CHAPITRE XIV
Cossu. — ss devenant ff. — Marquise. — Bouclier. — Coulisse. — Feintes — Humour. — Tirade de Scarroa rapprochée du couplet d'Elianle dans le Misanthrope. — Note de M. Nodier sur na vers de Don Japhet d'Arménie.
1 Cossu. — La première idée qui se présente, c'est qu'il vient de cos.se. Ld Dictionnaire de l'Académie dit : « Cossu, qui a beaucoup de cosse : fèves cossues ; au » figuré , maison cossue. » Je tombe bien d'accord du sens propre, mais non du sens figuré. Ce n'est point une qualité aux fèves que d'avoir beaucoup de cosse ; au contraire, on estime les pois, les fèves et les haricots dont l'enveloppe est très-mince, parce que le grain en est plus gros et plus nourri. Cossu, dans le sens figuré, ne signifie pas l'apparence de la richesse, un extérieur opulent recouvrant un fond peu solide; il se dit au contraire d'une opulence réelle, bien assise, encore qu'elle ne soit pas fastueuse et ne prenne aucun soin de briller. Des fèves cossues promettent beaucoup sans tenir, et un homme cossu est en état de tenir beaucoup plus qu'il ne promet à le voir. Il y a donc contradiction entre le sens propre et le sens figuré que l'Académie prête au mot cossu.
Le Dictionnaire de Trévoux ne s'est pas avancé aussi loin : « Cossu se dit des pois qui ont de grosses cosses. » I. 18
206 cossu, ÉPAULU.
Rien de plus. Il ne parle pas du sens figuré , et il est irréprochable, car ces adjectifs en n formés d'un substantif et répondant aux adjectifs latins en utus, constituent en français une classe très-étendue. Scarron même a poussé le droit de l'analogie jusqu'à dire épaulu, qu'on ne trouverait peut-être pas ailleurs que chez lui ;
Entclliis prit run(l), Darès l'autre, Disant tout bas sa patenôtre De voir l'autre tout cpaulu, Ossu, niembru, fessu, velu.
[Virgile travesti, !iv. V.)
Je ne songe donc pas à combattre le mot cossu dans la limite du sens donné par Trévoux, mais je suis persuadé que cossu, dans l'acception figurée marquée par l'Académie, n'est pas le cossu des pois et des fèves. On n'a pu prendre dans un sens favorable au figuré un terme qui emportait au propre un sens défavorable.
Je trouve que du latin , copiosus , s'était formé par syncope , copsus , riche , opulent. Le p dans ce mot figurait pour rappeler l'étymologic, mais ne sonnait pas plus que dans baptême^ baptiste, nopces, niepce, nepveu; on prononçait donc cossu. (Voy. Ou Gange au mot Cops, Copis, lequel servait pour copia, l'abondanco.)
Le p de cops était muet comme celui de corps. Si l'on a dit cos pour signifier richesse, cossti a dû s'ensuivre naturellement, comme de corne, cornu; de membre , niembru.
(1) L'un (Je« deux cestes.