‹ Récits et souvenirs [microforme]Chapitre 22 sur 26 · FRET NE · texte numérisé non relu

FRET NE

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Mais voici que sur toutes ces toiles célèbres, les tons clairs commencent à se fondre avec les parties ombrées; c'est le jour qui s’en va. Nous laissons à regrettous ces grands morts et toutes ces célébrités contemporaines s'épanouir dans leur gloire, et nous redescendons parmi les vivants.

Pendant que les brillants équipages s’ébranlent à la suite les uns des autres, pour ramener chez elle la foule élégante, encore tout émerveillé d’avoir vu défiler devant moi cette étonnante procession de célébrités dont le rayonnementillumine cesiècle, je m'en vais m'appuyer sur le parapet du quai, en face du palais des Beaux-Arts. Le soleil se couche dans la pompe de sa majesté parisienne. Sur l’autre rive, on face, l'immense bâtiment du Louvre se fond dans un nuage d'or, tardis que la Seine semble rouler de l'argent on fusion. A droite et derrière nous, du côté de la cité, les aiguilles de la Sainte-Chapelle, les vitraux de Notre- Dame, clochetons, tourelles, rosaces, ainsi que l’interminable traînée de fenêtres et de toits qui dominent les deux rives, étincellent, chatoient, miroitent dans un incomparable flamboiement ; tandis que, sur la rive gauche, les grands arbres du jardin des Tuileries et de l’avenue des Champs- Elysées se poudrent la tête de poussière d’or. Tout là-bas, au point culminant du lointain, l’Arc de triomphe de l'Etcile—rêve gigautesque du grand empereur—plane un moment dans les feux du cou-

chant comme un ostensoir avec ses ruissellements de rayons.

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Enfo, en acteur content de ses effets, l’astre radieux s'incline jusqu’à terre, et disparaît derrière le grand rideau pourpré tendu sur l'horizon. |

Déjà les quais et les monuments d’alentour commencent à s’effacer dans l'ombre montante, et voici que sur les ponts les réverbères s’allument, piquant leurs clous à tête d’or sur la tenture bjeu pâle du ciel.

En revenent par le quai Voltaire, je me heurte à mon excelleut ami Victor du Bled, qui vient de laisser son article au Moniteur, et qui, saisi d’un bel enthousiasme pour le Canada, me parle des études qu'il va bientôt faire sur notre pays. Pour m'en causer-plus longuement, il m'entraîne à dîner du côté des boulevards. Nous traversons la Seine en face de la vaste place de la Concorde, qui resplendit déjà de mille flammes de gaz, auxquelles se mêle le rayonnement fugitif des lanternes des nombreux équipages revenant du Bois.

Nous débouchons bientôt sur le boulevard de la Madeleine, au milieu du vacarme assourdissant de centaines de voitures qui roulent et se croisent dans tous les sens, et nous. parvenons à percer notre voie dans le torrent de piétons qui inonde les larges trottoirs, couverts, par la moitié, d’une multitude de consommateurs humant une dernière gorgée de vermout ou d’absinthe avant d’envahir les restaurants, dont les glaces sans tain resplendissent au feu des lustres de l’intérieur.

Pendant quo mon ami continue à me développer

les idées de ses futurs articles sur notre histoire et notre littérature, je m'en vais me grisant du bruit, toujours montant, de l’indescriptible surexcitation de Paris, qui, la nuit venue, détend bruyamment ses muscles tirés par le travail ou les ennuis du jour, et, bacchante affolée, pousse une formidable clameur de joie en se ruant aux plaisirs,

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