‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 79 sur 259 · PASSE- VOLANT · texte numérisé non relu

PASSE- VOLANT

prononçaient peut-ôtre7>«c^ à l'infinilif comme au présent de l'irulicalif?

Observez que la forme passive ou déponente ^a/wr conduisait à la forme réfléchie ^e me passe.

Quant à la forme active je passe , elle ne vient pas immédiatement du verbe latiii. Mais le substantif ^«i' n'étant autre chose que le substantif ^M55î<s , il se trouve en somme que les deux acceptions du verbe passer sortent de même source, mais l'une descend de l'indicatif jo«^ï«r, et l'autre du participe passas^

Cette double étymologie donne la clef de toutes les locutions composées a\'(^c passer. Prenons pour exemple un mot aujourd'hui hors do circulation : passe-volant. On appelait de ce nom h's hommes que, le jour de la revue, un capitaine apostait parmi les soldats, afin de dissimuler aux yeux de l'inspecteur les vides de son régiment, et de paraître au complet lorsqu'il n'y était pas. C'était ce qu'en style de théâtre nous nommerions des figuram ou des comparses. Naturellement le capitaine avait soin de mettre le moins possible en évidence ces soldats postiches, dont la tournure empruntée , les allures peu militaires auraient pu déceler la fraude et l'imposture. Muni de cette explication , lisez le passage suivant d'un conte de La Fontaine :

Pâques \int, et ce fui un nouvel embarras, Anne fainint passer ses |)écliés en mue, Ct'mmc nn passe-volaitt mit en un coin ce cas;

Mais la chose fui aperçue :

Le curé, niessire Thomas, Sut relever le fait. .... {Le Cas de conscience.)

PASSE-YOLANT , GRIMOIRE. 113

Les commentateurs sont muets; cependant le changement qui s'est fait dans les usages de l'armée rendait nécessaire une note sur ce passe-volant, aujourd'hui inintelligible à la plupart des lecteurs. On voit que c'était un soldat de circonstance , qui ne faisait que traverser les rangs , qui passait en volant. Passevolant est composé comme fait-néant, vaut rien , brise-tout, etc.

Passer debout, passer par les armes, et les autres, ne doivent plus offrir de diflSculté.

Grimoire. — Les variantes d'un vers de la farce de Patelin nous mettent sur la voie de son étymologie. Patelin se vante à sa femme de sa capacité : Je suis, dit-il , la meilleure tête du pays ; il n'est personne ici pour nie le disputer, hors le maire. Aussi, répond Guillemette :

Aussi a-t-il lu le grimaire, Et appris à clerc longue pièce !

Grimaire est la kçon de l'édition de l/i90; d'autres ont de granmaire ; enfin l'édition on le manuscrit qui a servi à établir le texte donné par Coustelier, en 1723, met grimoire. Si Coustelier n'a raison dans la forme, qui paraît trop récente pour le xv* siècle, il a raison au fond, car gi'imoire et grammaire c'est la même chose , c'est le même mot originairement.

Dans le roman de Baudouin de Sebourg, le roi de France, effrayé des exploits de ce redoutable bâtard, se

ll GRIMOIRE, GRAMMAIRE.

décide à lui envoyer l'archevêque de Reims pour demander une trêve. Le bon prélat , monté sur son palefroi , arrive aux portes de la forteresse où Baudouin est retranché; le pont-levis s'abaisse, et l'archevôque se trouve en présence d'un groupe de barons. « Aussitôt il leur donne sa bénédiction , en disant : Je vous absous encore que vous soyez rebelles envers le roi de France et de Paris. Lequel de vous est ce hardi bâtard ? — Seigneur, dit le vaillant comte Eustache en prenant Baudouin par le bras, le voici. »

Et li bastard s'escrie : Yez me chi, biaus amis. Lut avez de gramare : Je suis li anemis ! Quant Tarcevesque Tôt, s'en a getet un ris.

(Tome II, p. 242.)

« Et le bâtard s'écrie : Me voici , mon bel ami. Vous avez lu dans la grammaire (ou dans le grimoire) : Je suis le diable ! — Ce mot fit rire l'archevêque. »

La plaisanterie de Baudouin fait allusion à ces histoires si répandues au moyen âge, de curieux qui, lisant imprudemment dans le grimoire d'un sorcier, avaient fait apparaître le malin esprit. « Vous avez lu dans le grimoire^ dit Baudouin, vous avez évoqué le diable : me voilà ! »

Au milieu du xiv* siècle , époque où fut composé le Baxidoinn de Sehmirg ^ le mot grt moire, comme on voit, n'était pas encore distinct du mot gratyimaire : la prononciation gramare tient le milieu, achemine de la première forme à la seconde.

Par la grammaire on entendait alors l'étude du latin.

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