‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 86 sur 98 · EXTRAITS · texte numérisé non relu

EXTRAITS

traduits du manuscrit 188 du college de la madeleine d'oxford.

Orthographe française et congrue conforme à Fusage mor deme (1).

RÈGLE 1. Un mot frailçais mis en écrit, si la première syllabe est en e prononcé bouche fermée , demande un i avant cet e. Exemples : bien, chien^ rteti, Pierre, miere, etc.

R. 2t Ve aigu ne veut pas être précédé de Vi, Ex. : 6tit>e2, tenez, lessez.

R. 9. Les verbes terminant leur singulier par t , au pluriel correspondant changent ce t en z, Ex. : singulier, il amet^ list; pluriel, vous amez, lisez.

R. 21. La lettre s, mise après une voyelle et suivie immédiatement de la lettre m, disî)araît de la prononciation. Ex. : maridasmes^ fismes, duresmes.

R. 21i. Là lettre I, mise après rt, c, o, et suivie d'une con-

(1) Orthographia gallica etcongrua in literis gallicis, dictata secundum usum modernorum :

(t Régula i . t)iccio gallicd dictata haberis prituam sniabam tel mediam in e stricto orepronunciatam, requirit hanc litteran^ t atfte ê, ▼erbl gratia : Wen, chien, rien, Piere, miere, et similla.

» R. 2. Quandocumque hec vocalis e proaunciatur acbte, per se stare débet sine hujus t precessione, v. g. : bevez, tenez, lessen.

h R. 9. Item verba singularis numeri habencia in sibgulâH, ih fine, liëtié Hteram t, requirunt in {)lurali hanc literam z, ut in singulàri amet, list, in plurali amez, lisez.

» K. 21.1tefh, quandocumque hec. litera s scribitUr post vofealem, si m intmediate subseqaitur, s lioii débet sonarl , ot manddÈmei , flsifiïes, duresmes,

» R. 23. Item, quàn<iocamque hec literà l ponitur ^lost a, e eto, si

sonne, se prononce comme si c*était un u. Ex. : m'aime ^ htatment , bel compaigneoun.

R. 25. / entre m et n se change en y, pour obtenir une écriture plus lisible, par exemple : Comyngtoun.

R. '27. Un mot qui commence par une consonne, venant après uu mot qui finit par une consonne (dans le courant d*une phrase), la consonne finale du premier mot peut s'écrire , mais elle disparaît de la prononciation. Ex. : après manger se prononce aprè manger,

R. 33. Quand Tarticle le est suivi d'un mot qui ouvre par une consonne et précédé du mot en, on peut fondre en et le dans une syncope : el countee pour en le countee,

R. 36. Quant, grant, demandant ,' sachant , et autres semblables, s'écrivent par n sans u, mais il faut faire sentir Vu dans la prononciation.

R. 50. Une modification d'orthographe est souvent la seule différence entre des mots identiques à l'oreille. Ex. : ciel, seel, seal, celée ; — coy, quoy ; — moal, mœl ; — cerf, serf; — teindre, tendre, tenir, attendre ; — esteant, esteyant ; — aymer, amer ; — foail, fel, feal; — veele, viel, veile, ville, vill; — Brahel,

aliquod coDSonaos post l sequitur, l quasi u débet proDunciari, v. g.: malme^ loialment, bel compaigneoun.

» R. 25. Item, quandocamque litera • ponitur inter m et n, potest mutari in y ut litera sii legibilior, ut Comyngtoun.

» R. 27. Item, quandocumque aliqua diccio ÎDcipieus a consonaote sequitur aliquam dicciooem terminantem in consoaante, io ratiooibus pepdeatibus, consonaas ioterioris diccionis potest scribi, sed io pronunciaiione non proferri, ut après manger débet sonari aprè manger.

» R. 33. Item, quandocumque hoc sigoum le scribitur et consonang immédiate subsequitur et en précédât, n potest prstermitti et l ad- Jungi cum 0, v. g. : en le countee potest scribi el countee,

» R. 36. Item iste sillabe seu dicciones quanta grant, demandanl, sachant, et hujusmodi debent scribi cum simplici n sine u, sed pronuociatione u débet proferri.

» R. 50. Item diversitas scriptur» facit differeotiam aliquam quamvis in voce siut coosimiies, v. g. : ciel, seel, se<U, celée ; — coy, quoy ; — moal, mœl; — cerf; serf; — teindre, tendre, tenir, attendre; — esteant, esteyant; — aymer, amer ; — foail, fel, féal; — veele,viel.

Breele ; — ^rde, herde, everde ; — essil , huisself essel ; — net/, nief; — suef, soef; — boaile, baile, baie, balee ; — litter, litre ; — fomier, forer, forrer; — rastel, rastuer ; — mesure, meseire; — piel, peel ; — Berziz , Berzy ; — grisil , greel , grêle ; — tonne, towne ; — neym , neyn , etc.

R. 58. A racciisatif singulier écrivez me, aux autres cas, moy*

R. 63. Quand vous demandez quelque chose à quelqu'un, vous pouvez dire vous pri , sans je.

R. 65. Le verbe n'étant pas accompagné de son pronom personnel, par exemple, vous pry ou bien m'affy, il faut terminer part/.

R. 66. Mais ce pronom étant exprimé, Vy grec se change en t simple suivi d'un e. Ex. : je m'affie, je vous prie.

R. 67. Quelquefois Ys prend la valeur de Vu dans la pronon* dation ; ascun, prononcez aucun,

R. 81 . Vous écrivez quelquefois de en place de od le, Ex. : vous dirra de bouche , pour od le bouche.

R. 82. Écrivez pour traduire le latin cum en français, od ou bien ou,

R. 83. Ou traduit aussi vel et uhi.

veUe, vUlet viU ; — hrahel, breele ; — - erde, herde, everde ; — essU^ huissely essel ; — neif, nief; — suef, soef; — boaile, baile, baie, balee ;

— litler, litre ;^ fornier, forer, forrer; -- rastel, rastiter; — mesure, meseire; — piel, peel ; — berziz, berzy; — grisU, greel, grêle;

— tonne, towne ; — neym, neyn, etc.

» R. 58. Item io accusativo siagulari scribetur me, in reliquis casi-» bus moy.

» R. 63. Item, quando petitis aliquid ab aliquo, potestis dicere vous pri, sanz/e.

» R. 65. Item, quando non expresse ponitur signum ante verbaoïi ut vous pry, item pry vel maffy, débet termÎDari io y.

» R. 66. Item, si signum expresse ponitur, tune y mutabitur in i et addetnr e, com je m'affie, je vous prie.

» R, 67. Item aliquando s scribitur et u sonabilur, ut ascun sona* bitur aucun.

i> R* 81» Item aliquando scribetis de in loco od le, sicut vous dirra de bouche, pro od le bo%iche,

» R. 82« Item scribetis od vel ou pro cum,

» R. 83. Item scribetis ou pro vel et ubi.

$Ô§ iNTROtoCCTION

R. 85. Réglez le plus possible rorthographe du français sur celle du latin ; ainsi de compotum, compte ; (Je septem, sept ,• de prœbenda, prebendre (sic) ; de opus, œps, etc.

R. 87. Le français a plusieurs expressions pour rendre l'anglais reed, Ex. : cheval roux, hareng saur^ escu de goules, une rose vermaile,

' R. 92. N et % se rencontrant au milieu d'un mot , mais appartenant chacun à une syllabe différente, le g s'interpose dans récriture, sans toutefois se faire sentir dans la prononciation. Ex. : henignement, certaignement, etc.

R. 93. Quand, au milieu d'un mot, une m suit un e ou un ^ (ces voyelles appartenant à deux syllabes différentes), il faut écrire une s entre les deux. Kx. : duresmes, fismes.

R. 9li. Quand , au milieu d'un mot, une m suit un a, il faut les séparer par une s ; mais cette s li'est point prononcée. Ex. : mandasmes.

La règle 98' et dernière n'a rien en soi d'important; elle prescrit la manière d*écrire qucy soit en abrégé par une seule lettre surn)Qnlée d'un signe, soil en deux lettres qe ; mais immédiatement après on lit ce mot

isolé : COLYNGBURNE.

C'est un noni propre évidemment; mais est-ce le

» R. 85. Item pro majori parte scribetis gallicum secundam qaod scribitur ia lalinis, ut compotum, compte ; — seplem, sept; — prcB^^ benda, prebendre; — opt*s, œps, etc.

«• R. 87. Item habentur diversa verba gallica pro isto verbo anglico reed; vidélicel rous chival et harang soor; escut de goules; une rose vermaile.

» R. 92. Item, quandocuinque n sequitur tin média diccione, in diversis sillabis g débet ioterponi, ut certaignement , benigt^emènt ; sed g non débet souari.

» R. 93. Item, quandocumque m sequitur evel t in diversis sillabis et ana diccione, 5 débet interponi, ut duresmes, fismes.

» R. 94. Item, quandocumque a est in média sillaba diccionis et m immédiate subsequitur, s débet interponi, at mandasmes, non •onando s. »

A LA GRAMMAIRE p|; FALSGRAVE. ^^^

nom de Tautevir fies règle§ pu celui du scribe? Je suis de la première opinion, parce ç|qe là finit le man^e| grammatical, mais non l'œuvre du copiste, qui se ppursujt de la même main. Or si ce copiste a voulu signer §Qp travail, il a dû Ip faire, selon l'usage, à la fin, et non pas au milieu du manuscrit. Je crois donc Q^i'op peut désigner ce traité sous le nom de Colyngburne^ quitte à fournir un nouvel argument à la thèse de David Baker.

Le but principal de Colyngburne parait avoir été de yenif e^i aWe aux copistes et aux secrétaires écrivant sous la (Jictée. C^est ep leur fayçur qy'il fédi^e un P)anHeI de l'orthographe, laquelle dès lors n'était p$i9 plus qu'aujourd'hui d'accord avec 1^ prononciation* % Gouvernez, leur 4it-i|, gouvernez -vous tant que vou$ pouvez sur rétypologie latine ; ain^i n'oubliez p$|s d@ mettre nu p k compte et à septy qui viennent de compotum et de septem, » Mais tout copiste ne sait pas le ifttin ; il f^ut donc venir ^u secours de l'ignorance par des formules empiriques : l'^ prend le son de Vu dans ascun ; de même 1'/ dans ioyalment , bel compagnon^ On écrit 1'^ sans la prononcer dans les mots comme fismes, mandasmes; de même le g dans beiiignement. I)u Guez, lui, repfifirque que \q p et le b doivent di^pftr raître de la prononciation des mots tels que debte, debvoir; qu'une consonne finale n'a de valeur qu'autant qlie le mot suivant comnie^ice par upe VPyelle, autrement elle est muette ; que dans le groupe st ^ la dernière consonne, le ty est la seule qu'on fasse

entendre ; Y s en pareil cas ne sert qu*à doubler la quantité prosodique de la voyelle qui précède. Cette consonne s les a tous préoccupés, étant celle qui se représente le plus volontiers suivie d'une autre consonne. L'auteur des Gloses françaises sur Colyngburne(no A971 du Brit. Mus.) traduit et commente la règle de son auteur en ces termes :

Et alefoich escriveretz s en lieu de ti, comme ascun et sera soné aucun;.,,, et alefoich escriveretz s pur bêle escripture, corne mesme i)Ourfneme, trescher pour trecker{i).

Ce qui manque à tous ces grammairiens primitifs, ce n'est pas la patience, ni l'esprit d'observation, ni même l'exactitude : c'est l'habitude de rapprocher les faits de même ordre, l'art d'y découvrir le principe commun, la loi fondamentale qui parfois se déguise dans les applications ; l'art surtout de ramasser et d'enfermer

(1) Al* foU (à la foiSt prononcez aXefoué) pour quelqwfois, se conserre encore chez les paysans picards. M. Tabbé Corblet, dans son Glossaire du patois picard, a omis cette forme, très-usitée cependant à Amiens ; il ne donne que alfoSy qui est une variante de prononciation. Trescher n'est autre que le verbe tresser, L*s doublée avait souvent la valeur du ch moderne. On disait tresser pour dans^, par allusion aux figures qui s'entrelaçaient. Les Latins disaient de même nectere charos, nectere hrachia. Trescher ou tresser vient du bas latin tricare^ que Du Gange explique implicare, mnectere^ et qui, retraduit sur le français, a fait triscare, A l'entrée de Bègues vous eussiez vu

Tresces et baus encontre loi venir.

{Gann, II, p. i96.) Contredanses et bals Tenir à su rencontre.

K Tresces et bauSj dit Téditeur, rondes et danses. La tresce répondait » assez bien au tripudium antique, et qui voudrait approfondir lama- » tière y reconnaîtrait beaucoup d'analogie avec notre walse» » Je ne saurais partager cette opinion de M. P. Paris.

A LA r.KAMMAIRR DE P>^LSGRAVE. 401.

toute une feérie de Taits dans la formule d'une règle générale. La grammaire est pour eux comme un faisceau répandu dont ils recueillent les éléqtiens un à un, selon que le hasard les leur présente, incapables d'en retrouver le lien égaré , ni de suppléer à cette perte : l'esprit philosophique leur fait complètement défaut.

Gardons-nous pour cela dé les mépriser ; mais à l'aide des matériaux qu'ils nous ont préparés, achevons leur entreprise. Toutes ces règles partielles sur la prononciation, éparses dans les traités compilés du xni" au XVI* siècle, rapprochez-les, comparez-les entre elles et avec les indications que fournit encore aujourd'hui l'usage traditionnel ; vous trouverez la clef d'une foule d'exceptions qui paraissent au premier coup d'œil autant d'atteintes à la logique ; les inconséquences remises sous leur vrai jour disparaîtront, et vous verrez se dégager d'elle-même cette règle générale , que dans la vieille langue on ne prononçait pas deux consonnes consécutives. Quel était donc le rôle de cette double consonne ? Je l'ai dit tout à l'heure : elle servait à marquer l'étymologie , et à noter l'accent et la quantité à l'intérieur des mots.

Ce fait très-important pour la musique du langage et pour l'appréciation de la poésie a été durement nié (1) ; mais les inductions que je tirais il y a six ans

(1) Sape premente deo, fert deus alter opem.

Je demande la permission de citer Topinion d^un savant qui ne sera point suspect de partialité en ma faveur :

« L'éloignement de nos ancêtres pour la prononciation de deax II. 26

kdli INTRODUCTION

de la pratique moderne, aujourd'hui se fortifient des témoignages de la théorie la plus ancienne. On écri'* vait des consonnes consécutives par respect de l'éty* i

mologie , et , comme dit naïvement le glossateur do manuscrit 4971, c pur bêle escripture, » mais en parlant on ne tenait compte que d'une seule. Cette proposition était hier un paradoxe , ce sera demain une banalité (1).

Je terminerai par un vœu dont la réalisation serait a coup sûr bien profitable à la philologie française : ce serait que le Gouvernement fît rechercher et publier sous ses auspices les traités composés sur notre langue dans le cours du moyen âge. On découvrirait des matériaux inappréciables dans les bibliothèques de France, et surtout dans celles d'Angleterre, si riches en livres français de toute nature dès avant la conquête (2). On a fait, au grand bénéfice de la langue et de la littérature latine, un corpus des grammairiens latins ; pour-

» coDSobnes h ta soite Tone de Pautre a été constaté par M. Génln aveé » beaucoup de sagacité ; et les misérables critiques qu'on lui a faîtes » sur ce point notent rien à la vérité de sa démonstration. » (La Chanson d'Antioche, publiée par M. Paulin Paris, Techener, 1848, t. Il, p. 66.)

(I) Cette prononciation amollie pourrait bien être une tradition des - Latins. Je ne développerai pas ici cette thèse ; je me contenterai de livrer aux ré0eiioos des esprits sagaces le passage suivant de Cicéron :

« Impetratumest a consuetudine ut peccaresuavitalis causa liceret, » et pomeridianas quadrfgas dicere quas postmeridianas libentius » diierim* » {Orat&r. 4, 7.)

(2; Il ne faudrait pas se réduire aux ouvrages littéralement inédits; «wuines ëditioas sont, à force de rareté, équivaleutea à dea manu-

A LA GRAlftYlAlRE DE PALS6RAVE. h\iZ

quoi ne rassemblerait on pas de ttième un corptcs dès grammairiens français? Il n'apparaîtrait d'abord qu'un chaos d6 débris ; mais de ces débris peu ft peti bodrdonnés par une érudition patienté, fouillés par des mains circonspectes et judicieuses , sortiraient des paillettes d'un or pur, dont la rareté décuple la valeur, • Attendra-t-on à faire ce recueil d'être à la môme aistance du siècle de Louis XIV que nous sommes dp siècle d'Auguste? Ce sera l'aventure des livres sibyllins ; car tandis que nous marchandons, le tems impitoyable consume tous les jours quelque volume. D'ailleurs, si l'histoire des institutions doit s'écrire à leur déclin , afin de retarder autant que possible la décadence commencée, en les retrempant dans leurs sources, l'heure paraît venue de s'occuper des origines de la langue française : des critiques moroses, des esprits faciles à s'alarmer pourraient même déclarer l'ur^ gence ; sans aller aussi loin , je me bornerais à constater l'opportunité. Ces motifs seront-ils trouvés suffisanspour être pris en considération et donner naissance

scrits. Telle est Tédition de Palsgrave, telles sont les trois éditions de Dd Oae2, dont Touvrage d'à paru dans les ventes qu'une seule fois, dans la vente de la bibliothèque Briodley, où cet eiemplaire tû\ tMfé dix-sept gui nées (a). •

Ainsi je voudrais voir reparaître dans un corpus des grammairiens . français» le livre d'Alexandre Barclay, un autre ouvrage de Geoffroy

le Grammairien (1490), dont parle Pits (p. 679), etc., etc Tout

cela c'est notre histoire.

{a) Celait Pédition de Wnley. « This curious and uncommonly rare Tolume has • only occnrred for sale in firiodlej^s iibrary, where itvft purcbascd for âieventecii » gnineas. » {Bibliotheca Grenvil.^ t. II, p. S81.)

40A ]NTROnU€TION

au recueil des grammairiens français ? Je Tignore ; en tous cas , les deux grammaires de Paisgrave et de Du Guez dès aujourd'hui servent de pierre d'attente à ce monument national.

L'exemplaire unique en France de la Grammaire de Paisgrave, appartenant à la bibliothèque Mazarine, ne pouvait être dépecé et détruit pour servir à la réimpression de l'ouvrage ; il fallait donc le traiter comme un manuscrit des plus rares et en faire une transcription pour l'usage de la typographie. Ce travail ingrat, fastidieux , qui demandait un tems considérable, sans compter la connaissance approfondie de la matière et de la langue de l'auteur, mes fonctions administratives ne me permettaient pas d'y songer ; un érudit trop modeste, de qui l'amitié m'est honorable et précieuse, M. P. Lorain , ancien recteur de Lyon , a bien voulu s'en charger, et me prêter pour cette édition de Palsgrave un concours sans lequel il m'eût été à peu près impossible de l'exécuter. Il fallait conserver dans cette copie toutes les variations, les bizarreries et même les inconséquences d'une orthographe mobile, capricieuse, et parfois en désaccord avec les principes énoncés dans le texte. Essayer de rectifier nous eût conduits trop loin ; nous avons donc porté le scrupule jusqu'à reproduire ce qui , dans l'original , pourrait être considéré comme faute. d'impression, nous fiant à l'intelligence

A LA GKAMRIAIRE DE PALSGRAVë. AÔS

des lecteurs au moins autant qu*à la nôtre, et préférant encourir le reproche de fidélité superstitieuse plutôt que le soupçon d'altérations maladroites, dans tous les cas arbitraires.

Le public savant a encore une autre obligation à M. P. Lorain. Le Manuel du libraire de M. Brunet nous avait révélé l'existence d'une Grammaire de Gilles Dewes, dont il ne paraît pas qu'il existe c'n France un seul exemplaire ; M. Lorain, dans un voyage qu'il fit à Oxford, ayant vu ce livre à la Bodléienne, prit la peine de le transcrire aussi scrupuleusement qu'il avait fait le Palsgrave, et, de retour à Paris, iliSt au Ministère présent de sa copie, afin que j'en pusse enrichir ma publication. Ce sont des procédés qu'il suffît d'énoncer; ils deviennent chaque jour i)liis rares dans la littérature, et, pour ma part, j'y ai été d'autant plus sensible qu'on m'y avait moins accoutumé.

Les contradictions d'orthographe sont encore plus fréquentes dans le texte de Dewes ou du Guez que dans celui de Palsgrave. Je fais cette remarque afin que ces fautes, tantôt d'omission, tantôt de commission, ne soient imputées ni aux éditeurs, ni aux typographes modernes. Le lecteur doit se bien persuader, contrairement au témoignage de ses yeux, qu'il a entre les mains des éditions faites en Angleterre, au commencement du \\i' siècle.

Paris, 1852.

F. Génin.

4P^ l^rKODLCTlON

Page 1