QUATRIEME RECREATION
LE JEU DE PARQUET
HISTORIQUE
LES anciens, qui possédaient à un degré supérieur le sens pratique de la vie, ne négligeaient rien de ce qui pouvait faire de leurs enfants des hommes sagaces et ingénieux. Dans les Lois de Platon, on peut lire un passage remarquable, relatif à la gymnastique intellectuelle à laquelle il faut soumettre l'intelligence des enfants. Il y est dit qu'il faut les exercer à une foule de petits calculs à leur portée, comme, par exemple, de partager, en un nombre plus ou moins grand de leurs camarades, un certain nombre de pommes ou de couronnes, en sorte qu'ils soient forcés, tout en s'amusant, de recourir à la science des nombres. Il est évident, en effet, que les enfants dans leurs jeux développent la faculté de compter, de comparer, d'ajouter, de diviser, et que, ainsi, ils arrivent à se familiariser avec les nombres (').
(' ) Ce paragraphe est emprunté à l'ouvrage déjà cité : Les Jeux des anciens, par M. Becq de Fouquières.
104 Qiiatrième récréation.
Parmi ces amusements mêlés de combinaisons, il faut ranger assurément la construction des mosaïques, qui demande une grande habileté, de l'expérience et une certaine connaissance des nombres. Les anciens aimaient beaucoup la variété, et, si dans leurs maisons ils n'avaient pas tous des mosaïques composées et finies comme de véritables peintures, ils voulaient au moins que le mosaïste fût assez habile pour varier à l'infini les dessins du parquet. Ceux-ci étaient d'une diversité dont on peut à peine se faire une idée et ne demandaient pourtant que l'emploi d'un nombre relativement petit de carreaux mi-partie de noir et de blanc. Chaque carreau divisé par une diagonale en deux parties, l'une blanche, l'autre noire, pouvait se placer dans quatre positions différentes. On prenait, par exemple, 196 de ces carreaux, et alors le nombre de combinaisons que pouvait offrir chaque manière de les placer et de les grouper devenait presque infini. Parmi les mosaïques qui nous ont été conservées, beaucoup sont composées d'après ce système. Nul doute que les enfants ne s'amusassent et ne s'exerçassent à ces mille combinaisons, au moyen de jetons semblables à ces carreaux.
LE JEU DE PARQUET
Les Mémoires de l'A cadémie royale des Sciences de Paris pour Tannée 1704 contiennent un Mémoire sur les combinaisons par le R. P. Sébastien Truchet; il commence ainsi : « Dans le dernier voyage que j'ai fait au canal d'Orléans, par ordre de Son Altesse Royale, je trouvai dans un château nommé la Motte
Le jeu de parquet. io5
Saint'Lyé, à quatre lieues en deçà d'Orléans, plusieurs carreaux defayence carrés et mi-partie de deux couleurs par une ligne diagonale, qui étaient destinés à carreler une chapelle et plusieurs autres appartements. Pour pouvoir former des dessins et des ligures agréables par l'arrangement de ces carreaux, j'examinai d'abord en combien de manières deux de ces carreaux peuvent se joindre ensemble, en les disposant toujours en échiquier. »
Et plus loin : « Nous avons consulté les livres de l'architecture civile, et ceux qui traitent des combinaisons, pour nous assurer si quelqu'un avait déjà fait les mêmes remarques que nous; mais nous n'y avons rien trouvé qui en approchât. »
Nous devons faire observer que l'on a retrouvé, dans les fouilles d'Herculanum et de Pompeï, un grand nombre de mosaïques composées de la même manière ; nous en indiquerons quelquesunes dans la suite, au moyen d'une notation très simple. De plus, nous avons rencontré, en visitant le Baptistère de Florence et quelques autres monuments de l'Italie, des carrelages du même genre.