‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 80 sur 259 · GRIMOIRE, GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

GRIMOIRE, GRAMMAIRE

« En France, dit M. Daunoii, c'était aussi à l'étude du » latin qu'on donnait le nom de grammaire. » [Hist. litt., XVI, 138.) Et cela s'accorde bien avec les paroles de Guillemette : Aussi a-t-il lu la grammaire et longtems étudié pour être d'église : « Et apris à clerc » longue pièce. » L'étude du latin était regardée par le peuple comme un grimoire abordable aux seuls ecclésiastiques.

Philippe de Thaon En franceise raisoa Ad estreil le Bestiaire , Un livre de gramaire.

[Le Bestiaire.)

C'est-à-dire : « Philippe de Thann a traduit en français le Bestiaire, ouvrage écrit en latin. »

Grammaticè loqiii signifiait parler latin (1) (voy. Du Cange, au mot Grammaticus). Le latin était la langue par excellence, la seule constituée sur un ensemble de règles fixes qu'on appelait la grammaire . Le français n'avait garde d'avoir l'orgueil d'aspirer si haut! Il traitait le latin avec un respect tout filial, avec admiration, le latin qui avait une grammaire !

Bientôt grammaire et grimoire sont devenus deux mots tout à fait étrangers l'un à l'autre en apparence; mais il ne fut jamais de plus proches parens, et le

(1) Qaintilien a dit : « Aliud est grammaticè loqui, aliud latine. » Mais c'est dans un sens tout différent : « Autre chose est de rester dans la grammaire latine, autre chose est de rester dans le génie de la langue. » Cela est vrai de toutes les langues possibles.

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