HUMEUR, HUMOUR
Je ne m'arrèle pas à faire ressortir les différences d'intention et d'exécution entre Scarron et iMolière : je n'ai voulu que signaler ce qui me paraît une lacune dans les commentateurs. Nous ne faisons pas ici un cours de littérature, nous esquissons l'histoire du mot humeur.
J'ai promis de montrer ce mot encore employé au xvni* siècle, dans le sens de l'anglais humour. C'est dans Xq's, Salons de Diderot, à propos d'un tableau de Beaudouin : « Toute la scène du confessionnal voulait être » mieux dessinée : cela demandait plus d'humeur^ » plus de force. » {Œuvres co?7ijjI., t. VIII, p. 237.)
Ainsi en 1765 la prescription n'était pas encore acquise contre cette acception du mot hmneur. Et nous consentirions aujourd'hui à n'avoir plus un mot excellent que nous avions encore du tems de Diderot !
Voltaire écrivant à l'abbé d'Olivet, sous la date du 20 auguste, 1761 :
« Les Anglais ont un terme pour signifier cette plai- » santerie , ce vrai comique, cette gaieté , cette urba- » ni té, ces saillies qui échappent à un homme sans qu'il » s'en doute , et ils rendent cette idée par le mot » humour, qu'ils prononcent yumor. Et ils croient » qu'ils ont seuls cette humour; que les autres nations » n'ont point de terme pour exprimer ce caractère » d'esprit. Cependan c'est un ancien mot de notre » langue employé en ce sens dans plusieurs comédies » de Corneille. » — Il y revient encore ailleurs, et il ajonto . « Les Anglais se sont ainsi emparés de presque ». 19
218 HUMOUR. VERTU CAMINANTE.
» loules nos expressions. On en forait un livre. * [Questions stir l'Encyclop., art. Langue.)
Espérons que, mieux éclairés sur leurs droits , les Français reprendronl un mol qui n'a pas cessé de leur appartenir, et laisseront désormais aux fils d'Albion leur humour ou yumoi\ dont ils se croient les inventeurs. Il est honteux de demander la charité quand on est millionnaire, et ridicule de recevoir à ce titre une obole publiquement dérobée dans notre propre escarcelle.
Puisque j'ai parlé de Scarron , je veux profiter de l'occasion pour citer une plaisante bévue d'un de ses commentateurs, homme célèbre, académicien, qui a fait toute sa vie profession de bel esprit, de bonhomie, de malice et d'érudition, mais qui trop souvent a sacrifié la vérité au désir de briller par le paradoxe : c'est M. Charles Nodier.
Au premier acte de Don Japhct d'Arménie, don Japhet quitte la scène après quelques mots dits à part (1) pour motiver celte sortie :