LES ABAQUES
Les anciens Tartares avaient, pour s'entendre, des Khé-mou ou bâtonnets entaillés d'une manière convenue; ils s'en servaient pour communiquer d'une horde à l'autre ; ces bâtonnets indiquaient, en temps d'expédition, le nombre d*hommes et de chevaux que chaque campement devait fournir. Les habitants du Pérou, au temps des Incas, avaient des cordelettes nouées qu'ils appelaient Quippos; ces cordelettes étaient de différentes couleurs; on pouvait les nouer de mille manières, et le nombre des nœuds, leurs dispositions, leurs enchevêtrements avec des bâtonnets, leurs situations sur un anneau central en métal ou en os, permettaient d'exprimer un très grand nombre d'idées (*); les Péruviens étaient parvenus à produire ainsi une série considérable de nombres.
Dans les établissements d'instruction pour le premier âge, dans les salles d'asile, on apprend le calcul aux enfants avec des
(') Certaines personnes procèdent aujourd'hui d'une manière analogue en faisant un nœud à leur mouchoir pour se rappeler certaines^ choses^
Le calcul et les machines à calculer, 49
abaques ou des bouliers; ce sont des appareils formés d'un cadre à dix tringles sur chacune desquelles sont enfilées dix petites boules; c'est le procédé le plus élémentaire pour compter. Les Chinois se servent encore de cet appareil, qu'ils manient avec une grande dextérité et qu'ils appellent Souan-Pan; les Russes rappellent Schtote. On en trouve différents modèles, déjà anciens, dans les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers; quelquesuns d'entre eux, doués d'une forme complètement symétrique par rapport à un axe transversal, servent peut-être encore, et servaient assurément autrefois, à certains jeux de combinaisons et de hasard.
Ainsi encore, ne dirait-on pas que la religieuse qui égrène son rosaire fait le compte de ses prières avec les lignes du boulier détachées de leur cadre et réunies en couronne? Une miniature de VHortus deliciarum, manuscrit duxn« siècle, qui appartenait à la bibliothèque de Strasbourg, représente V Arithmétique sous la figure d'une femme tenant à la main un chapelet à grains ou olives enfilées deux fois dans leur épaisseur; cette gravure est reproduite dans le XIX* volume des Annales de la Philosophie chrétienne.