AU LECTEUR
Quelques mots avant cette troisième série.
Cette troisième série contient le récit des derniers événements de la 'guerre.
Après avoir lu la page qui termine le livre, tout lecteur éprouvera une douloureuse impression. Quelles que soient sa nationalité, sa condition sociale, ses idées religieuses, ses opinions politiques, et même ses sympathies personnelles pour telle ou telle causé, il ne saurait voir sans douleur une grande et généreuse nation terrassée comme si l'ennemi avait voulu son extermination.
Dans cette lutte, le vainqueur a fait preuve de science et de courage, mais il a méconnu les droits delà guerre et le droit des gens. Il a fait reculer la civilisation chrétienne.
Le vaincu est devenu une victime qu'aucune loi humaine ne protégeait, et qu'abandonnaient toutes les nations de l'Europe.
Y avait-il là une expiation ? Nous serions tenté de le croire ;* mais on peut affirmer que de telles catastrophes sont la conséquence de fautes antérieures et souvent fort anciennes.
Aussi bien que les individus, les nations sont soumises à une logique inflexible. Le châtiment se fait attendre, mais il arrive tôt ou tard.
Pour le vulgaire, nos défaites s'expliquent par ces mots : Nous n'étions pas prêts. Ceux qui pensent ainsi prennent un effet pour une cause.
Un peuple qui méconnaît la religion des ancêtres, oublie ses devoirs pour ne songer qu'à ses droits, et n'a de respect ni pour l'autorité, ni pour la famille, ni pour les services rendus, ni même pour la loi, ne saurait être prêt pour les grands sacrifices à l'heure où la patrie est en danger.
Il n'est pas une intelligence en France qui, dans les conversations privées, ne dévoile les causes de nos désastres.
Ces causes sont plus morales que matérielles. Notre caractère mobile nuit à notre cœur loyal, et notre esprit ardent à notre âme généreuse.
Cette terrible guerre de 1870-1871 doit attirer notre attention, moins pour apprendre l'art de combattre, que pour enseigner aux foules combien sont fragiles les œuvres humaines, impuissantes les constitutions politiques pour le salut des nations, et faible ce que nous nommons la force publique.
Cette guerre et les événements qui l'ont suivie suf-
fisent à notre génération ; nous ne pouvons que recueillir les souvenirs. C'est à nos enfants et aux enfants de nos enfants qu'il faut demander le salut de la France. Aussi toutes les pages de ce livre sont écrites pour eux. Qu'ils y retrouvent les traces de nos souffrances, qu'ils apprennent à éviter nos fautes, qu'ils aiment cette chère patrie française et que, pour elle, ils se préparent à tous les sacrifices !
C'est donc aux enfants qu'un vieux soldat dédie ce livre, à tous les enfants de notre pays, et à vous en particulier, mes petits-enfants : Joachim Démange, Pierre Démange, et vous, Marie-Madeleine ; demandez à Dieu de protéger la France; il écoute la voix des petits enfants.
Si le passé nous apparaît tout sanglant, si le présent est sombre comme l'orage, l'avenir aura ses rayons de soleil!
Mieux inspirés que nous ne l'avons été, nos fils éviteront les fautes de leurs pères, et, par eux, la France retrouvera ses grands jours.
Général Bou Ambert.
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