‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 63 sur 259 · SE MOUCHER SUR SA MANCHE · texte numérisé non relu

SE MOUCHER SUR SA MANCHE

Du tems qu'on se mouchait sur sa manche, pour dire du tems que le monde était fort simple, dans l'enfance du monde , avant l'invention des mouchoirs de poche. Le Dictionnaire de Trévoux, qui cite ce proverbe, va en chercher l'origine bien loin dans un usage qui probablement n'a jamais existé : t Ce proverbe, » dit-il , vient de ce qu'autrefois on mettait un mou- » choir sur sa manche pour se moucher. » Cela devait être propre autant que commode, surtout dans la saison des rhumes ! iMais où Trévoux a-t-il recueilli la trace de cet ancien usage ? — « Il en est resté une marque dans » cet ornement ecclésiastique qu'en latin on appelle

> manipulus , en français fanon , qui était un vrai » mouchoir que portaient les prêtres autrefois sur la » manche pour essuyer les larmes qu'ils versaient en » songeant aux péchés du peuple au tems de la consé- » cration. »

Voilà une sensibilité fort prévoyante! On lit encore au mot Manipule : « Un mouchoir que les prêtres de la » primitive Eglise portaient au bras pour essuyer les

> larmes qu'ils y tv?,d\Qn\. continuellement pour les péchés j> du peuple. »

Trévoux aurait dû commencer par se mettre d'accord avec lui-même. Ici il nous dit que les prêtres pleuraient les péchés du peuple au moment précis de la consécration, et là, qu'ils les pleuraient continuellement. Cela est fort différent. Je sais que, selon le mot d'un ancien, rien ne sèche plus vite qu'une larme; mais encore la tradition de celles-là ne devait pas être si I. 9.

Page 1