‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 67 sur 98 · VIVAIT EN · texte numérisé non relu

VIVAIT EN

» Dans l'épître que le prieur de Vienne écrit au

> clergé de Limoges en lui envoyant la chronique de » Turpin..... et sans doute la protection du religieux 9 dauphinois ne l'aurait pas défendue de l'obscurité » sans la recommandation infaillible que le pape » Calixle II, auparavant archevêque de Vienne, laissa » tombeur sur elle du haut de son trône pontifical. »

Infaillible est bien malin, bien voUairien pour Jtf. Paulin Paris! Mais passons. Voilà donc le pape Calixle rocommuiidant la chronique de Turpin, dont lu première mention est d'un siècle postérieure à sa mort? Arrangez cela !

Dans sa notice sur Richard de Fournival, M. Paris n'a pas encore changé d'opinion : « Il y*a plus : de même » que la fausse chronique de Turpin fut composée vers » LA FIN DU ONZIÈME SIÈCLE. .. de même, etc. » {Biblioth* de rÉcole des chartes^ octobre 1840.)

Enfin, dans son édition des Chroniques de Sainte- Denys, M. Paris a deux fois devancé l'innocente étourderie de M. Ciampiet les inventions impies de l'éditeur

du Roland. — « Preuve décisive que ces chansons

9 étaient antérieures au pseudonyme Turpin , c'est-à- » dire a la fin du onzième siècle. »

Et sur ce passage du texte: « Par ce puet l'en savoir

f que quiconque édéfie eaglUes ou mousUers, il appaj raille i s'ame le règne des cieux et sera oalé des I miuns au deabl^ (i), » M, Paris fait cette remarque Utile et respectueuse :

€ Voilà toute la morale de l'œuvre ! C'est ici Gi&of-

Jl FROY, LS PBIEUR m SàINT-AnDRÊ DB ViENNB, qui

» parl^^ et qui nou$ prouve que ce monastère à son » tour voulut avoir sa part dans la proie de l'affaire % Turpin (2). »

f La proie de Taffaire Turpin ! » Je suis bien loin d'avoir parlé des dieux avec cette irrévérence ! Aussi .n*avais*je pas les privilèges que donne la piété officielle ; mais il fttut avouer qu'ils sont beaux s^ils autorisaient Ml Paris à me dénoncer comme faussaire, calomniateui: et persécuteur de la religion ! La même doctrine qui 0)0 constitue rêveur, imposteur, libertin, impie, et peut-être athée , sans compter Tignorance , ne Tempècbe pas d'être un saint et un savant. M. P. Paris Tavait trouvée tonte faite et la soutenait depuis vingt ans quand je m'en suis avisé ; n'importe : c'est mot qui en suis l'inventeur damnableetdestituable. Ah! les beaux privilèges ! les beaux privilèges ! et que le poète a bien raison de dire :

Selon ce qoe l^on peut être , Les choses changent de nom*

Ce qui scandi^lise chez moi , chez M. Paris édifie, et

(i) C'est la dernière phrase de la chronique de Turpin, qui fait partie des Chr(miques de Saint-Denys.

(8) C'e^t M. Farjs qui fiûitfignç ce. mot caractéristique. '

la même opinion, sielon qu'elle vient de lui ou dQ moi ^ mérite récompense ou appelle une punition enemplatre. Je ne mo lasse pas de répéter : Ah ! les beau3( privilèges! fit voyes juiquod iU s'étendent : je m'étais appuyé du témoignage de {Iqlewinok dans son I^ei* culm temporum ; Aolewinck ! s'éqrle aveo emporte* ment M. Paris, un misérablq, un vil seotaire, un pro« testant , un hérétique ! digne témoin dans une tellf eause ! Je suis obligé de lui apprendre que ce Rôle» winck était un bon père jésuite : c'est égal, il faut que j'aie tort. Mon contradioteur n'est^il pas membre de riniUtut et de la commission de VEisiaiPê littévmre^ qui plus esl ? C'est par l'imposante autorité^e TiK^ toire littéraire qu'il achève de m'écraser, car comment résister à V Histoire littéraire ? Ce sont paroles d'Évangile. Toutefois comme il est bon de vérifier, même après M. Paulin Paris, je prends le volume, je me transporte à l'article invoqué, et je demeure non pas surpris, mais passablement égayé de le trouver signé Paulin Paris !

« Et hue , et dia et pouss* », dit la vieille chanson , <i v'ia comme on arrive ! j> Vous avez maintenant, lecteur, une idée de ce que c'est que la bonne foi dans la littérature , l'érudition et la critique. Il est toujours dangereux de jouer avec l'honnêteté, et c'est en s'habituant aux badinages du premier exemple qu'on de vient capable du second.

J'ai peut-être mal fait d'écrire ce chapitre? car ([lie m'en reviendra-t-il ? A celUî quoilion, qui aujourd'hui

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