CLINDOR
OÙ TOUS retirez-vous?
KATAMORE.
Ce fat nVsl pas vnillant; Mais il a quelqae humeur qui le rond insolmt.
(Acte H, scène li.)
C'est-à-dire qu'Adrastc aime à railler et prend la liberté de lancer des épigrammes contre les faux braves.
Le Jodelet à qui se compare Cliton était un acteur nommé Claude Gcoffrin, qui, du IhoAlre du M.irais, où il débula en 1610, était passé, en 163'« , à l'hAlel de Bourgogne. Il jouait avec un grand succès les valets et les caractères comiques. Jodelet était son nom de
JODELET, HUMEUR. 2i5
théàlre. Le premier Jodelet de Scarron, Jodelet, ou le Maître valet , ne fut représenté qu'en 16A5, neuf ans après l'Ilhisio7i comique.
^aturellemeiit Claude Geoffrin , qui avait mis ce caractère à la mode, tenait le principal rôle dans la pièce. L'année suivante, Scarron donna Jodelet duelliste, qui ne fut pas moins bien accueilli que son aîné. Dans cette comédie, don Félix , le maître de Jodelet, séducteur de profession , comme don Juan , expose sa méthode pour gagner la .bienveillance de toutes les femmes :
De ce qu'elles ont moins, c'est dont plus je les loue : Aux sottes, de Tesprit; aux vieilles, deVhumeur.
(Acte I, scène i.)
Ainsi Vhumeur est ici le contraire de cet esprit revêclie et morose dont on fait l'attribut des vieilles femmes : c'est la belle humeur, l'humeur vive et leste, et fertile ej) bons mots.
Au surplus, la tirade mérite d'être citée tout entière. On ne lit plus Scarron ; c'est bien dommage! du moins au point de vue de la langue , qui est excellente chez lui, et dont ses écrits nous présentent le côté familier, précieux à connaître , et qu'on chercherait vainement ailleurs. Ses œuvres, en leur tems si brillantes , sont aujourd'hui des ruines; mais dans ces ruines il y a des trésors .cachés. Quiconque se pique de Ijltérature, si peu que ce soit, .ait par cœur le joli couplet d'Eiiante, au second acte du Misanthrope. On sait aussi généralement que Molière a imité dans ce couplet un passjag^
216 COLPLET DE SCARRON.
de Lucrèce; les comineiilateurs n'ont pas manqué le rapprochement. Mais personne , à ma connaissance , n'a remarqué que Scarron avait eu la môme idée juste dix ans avant l'apparition du Misajithrope , dans une comédie alors aussi célèbre et aussi courue qu'elle est aujourd'hui obscure et délaissée. Voici comment don Félix expose à Jodelet sa théorie galante :
J'ai le don de pleurer autant que je le veux,
Ce qui proGle plus qu'arracher des cheveux,
Et principalement quand on aime une sotie,
Qui croit facilement un homme qui sanglotte.
A la belle je dis que ses plus grands appas
Sont ceux qui sont cachés et que l'œil ne voit pas ;
Que son esprit me plaist bien plus que son visage;
A la laide je tiens presque mesme langage;
J'ajoute seulement qu'elle a je ne sais quoy
Qui Tait qu'en la voyant je ne suis plus à moy.
Enfin également de toutes je me joue.
De ce qu'elles ont moins, c'est dont plus je les loue :
Aux sottes, de l'esprit; aux vieilles, de l'humeur;
Aux jeunes, qu'avant l'âge elles ont l'esprit meur ;
La grasse se croit maigre, et la maigre charnue ,
Aussilost que de nous elle est entretenue.
Aux petites je dis que leur corps est adroit;
Aux grandes, que leur corps (quoique en voulte) est bien droit ;
A celle que je vois d'une taille bizarre.
Qu'ainsi le ciel l'a Tuile afin d'être plus rare;
Aux minces, qu'une reine a moins de gravité ;
Aux grosses, qu'elles ont beaucoup d'agilité ;
Aux propres, que j'admire en eux (l) la nonchalance :
Tout cela sans me faire aucune violence.
Car j'ai de plus le don de mentir sans remordii,
Vertu que seulement on voit aux esprits forLs.
(1) L'édition de David, celle de Bastieo, ont la même leçon. \jf zv* siècle employait de même ih pour les deux genres.