LE BENJAMIN DE LA PATRIE
Je viens de dérouler rapidement devant vous les progrès du calcul, de cette science qui est la base fondamentale de toutes les autres. Une voix plus autorisée que la mienne vous montrait, il y a deux jours, dans cette enceinte, les prodigieux travaux accomplis dans les sciences les plus complexes, dans la Physiologie et dans l'étude des mystères de la vie. Tous, vous avez applaudi à la série interminable des découvertes de Pasteur.
Le calcul et les machines à calculer. 85
N'esi-ce pas le cas de rappeler, pour finir, cette mémorable parole de Bossuet, dans son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même : « Après six mille ans d'observations, Tesprit humain n'est pas épuisé; il cherche et il trouve encore, afin qu'il con naisse qu'il peut trouver jusques à l'infini, et que la seule paresse peut donner des bornes à ses connaissances et à ses inventions? » Donc, continuons de travailler, d'observer, penser, concevoir, par la Science, pour laPatrie (*). Et toi, bonne mère Patrie, tu as le droit d'être fière, malgré tes revers, puisque tu as donné le jour à tant de savants illustres, depuis Descartes, l'un de tes aînés, qui créa la méthode expérimentale, jusqu'à Pasteur, ton Benjamin, qui la cultive encore avec cette merveilleuseet inconcevable fécondité!
Note additionnelle. — Sur la recommandation toute spéciale de M. le colonel Mannheim, M. le D"" Roth vient de nous confier, pour le temps qui nous conviendra et pour faire retour au Conservatoire, toutes les machines à calculer de son invention, complètes ou incomplètes, pour lesquelles il a dépensé des sommes considérables, ainsi que les dessins et les manuscrits qu'il a conservés. Nous venons déjà d'offrir au Conservatoire, de la part de l'auteur, aujourd'hui aveugle et octogénaire, de cet inventeur dont le génie n'est surpassé que par la modestie, une admirable machine, que Ton peut*vraiment appeler la Belle au Bois Dormant. Elle dormait dans la poussière depuis un demisiècle, et nous devons remercier M. Mannheim de l'avoir sauvée de l'oubli. Nous étudions en ce moment d'autres modèles
(') Devise de V Association française pour l'avancement des Sciences.
86 Deuxième récréation.
du même auteur concernant les Machines arithmétiques à mouvements continua. Nous donnerons ultérieurement et aussi complètement que possible l'histoire et la théorie des procédés du calcul et des machines à calculer, en prohtant, pour cette étude, des facilités qui nous ont été fournies par M. le colonel Laussedat.