresse et d’en avoir ensuite emprisonné l'âme dans son instrument. Frappé du sceau dont l'empreinte est visible sur la face de ceux qui doivent mourir jeunes, la figure de l'artiste semble, sur la toile, revivre de la vie surnaturelle de delà le tombeau. Ce n’est plus un vivant, c’est un mort au moment de la résurrection. On dirait ce portrait fait pour continuer et confirmer la légende des sinistres aventures qu’on 80 plaisait à lui attribuer, quand son prestigieux talent émerveillait l'Europe.

s— cés set | — des roet Vapetite et telle D comMn posait ourant omme

mpres-

ille du 6 célé-.

petitos quéès À entail- 1, C’est ‘hange aSSAS- ‘isonné u dont ui doiemble,

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1 mort a porgende attrieillait

Mais voilà que le courant de la foule nous attire et nous emporte, sans que nous ayons le temps dé nous récueillir en présence d’une multitude de personnages d'époques différentes, et qui, passés à l'immortälité, ne paraissént nullement surpris de 86 tronvèr hnäléteñsnt côto à côte : Guizot, Thièrs, tôuis XVI, Gluck, Louis XVII, le prince Éugèrs, Mtle Düchésiots, Mile Georges, Royer-Collard et M. dé Baränie.

… Pourtant; résistant au flot qui passe, ariétonsnous quand même devant ce pastel de Giraud.

Celui dont le peintre dessina les traits eût pu garder le titre de marquis de la Pailleterie. Il se contonta de porter le nom du général républicain Dumas, et de devenir lo plus amusant, le maître conteur de ce siècle, et de tous les autres. La bonne, large. et sympathique figure, exubérante de gaieté communicative et d'intelligonce primesautière |! Que de héros sont sortis tout armés de celle grosse tête crépue pour faire la conquête du fonde intellectuel !

Non loin de lui, Chateaubriand, grande figure, pose, drapé dans son immense orgueil et dans son éternel ennui de toutes choses. Que c’est bien là l'illustre vaniteux qui ne cessa de répéter j jusqu'au dernier j jour : ‘Je m'ennuie, je m'ennuie de la vie; ‘ l'ennui m'a toujours dévoré: ce qui intéresse les & âutres hommes no mé touche point. Pastour on “roi, qu aurais-je fuit de ma houlette où dé ma “ couronne ? En Europe, en Amérique, la socivté

‘ et la nature m'ont lassé.,, Puissance et amour, ‘ tout m'est indifférent, tout m'importune |?”

A côté du grand écrivain dont la maussaderie de caractère perce duns tous les traits, voici bien la plus charmante figure de femme qui puisse respirer le talent, la jeunesse et le plaisir de se sentir vivre de la vie intellectuelle et physique. C’est Mme Delphine Gay-Girardin, dans tout l'éclat de ses vingt ans ot de sa beauté. Avec sa robe de mousseline blanche, serrée à la taille par un large ruban de satin bleu, avec son auréole de cheveux d’or et son écharpe bleu de ciel artistement jetée sur l'épaule gauche et retombant avec grâce sur le bras droit, elle est bien telle qu’elle apparut à la première représentation d’Hernani, où l’ardente jeunesse de 1830, qui allait acclamer Victor Hugo et le sacrer grand poète, applaudit à outrance la fière beauté accoudée sur le bord de sa loge, dans l’attitude d’une muse en extase.

Voici Napoléon! Qu'il nous paraît petit, perdu dans les replis d’hermine de sa toge d’empereur ! et comme il nous a toujours semblé plus grand, malgré sa petite taille, dans les portraits qui nous le montrent franchissant les Alpes à cheval pour commencer la conquête de l’Europe, ou debout sur le rocher de Sainte-Hélène, les yeux perdus sur la mer immense comme sa renommée!

À côté de lui, Talleyrand, ce Machiavel de la po-

litique moderne. Le dédain superbe qui tombe de son œil et de ses lèvres hautaines n’est pas de

vature à nous faire oublier qu'il servit et trahi & successivement tous les pouvoirs auxquels il sut

ie de s k ra un TA imposer la puissance de ce génie d’intrigue que vêBe ï. l'on est convenu d'appeler poliment, suivant” le tits | | cas, politique ou diplomatie, C'est | M Dans un admirable pastel de Prudhon, nous apt de | paraît, digne dans sa mélancolie d'épouso répudiée, Le de ! l'impératrice Joséphine, à qui il ne manqua, pour arge 3 être la plus heureuse et la plus aimée des fommes, eux EL que de n'être point celle d’un empereur. jetée | Lamartine, par Ary Scheffer ! Le plus suave des ur lo L ! poètes par le plus poète des peintres ds ce siècle. Le à la front, les yeux, sont du doux auteur des Méditae jeu- | tions et de Graziella ; maïs le bas de la figure, aux go et | lèvres sévères, me parle du tribun, de l’auteur des fière EL | Girondins, doublé de l’homme politique incompris ’atti- ; et récemment revenu des illusions du pouvoir.

Avec tes épaules pliant sous le poids des plus erdu L | sombres pensées, sous le fardeau du remords peutri et | être, figure tourmentée de Lamennais jetant au algré h monde les effroyables Paroles d'un Croyant, il me mon- LE | semble t’entondre dicter la terrible vision des Sept com- Lo | rois sur leurs sept trônes de fer.

ur le » Sa Majesté l’impératrice Eugénie! Inclinons-nous ir la | en présence de la plus grande infortune de ce

| à temps, en face de celle qui fut impératrice, épouse à po- à et mère, et qui, jetée violemment sur la terre de e de | l'exil, a tout perdu, beauté, trône et famille, et à s de LL brisée par la douleur, descend lentementla longue

spirale de sa désolation.

Du premier coup d'œil, je te reconnais, minois bigarre de la plus cascadeuse des actrices, qui ne to fais pardonner tes caprices et tes incartades insensées qu'à forco de talent, Oui, Sarah Bernhurdt, ce sont bien là cos yeux d'un noir d’ onfor qui to brûlent la moitié du visage, et qui, de la scène, lancent ces éclairs dont le fluido électrique fuit frémir los milliers d'auditeurs quo tu tiens halctants sous le charme.

Bien pris dans une taille relativement petite, voilà le marquis de Gallifot, le plus brillant général de cavalerie, et peut-être, dit-on, le futge vengeur de la France.

Voilà S, A. R. le prince. de Galles, le, préaident de la République, Es Grévy, et. le, dus d'Au male, dont los figures sont familières, à tous. Quoiqu'il ne soit pas moins connu, cartes, et Lien au contraire, comment ne pas nous. arrêter en face de l'auteur de Rolla, dos Nuits, de. l'Ode à la Malibran, et de la lettre à Lamartine, qui-saperbg égoïste, qu'agtu fuit Ià?—ne daignn même pas répondre e # set envoi de vers aussi beaux que 868 plus belles inspirations | Longtemps, bien longtemps m'arrêtai-je en face de ce remarquable pastel. de Landelle, pour me fixer dans l'esprit. châcun des traits de mon bien-aimé poète, de celui de . mes prédilections : très blond, le teint clair et coloré sur les pommettes,. la lèvre inférieure senauel| et la supérieure gonflée au milieu par un riéLug douloureux.—Les tristesses humaines que ta 3

traduites en immortels sanglots, amant infortuné, ont laissé leur empreinte sur ta face. C'est quo tu les avais plus vivement, plus cruellement ressenties, peut-être, qu'aucun autre avant toi. Et voilà pourquoi, avec ton génio, tu seras toujours le chantre de l’xmour et de la jeunesse, qui trouve en tes lamentations sublimes l'idéal écho de ses propres désespérances.— Un jour que je m'étais rendu en pèlerinage au cimetière du Père-Lachaise pour y rêver auprès du tombeau de Musset, un jeune couple, se tenant par la main, s'en vint ajouter une couronne de fleurs à toutes celles qui couvraient dejà le mausolée, Longtemps, les doigts serrés dans une muette étreinte, ils contemplèrent le buste qui couronne le marbre mortuaire. Sous l'émotion qui les étreignait, leurs têtes s’inclinèrent versla terre où repose le cher poète, et je vis des larmes glisser de leurs paupières et tomber sur le gazon, Ils avaient dû s'aimer on le lisant ensemble ...

Barbey d'Aurevilly! typo non moins étrange que ses œuvres: Lu vieille Maîtresse et Les Diaboligues. Grand, brun, avec dos cheveux noirs frisés et rejetés en arrière et encadrant largement la figure, coupée, aux deux tiers par une épaisse moustache. La taille est fortement cambrée et pincée dans une rodingote aux paroments bordés d'un large ruban de satin noir. Au cou une cravate, large aussi, et dont les longs bouts de soie mauve et mordorée retombent sur la poitrine en voilant

le plastron de la chemise. Sa main gauche, dont

l'index expose aux regards un diament qui étincelle, est fièrement appuyée sur la hanche, À la royale, comme on disait au grand siècle. En un mot, l'air provoquant d’un capitaine Fracasso en redingote, voilà le portrait vrai de l'excentrique auteur de la Théorie du dandysme, dont il pose, successeur amoindri de Brummel ét du comte d'Orsay, pour le dernier modèle

Mais, de tous les portraits exposés, celni qui attire le plus les regards, représente une des fomnmes les plus accomplies, los mienx douées du côté de l'esprit et do la beauté, dont .le pinceau d’un grand peintre ait jamais fixé les traits sur la toile. Demi-assise, demi-couchée sur une chaise longue, elle pose dans un négligé étudié avec tout le rafiinement propre à mettre en relief les formes les plus exquises, ‘mais qui serait fatal à toute beauté tant soit peu moins parfaite. Suave figure de: brune au teint clair et aux longs yeux noirs d’une pénétraute douceur, elle penche vers nous son front qu’illumine l’auréole d’une intelligence | hors ligno agrémentéo d'une expression de bienveillance extrême. Epaules et gorge d'une blancheur et d'un modèle à faire rougir celles de ln Madeleine au désert du Corrége, beaux bras découverts qui pendent dans un abandon plein de charme et d’une gracieuseté de lignes telles que les dut rêver le grand inconnu qui sculpta la Vénus de Milo, —los pieds nus pieds d’enfant qui tiendraient dans la main

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—cet adorable corps s’enlève, avec une vérité qui lui donne la vie, sur un rideau cramoisi tendu au fond ‘d’une pièce à colonnes s'ouvrant sur des massifs d'arbres. Si grande est la perfection à laquelle le peintre est arrivé, si empoignante cette fasciatrice beauté, qu'après l’avoir contemplée quelque temps, il vous semble que le souffle de la vie soulève sa poitrine et que vous allez tomber. à ses pieds.

Cette admirable peinture est l’attirant portrait de Mme Récami.r, qui, depuis la fin du siècle dernier jusqu'au milieu de celui-ci, vit un émpereur et toute une armée de princes, de généraux et d'écrivains les plus distingués, l’assiéger de leurs hommages et de leurs adorations. Tous furent ses amis: Napoléon et Lucien Bonaparte, Adrien et Mathieu de Montmorency, le général Bernadotte, Camille Jordan, le neveu du grand Frédéric, le prince Auguste de Prusse, qui, après avoir fait peindre ce portrait de Mme Récamier par le baron Gérard, voulut en faire le princior cadeau à l’origipal; Bonjamin Constant, Ballanche, Ampère, qui fit, dit-on, sa promenade en Amérique pour se distrairo un peu du souvenir de son amour malheureux, et enfin, et surtout, Chateaubriand. Cependant, aucun ne fut jamais son amant, et, pour eux tous qui s'en désespéraient on vain, elle fut tout ce que par nature elle pouvait être, leur laissant au moins cette consolation suprême de pleurer leur malheur en commun.

FPE PAR EERAE

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