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l'acoustique excellente du St.-James'-Hall, où pas un son ne s’affaiblit inutilement, Ainsi, lorsque Sarrazate, le premier violoniste de ce temps, fit chanter à son divin instrument les acconts suaves de l’adagio et de l'andante de la Fantaisie écossaise de Max Bruck, et les notes les plus langoureuses du Chant du rossignol — composition assez faible du virtuose lui-même — los vaporeuses vibrations des cordes enchantées se balançaient au-dessus do l'élégant auditoire avec la grâce du colibri faisant sa cour aux fleurs d’un parterre délicatement nuancées. Le grand artiste mo tint tout le temps sous le charme, autant par la souplesse et le fini de son jeu que par l’exquise pureté des mélodies qu'il fit soupirer à son instrumont, un stradivarius qui lui a coûté 2,000 livres sterling. Jolie somme pour cinq petits morceaux de bois et quutre boyaux de chat !
Le soir du 18 mai, illumination générale des jardins de l'Exposition, et musiquo extellente dans les kiosques. Comme je m'étais envolé au pays idéal des rêveries sur les ailes de la ravissante mélodie de Gounod: O Balkis, reine du matin ! et que déjà il me semblait être un des personnages mystérieux de cette délicieuse légonde de la reino de Saba, apportée d'Orient par Gérard de Nerval, le doux poète, voilà qu'une exclamation générale de la foule me ramena parmi mes contemporains, C'étaient les eaux de la grande fontaine centrale qui jouaient, et sur lesquelles on dirigeait des flots
que
ins.
rale
de lumière éloctrique aux reflets changeant à chuque instant de couleur, La gerbe d’eau du grand cercle extérieur forma d'abord comme un lis au calice énorme, tandis que, pistil gigantesque, le jet central s'élançait à cent cinquante pieds en l'air, comme une fusée qui s'éteignait soudain pour resplendir l'instant d’après et rebondir de nouveau dans la nuit, D'abord dinmantés, ces jaillissoments des fontaines prirent uno teinte d’ambro qui devint or fauvo; eb puis ils 80 firent vert tendre, pour so parer des tons plus graves de l’émeraude et pour passer encore par des teintes blou pâle et azur foncé. Enfin cotto transparente masse, tqujours bondissante, s'embrasa et parut être de In fonte ardente, dont le rouge vif descendit au violet et finit par s'endormir dans la demi-teinte langoureuse des lilas tendres,
Placidement, tout on haut, dans le ciel pur, souriaiont les étoiles, elles qui, sans effort, sous le regard de Dieu qui les créa d’une pensée, éclairent notre chétivo planète depuis des milliers d'années, à des cent millions de lieucs !
Le 20 mai, comme jo suis occupé à surveiller le déballage de mes livres, arrive le marquis de Lorne, à qui je suis présenté, Il me dit être heureux de faire la connaissance de l’un des membres de sa Société royale du Canada. Après quelques moments d'entretien au sujet des livres canadions envoyés à l'Exposition, il me demande si j'ai vu le
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salon des peintures canadiennes, Je lui réponds que non.— Oh! reprend-il, il faut voir cela, venez donc! Et il me conduisit à l’Albert-Hall, une pr'omenade d’un quart d'heure par les galeries et les jardins.
Ce fut avec plaisir que je retrouvai des peintures canudiennes dont j'avais fait une étude dans les journaux de Montréal et de Québec, quelques semaines auparavant, et je fus houroux d'apprendre, de la bouche de lord Lorne lui-même, combien le talent de MM. Brymner, Edson, Lawson, Peel, Watson, Woodcock, etc., trouvaient d'admirateurs
àgondres.
Bref, le marquis resta au moins une heure à me montrer des choses qu'il avait déjà dû voir vingt fois, et cela par pure amabilité et pour honorer l’un des membres de la société littéraire et scientifian qu'il est si fier d’avoir fondée chez nous, — allez bien voir, me dit-il en me quitt votre titre de membre de la Société o u nada va vous valoir ici d’honneurs et « invitatic as flatteunses,
Le lendemain, 21 mai, à midi, la reine vient visiter l'Exposition, qui reste fermée au public. Il n’y a que nous, les délézués des différentes colouies. Je me place à l'entrée de la soction réservée pour la bibliothèque et l’exposition scolaire canadiennes, afin de mieux voir défiler le cortège royal. La reine vient en tête, guidée par sir Charles et lady Tupper et s'appuyant au bras du
Prince de Gallos, ajesté va dépasser notre section, arri
* Je resalue plus 'ofondément encore, et j'aper os, pn revenant P J'Aperçois, flot, la reine qui me sour
it gracieusement. J'étais tout étourdi de l'honneur qui m'était fait ot auquel] j'avais d'autant moins dr
oit de m'aitendro qu'il , Seuls, les Commissaires géné.
AUX seraiont présentés, Jo ressentais dong déjà les effets de la bienvoillant
© et si délicate attention du marquis de Lorne,
quis de Lorne Survint.
de Causerie, part ot revient l'inst la princesse Louise et une autro pr NOUS no saisissons
* Le marquis nous Présente, M, Ouimot cé moi, ef tout ce beau Monde s'asgeoit dans notre moderte bureau, Nouvelle Conversation de dix minutes, toujours en langue française, que la princesse Louise P'ononce avec l'adorable grasseyement des Parisiennes. Comme ces dames nous parlaient
d'une intéressante collection d'animaux de la Nou-
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velle-Zélande qui avoisinait notre section, M. Ouimet, se redressant de toute sa belle stature, dit aux princesses : — ‘Ici, Mesdames, c’est la cage aux lions! ” Ce mot les fit rire aux éclats. Avant de nous quitter, le marquis de Lorne m'invite à l'aller voir le lendemain au Kensington -Palace qu’il habite; et les princesses s’en vont, après nous avoir donné une poignée de main que nous nous étions bien gardés de leur offrir,
Le 22 mai, graaide soirée chez lady Tupper.
Bcaucoup de beau monde, de la musique et souper à la fin, avec intermèdes de punch au champagne. J'aperçois l’Albani, qui, à mon grand déplaisir, ne chante pas. Sir Charles et lady Tupper sont très empressés auprès de leurs invités, et charmants pour chacun d’eux.
Le 23 mai, sur les trois heures, je me rends seul au Kensington-Palace situé dans Kensington- Garden, qui n’est autre chose que la continuation de Hyde-Park. J’envoie ma carte par un valet de
pied, qui me fait traverser une longue galerie toute peuplée de bustes, de statues, de portraits, de tabloaux, de vieux bahuts de grand prix, de curiosités de tout genre. Lo valet jette mon nom à l'entrée d’une vaste pièce, d'où le marquis vient audevant de moi. Il me fait prendre un cigare, et le voilà parti dans une longue conversation sur le Canada qu'il aimo beaucoup. Il parle aussi politique, éducation anglaise. — Votre système d’instruction publique vaut bien mieux que le nôtre en Angleterre, me dit-il, entre autres choses.
À ce moment, on annonce le père de lord Lorne, le duc d’Argyle, un très aimable vieillard, Le marquis me demande s'il me plaît de les accompagner à l'Exposition. Je n'ai garde de refuser. Nous sortons. La sentinelle présente les armes, et nous montons en landau. Rendu à l'Exposition, je fais les honneurs de la section canadienne aux deux illustres visiteurs. En me laissant, le marquis me dit quil a fait mettre mon nom sur la liste des invitations qui vont être fuites par la reine, le prince de Galles et les grandes familles anglaises aux délégués des différents gouvernements coloniaux.
Si j'ai appuyé sur l’amabilité du marquis de Lorne à mon égard, que l’on veuille bien croire que ce n’est point par un seutiment de vanité puérile. Au contraire, je suis si convaincu que
toutes les attentions flatteuses dont j'ai été l’objet de la part du noble lord, n'étaient adressées qu’à celui d’entre nous qu’un heureux hasard avait conduit à l'Exposition coloniale, aue j'ai voulu en faire rejaillir l'éclat sur mes chers confrères et leur bien marquer la haute estime en laquelle son illustre fondateur tient la Société royale du Canada.
Ottawa, mai 1888.
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