‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 12 sur 98 · RABÂCHER · texte numérisé non relu

RABÂCHER

Ni dans le Dictionnaire de TAcadémie, édition de 1814.

Où rAcadémie Ta-Uelle pris pour le mettre dans sa dernière édition? c'est ce qu'il est impossible de savoir, puisque l'Académie ne cite jamais d'exemples ni d^autorités.

Quoi qu'il en soit et sans pousser plus loin l'expériencei je me crois fondé à conclure : !• que bâche ne se trouve pas dans le premier dictionnaire venu ; 2*» que ce mot technique, inconnu au xvin^ et même au commencement du xix* siècle, est un contemporain né des progrès récens de la science hydraulique. Or, comme rabâcher date de plus de cent ans, s'il procède de bâchey c'est un fils plus vieux que son père.

Et puis les pompes aspirantes ne reprennent pas toujours « la même eau > : elles reprenttetit une eau sans cesse renouvelée. La similitude est inexacte.

Et puis quand le peuple emprunte des façods de parler aux métiers, il les prend dans les professions familières à tout le monde; il ne va pas les quêter au Bureau des longitudes ni dans le cabinet des ingénieurshydrographes, n dira par exemple : Où diable allezvous pêcher cette étymologie? — Votre explication éèt tirée par les cheveux. Voilà qui est clair, cela 8*entend sur le simple énoncé et sans qu'il soit besoin d'ouvrir aucun dictionnaire. Mais bâche! qui esl-ce qui connaît bâche? qui est-ce qui aurait pu s'aviser le premier d'en faire rabâchers d autant que le simple bâcher n'e5iiste pas? Je me figure cet inventeur arrêté côtfft par'âoh

RAVÀSSKR. SO

ikiterlocuteUf : Babâcker, dites-vous, qu'est-ce à dire? — Ah ! c*éBl qu'on appelle bâche une sorte dé cuvette où les pompes aspirantes... — Eh non, non ! cent fois non! ce n'est pas ainsi que les métaphores viennent au* monde et y font leur chemin.

Rabâcher est tout simplement une autre prononciation de ravasser, fréquentatif de rêver, que nous disons aujourd'hui rêvasser. La forme ravasser étaîl jadis la seule en usage.

Comme an hibou qui fuit la lumière du jour, Je me lève et m'en vay dans le plus creux léjour Que Royaumont recèle en ses forêts secrètes, Des renards et des loups les ombreuses retraites ; Et là, malgré mes dens rongeant et ravoAsant , Polissant les nouveaux, les vieux rapetassant^ Je fay des vers.

(Régnier, Sat. XV, )

Revenant sans fin ni trêve sur les mêmes rimes et les mêmes hémistiches : n'est-ce pas là rabâcher?

« Pantagruel soy retirant apercent par la galerie > Panurge en maintien d'un resveur ravasmnt. » (Rabelais, III, 36.)

Tant plus, songeurs, en reivant rawtëtet,

(B. Despbmiem.)

Le Ravasseur des cas de conscience, que Rabelais met dans le Catalogue de la bibliothèque de Saint- Victor, est une raillerie du rabâchage des casuistes du tems, Sanchez et autres.

^ A qui est*il nécessaire d'apprendre la promiscuité de

àO MOUSSE d'un navire.

ces articulations b et v; -* c ou ss et gh? Les petits grimauds de collège sont en état de démontrer sur le bout du doigt cette double formule :

V = B ss = CH.

La première rappelle une jolie épigrarame de Scaliger contre les Gascons :

Non temere aotiqaas matât Vasconia voces Cui Dihil est aliud vivere quam hibere,

La seconde nous fournit en passant l'origine du nom des mousses de navire. On a voulu le faire venir de l'espagnol moço, un garçon, mais pas du tout : mousse est la môme chose que mouche, parce que ces petits mousses voltigent dans les cordage» comme des mouches. La preuve de cette poétique origine se trouve dans ce fait que les m^ousses s'appelaient autrefois mousques. Trévoux donne encore les deux formes, et à mousque il ajoute : « C'est aussi un nom que le peuple » donne aux petits garçons éveillés : C'est un petit » mousque. »

Il est assez curieux que la mousse des bois vienne du masculin muscus, et le mousse d'un navire du féminin musca.

Pour en revenir à rabâcher, vous voyez..,, mais rétymologie suffit sans l'exemple.

Un dernier effort de patience, lecteur, pour ces deux petites étymologies; je vous le demande au nom de Molière et au nom de Uucine ; faites cette faveur à

PIMPËSOUÉË. Al

Covielle et à M»»« la comtesse de Pimbêche, Orbèche, et cœtera.

Covielle voulant déprécier à Cléonle les charmes de Lucile : « Voilà une belle mijaurée ! une pimpesouée » bien bâtie pour vous donner tant d'amour! »

« Pimpesouée^ dit M. Auger, vient probablement du vieux verbe pimper, qui signifie parer ^ attifer y d'où il nous reste pimpant. » — Oui, mais par malheur le vieux verbe pimper est encore à naître. Dans mon Lexique de Molière, j'aj accueilli cette explication avec trop de confiance : meâ culpâ l

Le Moniteur nous en fournit une autre : « Les Pro- » vençaux appellent pimpe une cornemuse. M. Delâtre » voit dans pimbêche une mauvaise pimpe, et dans » pimpesouée une pimpe soufflée , c'est-à-dire une D cornemuse soufflée et faisant entendre son boiir^ » donnement monotone et fatigant. »

Non, Covielle ne conipare pas la pauvre Lucile à une cornemuse soufflée; il lui reproche des grâces minaudières, et non pas un bourdonnement monotone et fatigant.

Pimpe est Titalien bimbo, bimba, une poupée.

« Mot, dit Alberti, dont on appelle par badinage les petits enfans : un poupon. »

Souée n'est pas davantage pour soufflée; c'est le féminin de souef, qu'on prononçait soué : s^iavis. Donc une pimpesouée est à la lettre une agréable pouponne.

La comtesse de Pimbêche aussi n'est pas une mau-

AS PtttfiÉGHE.

vaîse cotnemuse ; c'est la comtesse de pince-bec ou du bec pincé : la syllabe ce transposée du milieu à lA fin et changée en che à la picarde. C'est un sobriquet. Je ti'en veux d'autre preuve que le nom du méca^ nicien anglais Pinchbecky imitateur du génie de notre Vaucanson, et de plus inventeur dé ce métal composé qui s'appelle çn Angleterre du pineh beck, et en France du similùr.

Notez bien que ce mot de pinch beck était d'usAge en France au milieu même du xviii» siècle. Dans VAlmanach parisien pour 1768 on lit, page 181 : t Boutons d'habits d'or, d'argent et pmthebièch es- » tampés^ »

Il est clair que le nom Pinche^-bec existait avant le XVII* siècle. Racine est-il l'inventeur de la forme pimbêche? Je ne le pense pas : il aura trouvé ce sobriquet attaché à un caractère ; mais il a rajeuni et renforcé l'un et l'autre par l'appUcation qu'il en a faite, et la célèbre comtesse des Plaideurs restera le type immortel de la dame au bec pincé, de la vieille précieuse acariâtre^ de la pimbêche enfin.

Je crois le motpimbêche antérieur à Racine, d'autant mieux que je rencontre le mot espimbesche dès le xiv« siècle. Le Ménagier de Paris donne la recette d'un espimbesche de rougets, d'un espimbesche de bouilli làrdéi On voit qu'il entrait dans cette sauce du verjus qui faisait pincer le bec, d'où lui venait apparemment son nom.

Je rends justice à tout ce que peut renfermer de

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