COSSE, GOUSSE, COFFE
Il y a mieux , c'est que si cosse ne vient pas de ce même cos, je ne vois pas d'où il sera possible de le tirer. Une cosse de pois est riche de pois.
Et comme l'o se prononçait à volonté ou , témoin Bordeaux et Bourdeaux , Tolose et Toulouse , cosse prononcé cousse a donné naissance à yowsse, par l'adoucissement du c ç:ï\ g.
Nous avons vu gisse et gisser devenir, par la métamorphose de la double ss en double ff. giffe et giffer (1) ; le même procédé a transformé cosse en coffes : le peuple dit des co^es de pois ; écoffer pour écosser.
Tout cela sort de copiosus, mais il ne faut pas brouiller la généalogie et prendre un rapport de fraternité pour un rapport de flliation, car d'un même père peuvent descendre des enfans de naturel tout à fait opposé : il est bon d'être cossu, et il est mauvais d'acheter des fèves cossues.
Il est donc très-important dans la science étymologique de distinguer lorsqu'un mot doit être reporté directement à la souche commune de sa famille , ou bien lorsqu'il sort d'une branche latérale ; car l'acception des mois, qui est leur caractère moral, se modifie selon qu'il y a plus ou moins de générations intermédiaires. Il en est de cela comme des alliances qui croisent les races. J'en veux mettre ici un second exemple. Un petit auventau-dessus d'un perron, dans une cour, s'appelle une marquise. Bien des gens s'imaginent que
(1) Voyez ci-dessas, p. 155,
208 MARQUISE, MAKCHES. SANGLIER.
marquise est là dans le même sens que la femme d'un marquis, et j'en ai vu même s'étonner bonnement qu'on eût choisi une marquise plutôt qu'une baronne , ou, si l'on voulait aller au plus haut, plutôt qu'une duchesse. Mais ce n'est pas cela : ce mot est sans aucune allusion au titre nobiliaire.
Marck est une racine saxonne qui signifie borne, limite. La basse latinité en a fait marca^ dont le français a tiré marche y ou, selon la prononciation picarde, marque. De là viennent marquer et démarcalion. Les marches d'un royaume en sont les frontières. Il y avait même les verbes marchir et marchisser, c'est-à-dire confiner à. Les marchis ou marquis étaient préposés à la défense des frontières. Une marchise ou marquise est un auvent qui protège les marches ou degrés du perron.
Mais pourquoi ce féminin ? Pourquoi ne dit-on pas ?m marquis, au lieu lVunc marquise ? Marquise , à proprement parler, est ici adjectif, et il faut supposer l'ellipse d'un substantif, qui sera, si vous voulez, planche y couverture ^ ou tel autre qu'il vous plaira. La langue française a beaucoup de ces mots qui jouent le rôle de substantif et sont au fond de vrais adjectifs. Exemple : un sanglier, c'est-à-dire un solitaire, un sauvage ; sous-entendu y>orc {porcus singularisa, par opposition au porc domestique, qui vit en société, dont ou fait des troupeaux. De même un bouclier est un écu bouclier ou bouclé {scutum bucculatum): nos pères appelaient boucle l'élévation centrale de l'écu où l'on